mercredi 29 octobre 2008

Mille Milliards de Dollars film d'Henri Verneuil

..."une puissance aussi colossale concentrée dans les mains de si peu de personnes.. ça fait peur!"...
Paul Kerjean, journaliste (Patrick Dewaere)

Un extrait à revoir
...tellement d'actualité...

lundi 27 octobre 2008

Infiltré en maison de retraite : mon analyse

Infiltré en maison de retraite : mon analyse


vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=ve0wXMdSsVk&feature=related

Par William Rejault

J'ai regardé le documentaire "Les Infiltrés" sur le "scandale des maisons de retraite". Je travaille dans le milieu médical depuis 1995, auprès de personnes dépendantes depuis 2002 (handicap ou vieillesse) et je n'ai rien vu de surprenant dans ce reportage.

Oui, il y a deux personnes non-qualifiées pour 36 résidents, à nettoyer en moins de trois heures. Pourquoi non qualifiées? Elles coûtent moins cher, tiennent plus à leur poste et, en conséquence, obéissent plus aux ordres ubuesques que du personnel diplômé. Double avantage d'embaucher une auxiliaire de vie à la place d'une aide-soignante: on économise plus de cent euros par mois et elle reste plus longtemps en place, sans trop se plaindre.

Pourquoi seulement deux personnes pour 36 résidents ? Mais parce que la loi le permet, parce que le marché l'impose parfois (d'importants groupes privés possèdent des maisons de retraite qui rapportent plus que la bourse...et sont considérées comme un placement sûr! Forcément, elles ne vont ni disparaître, ni dégringoler) ou, plus grave, parce qu'on ne trouve personne pour faire le boulot! Qui veut aller passer dix heures par jour, en semaine comme en week-end (le dimanche n'est pas payé double chez les soignants, pour info), jour férié ou pas, à travailler vite et mal, en fermant les yeux pour ne pas voir l'abandon, en se bouchant les oreilles pour ignorer les suppliques (trop nombreuses pour y répondre), les mains dans la merde, la souffrance ou les escarres, pour 900 euros par mois? Qui voudrait de ce travail?

Oui, les aides-soignants font le travail de l'infirmière: ils assument des pansements d'escarre parfois complexes (et potentiellement dangereux pour la personne atteinte), distribuent des médicaments sans vérifier leur prise ou connaître leur toxicité. Pourquoi et comment laisse-t-on faire? On laisse faire car il n'y a plus assez d'infirmières en France. Elles n'ont pas été formées en nombre dans les années 90 et, malgré l'ouverture en grand des écoles (nommées IFSI) récemment, les candidats ne se bousculent pas pour s'asseoir sur les bancs. La raison? Le salaire, bien évidemment, non valorisé depuis des années (Roselyne Bachelot a avoué qu'une augmentation des infirmières coûterait plus de 3 milliards à l'Etat et s'est contentée de louer...leur dévotion), la non-reconnaissance du diplôme (39 mois d'études reconnus Bac+2), l'effroyable explosion des responsabilités, liées au manque de médecin... mais surtout les conditions de travail, se dégradant lentement depuis une vingtaine d'années, de façon méthodique et organisée, si vous voulez mon avis. On pousse les gens à payer pour avoir du soin privé de qualité, en laissant se dégrader le soin public. C'est un choix politique. Comme aux Etats-Unis, en France, désormais et dans l'avenir, il y aura deux façons de se soigner: en sortant la carte bleue ou en sortant la carte Vitale.

Oui, on laisse "croupir" (pour reprendre le terme d'une dame dans le reportage) les vieux dans les maisons de retraite, mais pas dans toutes. Je ne vais pas vous mentir, cependant, 80% des vieux que j'ai croisés en 13 ans de pratique sont laissés seuls, livrés à eux-même pendant la journée. Ils se chient dessus (mais ils ont une couche, changée de façon plus ou moins régulière), meurent de faim (avec un plateau abandonné devant eux mais personne pour porter une cuillère à leur bouche) et contemplent la télé ou des murs écaillés, attendant la mort. Rarement on leur parle, rarement on les stimule. Pas le temps, pas le personnel, pas l'argent pour embaucher une animatrice, une ergothérapeute. Je noircis le tableau? Vous le pensez sincèrement? Le reportage des "Infiltrés" a le mérite de raconter comment la France gère et va gérer de plus en plus ses vieux: comme elle le peut ou comme elle le souhaite, en détournant le regard.

Une dernière réflexion: un reportage de M6, l'an passé, montrait une maison de retraite, en plein Paris, illégale et clairement maltraitante, plus de cent vieux, enfermés à l'intérieur, attendaient la mort en subissant les soins (?) quotidiens. La DDASS avait demandé la fermeture administrative et l'avait obtenue...mais personne n'était venu fermer la résidence, qui est encore ouverte. Qu'allait-on faire de cent vieux, une fois fermé le mouroir? Où les mettre? A qui refiler le bébé?

Coluche disait avec beaucoup de justesse qu'il aurait mieux aimé "mourir de son vivant". Pour tous ceux qui crèvent à petit feu, sans la moindre dignité, pour vos parents et pour vous, aussi, un jour, je vous souhaite de mourir surtout sans votre conscience ou toute votre tête: ce qu'il reste après la perte d'autonomie n'est franchement pas beau à voir.

vendredi 24 octobre 2008

Corps rêvés ou corps agissants ? par Françoise Hatchuel

Corps rêvés ou corps agissants ?

Au-delà de l’imaginaire social
26 novembre 2002 par Françoise Hatchuel

Les désirs sur le corps sont si nombreux qu’on pourrait y voir le signe même de notre liberté individuelle : imaginer le corps de l’autre, le sien, créer et entretenir ses désirs. La réalité est plus complexe : le désir, nos désirs, ne résultent-ils pas d’un savant dosage, mêlant pouvoir et intérêts économiques ? Françoise Hatchuel démonte ce mécanisme de la construction de l’imaginaire social du corps, et dresse quelques pistes pour que nous puissions nous réapproprier nos désirs.

Parce qu’il constitue notre ancrage dans la réalité, le corps nous pose la question du rapport entre cette réalité et notre imaginaire, qui lui-même nous renvoie au désir.

Pourtant, l’imaginaire n’est pas le désir. En un sens, on pourrait dire qu’il en est une forme appauvrie et normativisée. Car le désir est trop divergent et explosif pour ne pas être cadré : il est nécessaire de lui poser certaines limites, dont nous verrons tout à l’heure quelles formes elles peuvent prendre.

Mais dans le même temps, ces limites nécessaires sont bien souvent le prétexte à une mise en images et aux normes du désir par la société de consommation : tentative de nous dire ce que nous devons désirer, dépossession de nos désirs, et donc de nos corps, rabattement du désir sur la marchandisation et par là, renforcement des oppressions car l’imaginaire préformaté entrave la créativité réelle, et donc l’action. La société de consommation nous dit que nous serons bien plus heureux en adoptant les rêves prêts à consommer qu’elles nous livre et qu’elle satisfera (avant de nous créer de nouveaux besoins), qu’en agissant pour changer nos vies. Le corps devient donc le lieu d’un investissement sur le mode de l’image et de l’imaginaire et non plus celui de notre rapport au monde et de l’action. Nous nous mettons au service de notre corps et de l’image que nous en avons au lieu de mettre notre corps, passerelle entre nous et le monde, au service de nos projets.

C’est nous qui devenons la passerelle entre les prescriptions consuméristes du monde et notre corps qui devient le but et non l’outil. Il y a donc urgence à libérer nos désirs des imaginaires formatés, à y retrouver la subversion de l’absolu liberté. Pourtant, face à la montée des égoïsmes et des individualismes, on ne peut faire l’apologie du seul désir sans être attentif/ves aux limites à lui poser. Si nous ne les trouvons plus dans les normes sociales, c’est dans la nécessité de l’attention permanente au désir de l’autre, miroir et barrière de notre propre désir, qu’il faut chercher les réponses. Je ne fais plus ce que l’on me dit de faire, mais ce que je veux dans la mesure ou je peux intégrer non pas les normes et les automatismes mais le sens de l’autre et du collectif dans mon désir. Cela s’appelle savoir faire des compromis.

Du désir à l’imaginaire

Au moins depuis Georges Bataille sinon depuis Sade, on sait que si le sexe est subversif c’est avant tout comme lieu de créativité hors de toute norme sociale où tout est à inventer dans la géographie des corps puisque, en théorie, il ne s’agit que de deux individus aux prises avec leur propre désir et celui de l’autre, dans l’intimité, c’est-à-dire sans irruption de l’extérieur. De la même façon, M. Foucault voyait en l’homosexualité un refus des normes sexuelles et familiales, de la stabilisation par l’enfant, une primauté du désir sur l’ordre (ce qui pose d’ailleurs la question de la revendication de stabilisation des couples homosexuels).

On voit donc à quel point on est loin de la pornographie marchande qui nous dit quoi penser, rêver, fantasmer et comment jouir, alors que le désir est multiforme, changeant, mobile, et ne se laisse justement pas mettre en image. Il est adaptation permanente à la réalité alors que l’image est fixe.

Mais l’image est attirante car elle peut être parfaite et coller à notre désir du moment (même si elle le fige) alors que la réalité résiste. C’est, bien entendu ce qui en fait la richesse et l’intérêt (que serait un monde soumis perpétuellement à nos désirs ?), mais il est tellement plus facile de rêver à l’acte que de se colleter au réel ! L’imaginaire nous paraît toujours plus beau que la Nature car il est virtuellement parfait alors que l’imperfection, la finitude nous terrifient. L’imaginaire, qui fige le désir, est aliénant car il nous enferme dans l’institution imaginaire de la société et nous empêche de concevoir des solutions concrètes, réelles et applicables à nos questionnements.

Imaginaire et capitalisme

Et ce d’autant plus que l’imaginaire constitue une formidable proie pour le capitalisme. La société marchande joue en effet sur les phénomènes psychiques d’envie et de mimétisme qui nous poussent à vouloir ce que veut l’autre et ce qu’il/elle n’a pas. Francis Hofstein décrit un monde où il s’agit de "s’empiffrer pour ignorer la faim (.) [et où] l’être humain a peur de ses sensations et s’angoisse à l’idée même de l’angoisse. Il se bourre donc de médicaments (.) et veut sa vie aussi lisse que du verre" à l’image du bonheur poisseux et sans désir, que l’on nous vend sur catalogue. Parce que le connu nous rassure, la société marchande évite soigneusement de nous encourager à dépasser cette peur (l’inconnu se fabrique difficilement en série..) et nous abreuve consciencieusement de compilations et autres souvenirs préfabriqués tueurs de désir. De la même façon, les médias nous montrent ce que nous avons a priori envie de voir, c’est-à-dire ce qui ressemble le plus à ce que nous avons déjà vu. P. Bourdieu a bien montré en quoi tout ce système contribue à forger nos habitus et surtout à les rendre prégnants, insidieux, multiformes, se nichant dans les moindres détails : l’habitus, c’est notre façon de manger, de parler, d’entrer en rapport avec l’autre, de se situer, de chercher (ou de ne pas chercher), de découvrir (ou de ne pas découvrir), etc. Il s’inscrit dans le corps et l’agir et cadre notre façon de faire et de penser et c’est bien pour cela qu’il est si difficile à combattre.

Pourtant, nous savons bien que si nous voulons nous libérer un tant soit peu des pesanteurs, chaque collectif doit faire ses choix en fonction de ses propres objectifs et non pas attendre des solutions de l’extérieur (patronat, élites gouvernantes et autres directeur/trices de marketing) : éthymologiquement, être autonome, c’est bien créer ses propres lois. Pour ce faire, il nous faut donc chercher inlassablement à maintenir un espace pour la nouveauté, mais une nouveauté pensée et réfléchie. Or, même l’inventivité est rabattue sur sa valeur marchande au lieu d’être entendue en terne d’éthique et de progrès politique. Car une des caractéristiques du système capitaliste réside dans l’unicité du système de valeur : il n’existe qu’une seule valeur, celle fournie par les marchés, au détriment de toute autre considération. Cette vision manichéenne est extrêmement néfaste car elle nous pousse à hiérarchiser l’ensemble des phénomènes sociaux : s’il n’y a qu’une seule échelle de valeurs, on est forcément au- dessus ou en dessous, et pour être égal il faut être identique. Alors que la coexistence de plusieurs échelles de valeurs permet d’accepter la différence et la variabilité des jugements. Ce rabattement sur une unique échelle empêche donc l’individu de choisir ce qui, pour lui/elle, fait sens, et donc d’agir sa vie en fonction de ses critères propres. Nous allons en voir quelques exemples concernant l’imaginaire du corps.

Imaginaire du corps et oppressions

Le premier exemple est celui du tchador à la mini-jupe. Symboles extrêmes d’une soi-disant libération sexuelle opposée à une oppression dépassée, le tchador et la mini-jupe m’apparaissent en fait comme les deux faces (simplement adaptées à des sociétés différentes) d’une même vision du féminin et du corps des femmes conçu uniquement comme objet du désir des hommes. Qu’il s’agisse de les cacher ou au contraire de les exhiber, et dans tous les cas de les entraver et d’empêcher leurs mouvements, les corps des femmes sont, dans les deux cas, ravalés au rang d’images tentatrices et plus ou moins interchangeables. Pour M. Donzel, cela revient à nous faire haïr notre corps réel et donc bien entendu à ne pas pouvoir l’investir : pas facile d’agir quand vous devez être sans cesse en train de vous demander ce que les autres pensent de vous et si votre mèche de cheveux est bien en place. Les hommes n’ont bien évidemment pas ce type de problèmes : ils portent un uniforme protecteur et confortable qui ne les positionne pas comme objets de désir. Les homosexuels l’ont d’ailleurs bien compris, qui ont pris l’habitude, davantage peut-être que les autres hommes, d’adapter leurs vêtements à leurs activités, marquant la différence entre l’espace public, dédié à l’action, et l’espace privé, lieu de la séduction. Et si l’espace public sans séduction peut nous apparaître comme triste, c’est bien parce qu’on le dépouille de ce qui en fait sa richesse, à savoir l’autonomie et la responsabilité.

Le deuxième exemple, évoqué dans l’article de C. Delphy, c’est bien sûr l’imaginaire autour de la sexualité et de ce qu’elle "doit" être. Sexualité prescrite, automatisée, niant toute la dimension (et la complexité) de la rencontre entre deux êtres humains et de la liberté qu’elle ouvre. La soi- disant libération sexuelle, c’est avant tout le libre-échangisme sexuel, c’est-à-dire comme tout libre-échangisme, la loi du plus fort, et donc la porte ouverte à "ce surcroît d’esclavage du corps qu’est la traite des femmes" [1]. Se soumettre à l’imaginaire social, c’est se soumettre à une vision de la sexualité essentiellement construite par et pour les hommes et admettre que, de toutes façons, nous n’avons pas pouvoir de définir nous- mêmes nos sexualités. Prises en tenaille entre des tabous traditionnels qui les empêchent de dire "oui", et une pseudo-libération sexuelle qui les oblige à dire "oui", bon nombre de jeunes filles et jeunes femmes, notamment issues de milieux dominés, se retrouvent dans l’incapacité de construire leurs choix et de se positionner pour et par elles-mêmes. C’est- à-dire que la libération sexuelle existe bel et bien, mais pour les hommes et les classes dominantes.

Le troisième exemple aborde la question du rapport au réel, à travers la disqualification du travail concret, matériel, physique, au profit du travail intellectuel et immatériel. Ce mépris du travail pratique, c’est avant tout un mépris du corps et, encore une fois, de l’imperfection de la réalité face aux sirènes de notre imaginaire. Pourtant, c’est bien sur la réalité que s’exerce notre pouvoir de transformation du monde. Comme le dit V. Marange, le matérialisme ne s’oppose pas à l’utopie. J’ajouterai même qu’au contraire, le matérialisme est la condition même de la réalisation de l’utopie, et que c’est bien en acceptant de nous colleter à la réalité que nous pourrons avancer un peu sur le chemin de nos rêves les plus fous, et par là même continuer à rêver. C’est toute une conception du travail et de la division des tâches qui est à revoir en admettant une bonne fois pour toutes que la réalisation matérielle d’une idée a au moins autant d’importance que sa conception. Inutile de dire évidemment, que tout ce travail déconsidéré, invisible, non pris en compte (à commencer par le travail domestique qui n’est, par exemple, pas comptabilisé dans les indicateurs de production de richesses) est effectué essentiellement par les femmes et les dominé/es, les élites étant, elles, bien au-dessus des basses contingences et des lois.

Le quatrième exemple sera abordé rapidement : il s’agit de la réflexion de Jacques Robin sur l’information. Celui-ci souligne qu’aujourd’hui une bonne partie du pouvoir réside non plus dans la maîtrise de la réalité matérielle mais dans celle du virtuel (information par exemple). Or le virtuel, parce qu’il n’a pas la même épaisseur, la même résistance que la réalité est encore plus facilement manipulable et creuse donc les écarts : face à la réalité, même les plus puissants doivent composer un minimum. Face à la virtualité, tout est permis !

Des pistes pour agir

Trois pistes apparaissent alors pour une meilleure réappropriation du corps comme lieu de l’action par chacun/e :

La première consiste à séparer espace public et espace privé. Le corps séducteur ne peut être le même que le corps agissant. On retrouve ici, incarnée dans les corps, la distinction de G. Mendel entre les registres affectif et socioprofessionnel. Une grande erreur des réflexions des années 70 sur la consommation a peut-être été de vouloir privilégier l’être sur l’avoir en oubliant que l’être passe par le faire. C’est par nos actes que nous nous situons.

Ensuite, il faut travailler, individuellement, collectivement et sans relâche à une résistance non violente mais têtue face aux sirènes. Nous demander et nous redemander sans cesse, pourquoi nous consommons, pourquoi nous acceptons qu’un voyage sous les cocotiers soit le summum du cadeau idéal, ce qui nous tient vraiment à coeur et si nos choix a priori banals nous correspondent vraiment.

Enfin, parce que l’action ne peut être que collective, nous devons mettre en place les conditions concrètes d’émergence des compromis, qui doivent être suffisamment inventifs pour permettre de respecter ce qui est essentiel pour chacun/e : c’est en ce sens que les compromis peuvent ne pas être des compromissions. Mais le processus est complexe car il pose trois conditions : premièrement, être capable d’élaborer individuellement son projet et de dire, a contrario, ce qui est pour nous inacceptable ou dangereux [2]. Deuxièmement, de reconnaître aux autres le droit d’avoir un projet différent, et de prendre réellement en compte leur différence, alors qu’en général, soit on la disqualifie (et on retombe sur les méfaits des échelles de valeurs uniques), soit on l’ignore (sous couvert de "tou/tes ensemble"). Enfin il faut parvenir à élaborer collectivement cette rencontre au quotidien, c’est-à-dire pouvoir à la fois s’ouvrir à l’autre et poser des limites. Il s’agit donc, au final, de n’entendre notre propre désir qu’en tant que (et jusqu’au point où) nous sommes capables d’entendre en même temps celui de l’autre. C’est peut-être là que réside la différence entre autogestion et libéralisme.

Si l’on revient à notre question introductive, c’est donc bien nous-mêmes, en tant que collectif, qui devons nous protéger de notre propre envie d’égoïsme et donner un cadre à nos désirs. C’est la Loi collective, issue de mon propre désir quand il rencontre celui de l’autre, et pas un état impersonnel, qui me protège de moi-même et de l’autre.

Texte publié dans EcoRev’ no. 4

Notes

[1] A. Fouque, " si c’est une femme ", Informations sociales, n°80, 1999.

[2] C’est-à-dire qu’il s’agit d’assurer soi-même sa propre protection, et non de l’attendre de l’extérieur. Psychiquement, c’est aussi cela, l’autonomie, processus permanent de désengagement des conditionnements et des attentes.

dimanche 19 octobre 2008

Rachel Corrie activiste pacifiste assassinée en 2003



remerciements à grain de Cel pour son mail, pour ne pas oublier, pour que cesse l'inadmissible

Un an de silence depuis la mort de Rachel Corrie
Par Elizabeth Corrie
Elizabeth Corrie est la cousine de Rachel. Elle est directrice et professeur dans une école d'Atlanta.

Quand trois américains qui traversaient Gaza ont été tués, vraisemblablement par des palestiniens dans l'explosion du 15 octobre 2003, le FBI est intervenu dans les 24 heures pour enquêter sur ces morts.
Un an après, ni le FBI, ni aucune autre équipe américaine n'a fait quelque chose pour enquêter sur la mort d'une américaine tuée par des Israéliens.
Pourquoi cette double logique ? Peut-être révèle-t-elle la vérité la plus dérangeante de toutes.


Photo prise entre 15 et 16 h par Joseph Smith (ISM). On voit que Rachel est clairement visible avec sa veste orange. Elle parle au conducteur du bulldozer avec un mégaphone et lui demande de ne pas démolir la maison.

Tuée en Israël

Il y a seulement un an, le mois de mars était encore associé à des choses positives, pour moi comme pour beaucoup : la fin de l’hiver, la promesse du printemps et même de l'été. Cette année, et pour tout le reste de ma vie, mars signifie tout à fait autre chose : l'anniversaire de la mort brutale de ma cousine, Rachel Corrie;

Le 16 mars 2003, un soldat israélien et son chef ont foncé sur Rachel avec un bulldozer Caterpillar de neuf tonnes, alors que sans arme, et parfaitement visible avec sa veste orange fluorescente, elle protégeait une maison palestinienne promise à la démolition par l'armée israélienne.

La mort de Rachel Corrie, et la réponse qui a été donnée à son cas - ou plutôt qui n'a pas été donnée - a révélé des vérités dérangeantes, et parfaitement immorales et criminelles.

D'abord, Rachel est morte en essayant d'empêcher la démolition d'une maison, punition collective habituellement pratiquée par l'armée israélienne et qui a transformé en sans abri plus de 12000 Palestiniens depuis le début du second soulèvement en septembre 2000.

Cette pratique est une violation de la loi internationale, y compris de la Quatrième convention de Genève.

Deuxièmement, Rachel a été renversée par un bulldozer Caterpillar fabriqué aux Etats Unis et envoyé en Israël dans le cadre de l'assistance des Etats-Unis à Israël dont le budget oscille entre 3 et 4 milliards de dollars par an, prélevés sur les impôts des Américains.

L'utilisation des bulldozers Caterpillar pour détruire des habitations, sans parler de ces militants des droits de l'homme, sans arme, qu'on écrase - viole la loi des Etats-Unis y compris l'Acte de Contrôle d'exportation des armes, qui interdit l'utilisation de l'aide militaire contre les civils.

Troisièmement, l'auto-absolution de l'armée israélienne pour la mort de Rachel et la résistance de l'Etat d'Israël à une enquête indépendante sur ce cas, met en lumière et la résistance de l'administration de Sharon à assumer ses responsabilités dans la mort d'une citoyenne américaine et la couardise de l'administration Bush qui permet à une nation étrangère d'attaquer impunément des citoyens états-uniens.

Quatrièmement, la mort de Rachel n'est que la première de plusieurs attaques israéliennes contre des citoyens étrangers en Cisjordanie et à Gaza.

Brian Avery, du Nouveau Mexique, a reçu une balle en plein visage le 5 avril 2003;


Tom Hurndall, un citoyen anglais, a reçu une balle en pleine tête le 11 avril 2003 ; il est mort le 13 janvier 2004 et James Miller un autre anglais, a aussi été abattu et est décédé en avril 2003.

A retenir : ce n'est que pour le procès Hurndall que le soldat israélien responsable de l'attaque sera poursuivi devant les tribunaux, et cela parce que c'est le gouvernement britannique qui, après plusieurs mois, a finalement pris acte des preuves surabondantes fournies par la famille Hurndall.

A l'approche du 16 mars, les habitants et les citoyens des Etats-Unis devraient s'interroger sur ce qui fait qu'un citoyen américain sans arme peut être tué impunément par un soldat d'une nation alliée qui reçoit une aide massive des Etats-Unis et utilise un produit manufacturé aux Etats-Unis par une grande société U.S que paient les dollars des impôts états-uniens.

Quand trois américains qui traversaient Gaza ont été tués, vraisemblablement par des Palestiniens dans l'explosion du 15 octobre 2003, le FBI est intervenu dans les 24 heures pour enquêter sur ces morts.

Un an après, ni le FBI, ni aucune autre équipe américaine n'a fait quelque chose pour enquêter sur la mort d'une Américaine tuée par des Israéliens.

Pourquoi cette double logique ? Peut-être révèle-t-elle la vérité la plus dérangeante de toutes.


A lire aussi, l’excellent article de John Sweeney sur les victimes de l’ISM

Source : International Herald Tribune
Traduction : CS pour ISM-France

lundi 13 octobre 2008

Isabelle Affolter, auteure de : Accueillir des femmes en détresse Le quotidien d'un centre d'hébergement, rencontre ce Mardi 14 octobre 08

«Il pleut des hommes» (extrait)

Paperasserie, courriers administratifs, cahiers de comptes, bref, bureau encombré. L. frappe et entre, s'assied en face de moi, le regard sur ses pieds ; elle tire ses mèches de cheveux devant ses yeux et s'agite.
J'ai toujours laissé les femmes de l'appartement thérapeutique entrer dans mon bureau, sauf pendant les entretiens bien évidemment, circulation appa­remment aléatoire, angoisse à dire ou à montrer, sta­tion rituelle dans des trajets.
Ces apparitions me rappellent pourquoi je me coltine à toute cette gestion qui encombre mon bureau et parfois ma tête ; une institution ça se gère, mais les murs servent à abriter des humains.
L. tripote ses cheveux et dit : «Et en plus les Algériens nous ont déclaré la guerre.»
Je continue mes écritures en pensant que cette phrase n'est pas dans le registre habituel du délire de L. Elle est en général poursuivie par des membres de sa famille dont elle ne sait plus s'ils sont vivants ou morts, elle trébuche sur l'identité de ses compagnes d'appartement qu'elle prend l'une pour sa mère, l'autre pour sa soeur, pense avoir été violée par le fils d'un rocker vieillissant, mais n'est pas très préoccupée par les événements politiques ; elle mène une autre guerre avec la part d'elle, qui l'assaille en voix.
«Et en plus il pleut des hommes.»
Je lève la tête, moi qui me pique d'entendre ce qu'elle tente d'articuler dans son délire pour soutenir son existence, je ne comprends pas ce qu'elle raconte... il pleut des hommes...
Le téléphone sonne, un collègue parti faire un accompagnement en voiture et qui écoute la radio m'informe que des avions viennent de s'écraser sur des tours à New York.
L. et moi, nous nous retrouvons devant la télévision de l'appartement qui marche quasi non-stop et je vois une pluie d'hommes qui tombent.
11 septembre 2001 ; qui délire ?

Mardi 14 octobre de 17h à 19h à l'amphi Y. Barat de l'IRTS Montpellier


l'IRTS, Psychasoc et les éditions Erès organisent un débat
Travail social : les enjeux cliniques, institutionnels, politiques
Isabelle Affolter, auteure de : Accueillir des femmes en détresse Le quotidien d'un centre d'hébergement, présentera son ouvrage et son expérience de direction
Jean-François Gomez fera une exploration de ses différents ouvrages et travaux en questionnant plus particulièrement l'écriture professionnelle, non seulement comme espace d'élaboration et de transmission de la pratique, mais aussi comme condition incontournable de la reconnaissance des travailleurs sociaux.
Les deux intervention seront suivies d'un débat plus large sur les enjeux du travail social aujourd'hui.
Joseph Rouzel, animera cette rencontre, en présence de représentants de l'IRTS et des CEMEA.

samedi 11 octobre 2008

Jacqueline Julien, Le Feu [extrait]




(…)
“Très tôt nous nous sommes regardées. Mon premier regard a été pour ce regard de plomb brillant qui m’a cinglée, aigu, agile, perspicace.
Je crois savoir que je ne l’ai pas vue, mais regardée. Elle m’a vue aussi sans doute,
Mais elle m’a regardée, surtout. Nous avons fait comme si nous ne faisions que nous voir,
mais je sais qu’il y a eu le regard surtout, de chacune sur l’autre.
(…)
Il y a ainsi beaucoup de choses que je ne suis pas sûre d’avoir vues, parce que je la regardais.
Je n’ai pas vu sa carrure, qu’il aurait fallu dire d’athlète, je n’ai pas vu, je n’ai pas vu ses flancs.
Ni ses jambes. Ni ses hanches. Je l’ai regardée dans ce qui émanait de sa forme.
J’ai regardé ses mouvements, cette buée électrique que j’avais cette furie d’atteindre, de pénétrer.

Parce que ce regard plus fort que voir et être vue, j’ai su directement du dessous de ma peau
l’atteindre sous la peau. Il y avait les vêtements à enlever et sa peau à traverser.
Je ne voyais pas sa forme. Ce désir n’était pas que pour sa forme. “
(…)

Jacqueline Julien, Le Feu

lu ici :

Est-ce qu'on naît lesbienne ou est-ce qu'on le devient ?

in Bagdam Espace lesbien, Toulouse.

samedi 4 octobre 2008

Light is calling [Edith Azam sur France Culture]


Découvert sur mon phasme d'Edith Azam, je vous recommande l'écoute de son passage sur France Culture.

Ecoutez-la!
Je suis certaine que vous partagerez mon enthousiasme,
elle ne peut vous laisser indifférent!

Elle sait le tumulte intérieur,
les mots qui se bousculent, vous atteignent,
achoppent, ricochent, bégayent, martèlent, s'entêtent, s'obstinent, virevoltent, volte-face ;
la valse, le tourbillon, les tempêtes, les eccueils, tout ce qui vous serre la gorge, le coeur, les tripes.


Là où réside ce qui vous constitue,
vous aussi vous serez remuéE.
Laissez-vous
surprendre!

Comment faire parler ce qui n'arrive à se dire?
Edith Azam vous offre sa réponse et quelle réponse!
L'émission " ça rime à quoi" lui étant consacrée est en écoute sur son site :
http://phasme.grosquick.net/_28

Sémaphore

« faut voir et entendre Edith Azam lire ses textes pour saisir tout ce qu’il y a de juste dans son approche absolument naturelle du texte, de la voix et du corps, une seule personne, une totale unité, le révélateur de soi-même à soi sans fin, personne devient cette personne, celle-là, toute de fragilité, apeurée mais rapide comme un écureuil, légère comme un oiseau, solide comme la mer qui jamais ne s’arrête, comme une fille qui n’aime pas qu’on lui coupe la parole ».

Claude Chambard, préface à « Létika Klinic », éd. Dernier télégramme

ça rime à quoi
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/carimeaquoi/

vendredi 3 octobre 2008

FMO : Fédération des maladies orpheline>pétition contre la suppression du plan maladies rares

Fin du Plan maladies rares : les raisons de notre inquiétude

Nous: malades, enfants, parents, amis, sœurs, frères, proches, maris, femmes, compagnons, professionnels de santé, voulons marquer notre inquiétude. Inquiètes et inquiets, nous le sommes de la fin programmée par le gouvernement du Plan Maladies Rares.

Dramatique, le désengagement de l’Etat transformerait chaque jour de l’année 2008 en un pas de plus vers le retour à l’invisibilité meurtrière. Refusant cette fatalité, nous nous mobilisons en demandant solennellement au gouvernement de ne pas oublier les 4 millions de malades porteurs de maladies orphelines.

Nous avons reçu un mot de la FMO (fédération
des maladies orphelines). Roselyne Bachelot veut mettre un terme au
plan maladies rares, et le seul moyen de faire changer les choses c'est d'obtenir au mois 100 000 signatures. Cela ne marche que par internet.
Il faut aller sur le site, et signer, c'est gratuit et ça prend une
minute seulement.
Il reste peu de temps et nous avons seulement 45 000 signatures pour le
moment. Un grand Merci de bien vouloir nous aider, et faire circuler ce
message à un maximum de personnes.

Pétitions : http://www.fmo.fr/petition/