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jeudi 8 janvier 2009

En perdre son latin sans Y grec!

"Dès fois quand je m'endors
je sais plus qui je suis"

"Si je t'aime, si j'ai tort,
A quoi je sers
Juste, serre-moi fort"

Mademoiselle K

Un belle idée que celle de s'adresser à ces fans de la part de Mademoiselle K pour la réalisation de ce clip, ce sont 211 vidéos qui ont ainsi été récoltées, 74 ont été retenues et montées.
Une réalisation étonnante, émouvante, tour à tour souriante, touchante, tout autant que la diversité intime de chacun.
L'abandon, l'amour, les repères, la question des origines, les interrogations sur le genre, sur l'orientation sexuelle, une chanson existentielle...

Il me revient, citée par Gilles Deleuze cette formule de Lacan "celui qui n'est dupe, erre"
Jacques a dit!
Naît du père et du saint esprit, amen!

n.b. : bienvenue à vos associations d'idées...

Semaphore




Maman XY

X, Y, X, Y
On peut naître sous X
Et se sentir Y
Y, Y, Y, Y
Et moi maman, maman
Sur une échelle de X à Y
Qui je suis ?
Oublie l’échelle à Richter
Il a abandonné
Et ma terre elle tremble dans tous les sens
Sauf celui qui connait

X, X, X, X, X,

J’ai coupé mon corps en deux
Fallait que je comprenne avec mes yeux
Tout ce que j’ai vu
Je suis pas possible à trier
X, X, X, X fois je me suis perdu dans des super marchés
A chercher quoi ? A chercher quoi ?
Juste moi

X ,X, X, X, X,

Si tu peux pas t’appuyer
Si tu peux pas t’appuyer dans un bordel pas possible a trier
Alors à quoi je sers? A quoi je sers?

Si tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fort

Si tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fort

Si tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fort

Maman, maman,
Des fois quand je m’endors
Je sais plus qui je suis

X, Y,
On peut naître sous X
Se sentir Y
Mais moi maman, moi
Sur une échelle de X à Y
Qui je suis ?
Maman,
Des fois quand je m’endors
Je sais plus qui je suis
Oublie l’échelle à Richter
Il a abandonné
Et papa il a abandonné
Maman ? Papa il a abandonné
XXXX fois et XXXX fois
XXXX fois papa il a abandonné

Si tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fort

Si tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fort

Si tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fort

Si tu m’aimes,
Quand je m’endors
Je sais plus qui je suis
Et à quoi je sers
Alors si tu m’aimes si j’ai tort
A quoi je sers juste, serre-moi fort


samedi 11 octobre 2008

Jacqueline Julien, Le Feu [extrait]




(…)
“Très tôt nous nous sommes regardées. Mon premier regard a été pour ce regard de plomb brillant qui m’a cinglée, aigu, agile, perspicace.
Je crois savoir que je ne l’ai pas vue, mais regardée. Elle m’a vue aussi sans doute,
Mais elle m’a regardée, surtout. Nous avons fait comme si nous ne faisions que nous voir,
mais je sais qu’il y a eu le regard surtout, de chacune sur l’autre.
(…)
Il y a ainsi beaucoup de choses que je ne suis pas sûre d’avoir vues, parce que je la regardais.
Je n’ai pas vu sa carrure, qu’il aurait fallu dire d’athlète, je n’ai pas vu, je n’ai pas vu ses flancs.
Ni ses jambes. Ni ses hanches. Je l’ai regardée dans ce qui émanait de sa forme.
J’ai regardé ses mouvements, cette buée électrique que j’avais cette furie d’atteindre, de pénétrer.

Parce que ce regard plus fort que voir et être vue, j’ai su directement du dessous de ma peau
l’atteindre sous la peau. Il y avait les vêtements à enlever et sa peau à traverser.
Je ne voyais pas sa forme. Ce désir n’était pas que pour sa forme. “
(…)

Jacqueline Julien, Le Feu

lu ici :

Est-ce qu'on naît lesbienne ou est-ce qu'on le devient ?

in Bagdam Espace lesbien, Toulouse.

dimanche 13 juillet 2008

A quoi ça sert l'amour? un très court de Louis Clichy



cette chanson d'Edith Piaf mise en images...

samedi 28 juin 2008

Montre-toi [chanson]...une pensée pour la marche des fiertés à Paris


Photo d'archives/REUTERS/Luis Galdamez


Découvrez Alexandre Varlet!



Une pensée pour la marche des fiertés à Paris... même si je ne me reconnais nullement dans les gogos danseurs s'exhibant à moitié nus sur les chars et toute la récupération commerciale autour d'un acte de célébration tout à la fois porteur de revendications et festif.

C'est tout le paradoxe de cet évènement qui se veut un moment de partage, de visibilité mais que montrons-nous de nos réalités individuelles?

Que retiennent-ils ceux qui n'acceptent notre orientation différente de la leur?

L'excentricité outrancière voire la vulgarité... combien il est difficile alors de proner un sentiment d'appartenance communautaire!

Quand dans ce carnaval est mis en exergue une misère sexuelle!...

Mais je me tais...je pense aux personnes atteintes par le sida...quand l'amour se termine dans une chambre d'hôpital...les trois minutes de silence symboliques ne doivent faire oublier la nécessité de la prévention et de l'aide que se doit d'accorder un état, digne de ce nom, aux malades.

Le dispositif odieux prévu concernant les bénéficiaire du 100%, soit les personnes atteintes de maladies classées en ALD (affection de longue durée), vient d'être suspendu, mais jusqu'à quand?...

semaphore

nb : Alexandre Varlet un artiste à découvrir, mes remerciements à Tine
http://tine07.vox.com/library/posts/tags/alexandre+varlet/

« Rendez-vous samedi 28 juin 2008 à13h Denfert Rochereau. »

Arrivée : Place de la Bastille.
La musique s'arrêtera sur la Marche des Fiertés, à 16 h 30, avec trois minutes de silence contre le sida.

D'où vient la GAY PRIDE ?
Tout a commencé le week-end du 27 au 30 Juin 1969 à New York, avec les émeutes de Stonewall, acte spontané de résistance face à une descente de police violente dans la nuit du 27 au 28 Juin, au Stonewall Inn, un bar de travestis du Greenwich Village.

Ce soir là, les "gay" se révoltent et les deux nuit suivantes, sont témoins de heurts violents avec la police. Les slogans fusent, demandant la légalisation des bars gays et affirmant "qu'il est bon d'être gay". Toute une partie de la population se sent solidaire contre les policiers qui chassent les toxicomanes, les étudiants gauchistes et les travestis et les gays.

La télé, la radio et les journaux à grand tirage font l'écho de la révolte des homosexuels, la nouvelle fait très rapidement le tour du monde. Stonewall devient le symbole d'une minorité invisible et opprimée qui demande le droit de jouir des mêmes libertés revendiquées par tous les citoyens.

Le mouvement d'affirmation des gays et des lesbiennes va s'étendre et se développer en parallèle avec les mouvements de fierté noire -"Black is beautiful"- et féministes. C'est l'arrivée d'une parole homosexuelle sans filtre aux Etats-Unis.

Les "Gay Pride", puis "Lesbian & Gay Pride", marches de fierté gaie et lesbienne, véritables parades ou défilés hauts en couleurs, commémorent chaque année au mois de juin à New York et partout dans le Monde, le souvenir de Stonewall.

Ainsi avec le temps, le mouvement Lesbian & Gay Pride a pris de l'ampleur. Lesbiennes et gays ne baissant pas les bras malgré toutes les tentatives de reflux intégristes, réactionnaires ou fondamentalistes ; il atteint les principales capitales d'Europe Occidentale à la fin des années 70, puis les métropoles régionales dans les années 90.

mardi 3 juin 2008

Un curieux silence de Simone de Beauvoir par Marie-Jo Bonnet

Un curieux silence de Simone de Beauvoir

par Marie-Jo Bonnet

"...ça me fait quand même drôle d'être passionnément aimée de cette manière féminine et organique par deux personnes : Védrine (...) et Sorokine... “ "Lettre à Sartre, 1939.

La publication du Journal de Guerre de Simone de Beauvoir, de ses Lettres à Sartre et des Mémoires d'une jeune fille dérangée de Bianca Lamblin , ont permis de désocculter un curieux silence chez l'auteur du Deuxième sexe, dont on célèbre cette année le cinquantenaire : son rapport intime au lesbianisme.

On sait maintenant que Simone de Beauvoir a eu des relations charnelles avec des femmes, "des passions organiques", vécues généralement avec ses anciennes élèves. On sait aussi que sa vie amoureuse a été structurée autour du trio, et non du couple, un trio qui comprenait d'une part un "amour nécessaire" avec Sartre, et ce qu'elle appelait les "amours contingentes" avec des femmes. Or la question qui se pose après ces révélations posthumes est pourquoi la philosophe existentialiste a caché sa "bisexualité" alors qu'elle plaça la vérité au fondement de sa morale de l'authenticité.

Doit-on y voir une réaction à l'homophobie de la société française, qui l'a marquée dès son adolescence à travers la mort de son amie Zaza pour qui elle éprouvait des "émotions non codifiées" . Pendant la guerre, également, Simone de Beauvoir est victime de l'idéologie vichyssoise du "Travail- Famille - Patrie", puisqu'elle est suspendue de l'Education Nationale à la suite d'un plainte de la mère d'une de ses élèves pour "détournement de mineure", plainte qui déboucha pourtant sur un non-lieu. Si elle prend acte de l'homophobie dans Le Deuxième sexe en présentant les lesbiennes comme "celles qui choisissent les chemins condamnés", on s'aperçoit cependant qu'elle n'en fait pas l'analyse, se contentant de rectifier les fausses certitudes de la psychanalyse sur les lesbiennes "viriles" et "féminines, tout en encadrant sa réhabilitation de la "volupté lesbienne" de sérieuses restrictions puisqu'elle conclue quasiment le chapitre en disant : "Rien ne donne une pire impression d'étroitesse d'esprit et de mutilation que ces clans de femmes affranchies" .

On voit comme la philosophe Simone de Beauvoir n'était pas prête à se reconnaître dans la lesbienne. Tout en elle se cabre à cette idée, à commencer par sa conception de l'émancipation féminine qui est d'abord pour elle une aventure intellectuelle menée dans la confraternité masculine et consolidée par l'indépendance économique. Eros lesbien et royaume de l'Esprit sont tellement opposés chez elle, que même pendant les années M.L.F. où les lesbiennes ont enfin pris la parole publiquement, Simone de Beauvoir ne dira jamais un mot de soutien, préférant s'engager dans le combat pour l'avortement (qui ne la concernait pas personnellement, si l'on en croit ses mémoires), plutôt que dans la libération homosexuelle. Je l'ai rencontrée plusieurs fois à cette époque, dans le cadre d'un groupe d'historiens qui préparait des émissions de télévision devant avoir lieu sur "Sartre dans le siècle", et jamais nous n’avons pu en parler, bien que je l'aie questionnée sur Violette Leduc au moment où je commençais ma thèse sur l'amour entre femmes.

Ce silence sur l'homosexualité a une raison, et s'explique à mon avis bien plus par ses idées philosophiques que par une quelconque peur de la "chiennerie française" . Le matérialisme existentiel, qui fonde son analyse de l'oppression des femmes, barre tout ancrage de l'amour lesbien dans une dynamique émancipatrice. Car si la femme est l'Autre de l'homme, si la féminité est socialement construite - un mythe, démontre-t-elle dansLe Deuxième sexe -, si enfin l'amour est une aliénation librement consentie - voir son portrait sidérant de l'amoureuse -, comment une femme pourrait-elle construire son identité de sujet libre à travers un amour pour une autre femme ? C'est impossible, et l'on comprend pourquoi une telle vision de la femme "relative" ne peut déboucher sur une analyse de l'homophobie. Il faudrait que "l'essence" ne succède pas à l'existence , qu'elle lui soit au moins co-originaire pour que le désir homosexuel soit inclus comme une des dimensions de l'identité humaine.

La phrase introduisant le chapitre du Deuxième sexe sur la lesbienne est révélatrice de cette position identitaire intenable qu'eut Beauvoir de l'après-guerre jusqu'à sa mort en 1986. "... la femme est toujours frustrée en tant qu'individu actif, écrit-elle. Ce n'est pas l'organe de la possession qu'elle envie à l'homme, c'est sa proie". Voilà des mots extrêmement révélateurs de sa relation à la femme désirée et au monde masculin. La femme est une "proie" sexuelle, un objet de consommation, voir de dévoration, et d'ailleurs, les métaphores alimentaires jaillissent sous sa plume quand elle évoque la nuit passée avec une de ses jeunes amantes, comme en 1939 où elle écrit : "Nuit pathétique - passionnée, écoeurante comme du foie gras..." .
On imagine dans quelles contradictions Simone de Beauvoir dut se débattre. Une avidité existentielle sans borne qui inclue la volupté féminine, une passion absolue pour Sartre qui lui impose amantes qu'elle "partage" avec lui. Enfin, un dégoût de la féminité conçue comme pur produit de la domination ne l'ont guère aidée à lever le silence sur sa praxis lesbienne. Mais c'est peut-être encore plus son système philosophique qui fit obstacle, tant il est vrai que l'Esprit est la vraie demeure de nos "émotions non codifiées".

Marie-Jo Bonnet
(paru dans Ex Aequo n°27, avril 1999)

mardi 25 mars 2008

Ma mère tout bue de Valéry Meynadier [extrait ]

Extrait :

« Laisse-moi vivre, maman, ta fille, Gabrielle et moi on n'en peut plus. Pitié ! Dispense-nous de tes baisers, je ne veux pas, je ne dirais plus de sottises, s'il te plaît, je suis moi, intégralement moi, rien que moi, personne d'autre. Vive ta bonne inconscience vieille branche, mais s'il te plaît, pas le baiser non. J'ai un grain, dis-tu, oui, en train d'éclore, le grain du temps qui ne passe plus.

Passe ton chemin.

Ne t'arrête pas,

ne me tends pas tes joues poreuses comme l'éponge.

Elle buvait, vomissait et son visage suivant la nuit qu'elle venait d'essuyer, prenait le pli bouffi de l'éponge et mes lèvres

alors dans la lie du cauchemar... Tu ne m'inspires plus que dégoût, plus fort que moi, comme une crampe, une nausée

incontrôlable et combien plus encore me dégoûte ce dégoût que je ressens pour ma mère. Et je pars en cours, chargée

de mon double dégoût.

Bah, tu m'embrasses pas ce matin ?

La vérité, encore la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. La vérité. La vie me suffit, monsieur le juge, je le jure.

Reprenez-là votre vérité.

Élève Gabrielle, levez-vous, vous êtes condamnée à redoubler à perpétuité !

Les gens comme ma mère, en vérité, vous permettent d'exister, vous pourriez être indulgents, ce sont des petites gens

comme elle qui vous redorent le blason, les faibles, les fournisseurs de criminels en puissance. Tellement facile d'avoir

envie de les tuer ces gens-là. Les alcooliques courent les antichambres, incapables de se suicider, ils implorent qu'on les

suicide à leur place. Oui, je sais, vous n'y pouvez rien, l'irresponsabilité dont fait acte ma mère n'est pas répréhensible;

enfin jusqu'à ce que délit arrive...

Accusée taisez-vous !

Juge, prof, semblable engeance, indécrottable.

À quoi bon vous dire que mettre un terme à ma mie sera plus facile que de subir sa lente décomposition ? »

« Le ciel se marbre de crépuscule.

Le train freine avec un bruit d'avion qui décolle.

Les tas de pierres sur le chemin attendent patiemment pour redevenir maison ou autre chose et moi,

moi,

je t'aime.

Je suis revenue à la tour. Pas le choix. Tu joues ton rôle de mère. Tu me dis de travailler à l'école. Je me fiche de l'école,

petite mie. Je rétablis le silence avec Jean-Sébastien Bach.

Éteins moi ce crincrin et bosse bordel !

À l'embrasure de ma porte, elle joue la sans reproche, droite comme la Justice ! Je lui balance.

T'es fière de l'éducation que tu me donnes ?

Comment ça ?

Tu sais, je sais...

Je suis fatiguée Gabrielle, dis ce que tu as à dire.

Moi aussi maman, je suis fatiguée.

Le chapitre de la fatigue ! Ca y est, on y est encore. « Je suis fatiguée », c'était ma façon à moi de lui dire : reste avec moi,

ne pars pas, aide-moi, j'entrave couic !

Elle, invariablement : « je suis fatiguée » signifiait : j'ai bu ou je vais boire. Et elle repart, la tête haute, heureuse de la

verticalité bienveillante des murs. Elle leur parle aux murs. Je l'ai surprise un jour dans la cuisine, eux les murs ils

l'aidaient à se tenir droite, ils ne fuguaient pas, eux, ils avaient été érigés à la gloire des alcooliques abattus... Tu en

tenais une sacrée ce jour-là... et je ne valais pas un mur. Partait, revenait, se tenait là dans l'embrasure, me fusillait.

Vas-tu te mettre au travail à la fin !

Je m'adosse contre le mur.

Qui tient qui ?

Je sais pourquoi l'homme tue devant un mur. Je suis ce mur. Je m'effondre. Partait, revenait.

Gab, je suis fatiguée de bourlinguer pour toi. À ton âge, moi, je travaillais, j'étais serveuse pour payer mes études. C'est là,

tiens, malheur, que j'ai rencontré ton ruffian de père. T'es comme lui, t'as la cosse on dirait.

Mie, laisse-moi tranquille, je suis fatiguée. Je te demande rien. Cette semaine, j'ai fait la manche dans le métro et avant

j'étais chez Eléo !

Et tes études, hein, qui c'est qui les paye et pourquoi ? Tu peux me le dire ?

C'est pas de ma faute si on déménage tous les ans.

Partait, revenait.

Travaille ton bac au moins.

Bac ! bac ! T'as que ça à la bouche !

Je te paye une école privée pour la gloire !

Moi, c'est BACH, merde à la fin ! C'est toi, qui m'a amené à la musique, t'as oublié, je parie, « la partita n°2 » de Bach, ça te dit quelque chose ?

Tu me fais peur avec ta musique. Si demain, je disparaissais, t'irais chanter dans le métro ?

Pourquoi pas, Zouzou dans le métro, à la Schwarzkopf, plaît-il.

Si je t'offrais des cours au conservatoire, t'irais ?

À quel prix, mie, laisse tomber, j'en ai marre de ton fric.

Qu'est ce que tu insinues Gabrielle ? J'ai des amis, c'est tout, tu les connais d'ailleurs. Je me cultive avec eux, c'est tout,

j'aime moi aussi la musique classique, qu'est-ce que tu crois, on va au concert, c'est tout.

Et pourquoi alors tu rentres ronde-défoncée ?

Merdeuse, petite merdeuse, t'es méchante, tu vaux pas un clou !

Dégage de ma chambre, dégage ! tire-toi de ma vue, de ma vie !

D'une pâleur insigne, tu recules, le mur te fait une révérence, la rage m'étrangle. « Méchante » dis-tu si doucement,

« méchante » qu'elle répète Céleste si doucement que c'est déjà une caresse qu'elle me fait. La honte m'étrangle. J'ai

envie de sauter par la fenêtre. Mais tu sais que je sais, tu sais que je t'ai suivie. Saoûle comme une tique, tu m'avais

parlé de ton « Lopin de repos », avenue des Minimes, à Vincennes. Le lendemain, j'y suis allée, tu sais. Ma verticalité en a pris un coup, moi qui rêvais de jeter la tienne aux chiens. Tous les murs se sont effondrés d'un coup. Cachée

derrière un marronnier, bâillon d'écorce contre mes lèvres. »

« Je ne saurais jamais plus la vérité.

Tu ne me diras rien.

À moi de devenir la vérité.

Et ma vérité est du côté de la beauté : ma mère était belle, ma vérité sera belle.

Mes yeux se penchent au-dehors, j'assiste au vert du printemps à l'assaut du paysage. Le vert se lâche, prolifère, se

répand dans toute la nature. Vert boudeur qui ne laisse rien passer, vert métallique qui fait du tapage nocturne, vert qui

bondit de rocher en rocher, rugissant jusqu'au ciel, où tes yeux m'attendent, ma mie, car tu as des yeux d'un vert jade

exceptionnel et si je me regarde dans le miroir, ce sont tes yeux que je vois, nous avons le même vert, et j'en suis fière.

Ma vérité a la couleur de tes yeux.

J'ai rêvé cette nuit, que tu tombais par la fenêtre. Tu ne tombais pas dans le vide mais dans la nature infinie. Le vide, une invention, ma conviction.

Le vide est l'œuvre des machines pneumatiques, elles aspirent l'air jusque dans ses derniers retranchements. La mort redonne l'air à la nature. Je le sais, cette nuit, je t'ai vu expirer tout ton soûl, un grand ouf magnifique.

À mesure que tu tombais, mon regard se rapprochait comme une loupe. En bas, je t'attendais. Ton souffle et ton


cœur continueront, ma mie, loin de toi, en moi et pour longtemps, voilà la vérité.

La mort nourrit l'air, ma conviction. La mort d'un être aimé n'arrête rien. »

Valéry Meynadier, Ma mère toute bue

publié en juin 2007 aux éditions du chèvre-feuille étoilée

mercredi 5 décembre 2007

Annemarie Schwarzenbach


Annemarie Schwarzenbach et Erika Mann - Venecia - 1932

-"Chaque soir, je prends congé... et le matin me voici proche de l'inconnu. Passées, finies les aventures, mais il me reste mille réalités à subir. Je m'élance et me jette contre elles; j'aime, et je n'oublie rien. Derrière moi, des cèdres, des olivaies, des chansons, des colonnes, des voiles, des tentes. Et ces empreintes de sabots de cheval qu'ont laissées les peuples en marche. Plus encore, les lointains! Ah! les lointains! Comme un cheval peureux, mon impatience risque un écart à droite, à gauche, et se rue toujours de l'avant. Combien il me coûte de nuits blanches avant de les atteindre!... Les chemins s'en vont, voilés comme des voies lactées. Le froid, la faim, la soif... j'ai ce que je voulais, et pas un lieu où reposer ma tête. Et pas une main qui prête secours!" Annemarie Schwarzenbach

http://www.annemarieschwarzenbach.net/index.htm

Les contacter pour une lecture mondiale le 23 mai 2008
contact : amis.annemarie@free.fr

jeudi 29 novembre 2007

SI NOUS PARLIONS D'AMOUR... Marie-Jo BONNET

SI NOUS PARLIONS D'AMOUR...
Marie-Jo BONNET


Article paru dans la revue TRIANGUL'ERE, n°1, Editions Christophe Gendron, 1999.


Le débat sur le PACS nous a montré au moins une chose, c'est l'incroyable pauvreté de notre réflexion sur l'amour. Aujourd'hui, nous sommes réduits à débattre pour ou contre le Pacs, pour ou contre l'union libre ou le mariage homosexuel. Mais aussi pour ou contre les P.M.A. (Procréation Médicalement Assistée), l'insémination artificielle ou l'adoption pour les homos. Dans la presse on nous parle du Viagra, du nombre d'orgasmes, de préférence sexuelle, de vie commune, de préservatifs et de pilules. Le monde paraît divisé en hétérosexuels et homosexuels qui aspirent à l'égalité "sexuelle", nous dit-on du côté des gays officialisés. Mais si tout le monde pense que l'amour a un sexe, il n'a, apparemment, plus pour chacun d'entre nous, ni corps, ni âme.

Mais comment parler d'amour à une époque qui a tout vu et tout entendu ? Nous ne disposons dans la langue française que d'un tout petit mot censé exprimer des émotions aussi différentes que l'amour d'une marque de voiture, d'une personne, d'une oeuvre d'art, de nos ancêtres et de nos descendants.

Les grecs disposaient de quatre mots pour parler de cette chose-là, et il n'est pas inutile de se confronter à une langue morte pour parler de la passion, du désir, et de ce qui, dans l'expérience amoureuse, nous fait mourir et renaître. Se détacher du passé et s'ouvrir à l'inconnu... Etre et devenir... Se quitter, espérer et aimer, encore et toujours.

Il y a d'abord le mot philia, généralement traduit par tendresse amoureuse, amitié et qui prendra le sens d'amour reconnu par les autres. Plutarque en fait la caractéristique de l'amour conjugal, car les femmes étaient vouées au tendre sentiment plus qu'à l'Eros, bien que Sappho ait utilisé souvent ce mot avec une connotation érotique quand elle parlait de son "lien d'amour" pour Atthis ou s'adressait à la déesse Aphrodite. La déesse représentera d'ailleurs l'amour conjugal, tandis qu'Eros personnifiera l'amour homosexuel masculin.

Le deuxième mot est bien sûr Eros, l'amour-désir, celui que nous utilisons encore aujourd'hui pour désigner l'amour sous son aspect "purement" charnel. Mais il y avait déjà deux Eros dans l'Antiquité, comme l'a si bien montré Jean-Pierre Vernant dans L'individu, la mort, l'amour. L'Eros primordial de la Théogonie d'Hésiode, le principe cosmique qui "rend manifeste la dualité, la multiplicité incluses dans l'unité". Et l'Eros séducteur, le fils d'Aphrodite qui pousse à unir deux êtres séparés par leur individualité et que leur sexe oppose. Eros est donc une pulsion, une énergie qui différencie en soi-même et qui nous unit à l'autre. Il y aurait beaucoup à dire sur cette importante vision philosophique d'Eros, car l'homosexualité est encore aujourd'hui condamnée sous prétexte qu'elle annule la différence (des sexes, des polarités, etc). Dans le dialogue du Phèdre, de Platon, toute la question est de savoir comment on définit l'amour. Si Eros est uniquement attaché au plaisir des sens, ou s'il recherche la beauté qui est d'essence divine et constitue pour Socrate le véritable amour. "Aimez-vous, et enfantez de beaux discours", dit-il à ses interlocuteurs, car le véritable amour, c'est l'amour de l'âme.

Le troisième mot est mania, folie d'amour, folle passion, délire. C'est un mot qui a la même racine que ménade, et qui désigne la démesure, l'hybris dont on accuse les femmes qui aiment trop et ne maîtrisent pas leurs pulsions. Les Bacchantes, dans Euripide, sont l'archétype même de la mania. Folles possédées par Dyonisos, elles refusent tout lien, et pour cette raison, sont si décriées par l'homme grec apollinien. Le "dérèglement" des sens était loin d'être magnifié. Car si la femme rejette tout lien, comment pourra-t-on la tenir dans les liens du mariage, sous le joug du couple, dans l'univers clos du gynécée ?

On s'aperçoit ainsi que le lien, qui crée l'attachement, ne renvoie pas à la même symbolique que la relation amoureuse, qui suppose la distance et la reconnaissance de l'autre comme sujet. Le lien crée la dépendance, la relation crée la liberté et l'échange.

Le dernier mot, enfin, est agape, l'affection, l'amour divin au sens chrétien. Il est utilisé plus tardivement et donnera agapes, repas fraternels des premiers chrétiens.

On le voit, parler d'amour, c'est à la fois identifier ce qui en soi est touché par l'autre, et définir sa place dans la Cité et le Cosmos. L'amour est l'énergie primordiale comme le disait si bien Dante : "Amour qui meut Phoébus et toutes les étoiles".


La mise en ligne a été effectuée par Le séminaire gai avec accord de l'auteur.

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