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jeudi 18 décembre 2008

Entre charité, responsabilité sociale et avantages fiscaux

Entre charité, responsabilité sociale et avantages fiscaux

Concernant les entreprises, je me pose la question de leur rôle dans la société : philanthropie ou croissance économique?


par Diane Reinhard le 10-11-2008
source : les quotidiennes

C’est toujours avec un frisson de suspicion que je vois le mot Charité associé au mot Business, d’où interrogation devant l’accroche du dernier supplément de Bilan: Charity.

Par définition la charité n'est-elle pas La Vertu qui consiste dans l'amour de Dieu et du prochain, mais aussi dans le fait de faire l’aumône aux pauvres par pur plaisir de donner, dans l’anonymat?

Cependant philanthropie et responsabilité sociale se lient de plus en plus souvent aux mots avantages fiscaux, visibilité, gain d’image.

Fiscalité
Quand je lis que le système fiscal suisse en comparaison internationale est peu favorable au domaine de la philanthropie, je m’interroge sur les généreux donateurs. On ne donne donc plus une part de sa fortune par pure charité, mais pour payer moins d’impôts ? A ces fins en Suisse, les personnes physiques peuvent en moyenne déduire 20 % du revenu et les personnes morale entre 10 et 20% de leurs bénéfices, le sponsoring et toute autre dépense pouvant être associée au but commercial étant considérée comme charge commerciale, donc entièrement déductible.

Concernant les entreprises, je me pose la question de leur rôle dans la société : philanthropie ou croissance économique? Les bénéfices des sociétés doivent-ils servir à des dons pour suppléer au rôle de l’Etat? Ne doivent-ils pas plutôt servir à la formation continue, à l’investissement, à la création d’emploi, à la croissance et à la sauvegarde de l’environnement immédiat? En défiscalisant les dons, l’Etat n’encourage-t-il pas le détournement des bénéfices de leur utilisation première à savoir le développement économique durable?

Responsabilité sociale
Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, les entreprises patriarcales assumaient leur responsabilité sociale, occupaient des personnes à capacité de travail réduite et assumaient pleinement le coût de ces emplois. Maintenant, les entreprises qui intègrent ces personnes, perçoivent des subsides de l’Etat pour compenser leur perte de productivité et ont droit à la Une des medias.

Je ne critique pas le fait que les entreprises utilisent les fonds de l’Etat destinés à l’intégration sociale, car ces mesures sont généralement temporaires et exigent, il est vrai, un engagement social sur le long terme. Ce qui m’attriste est le fait que ces entreprises doivent être portées aux nues.

Je m’interroge aussi sur les pistes données par Pascal Vuistiner, rédacteur en chef adjoint de Bilan, pour soutenir la philanthropie et le «charity business». En effet, toutes passent par une défiscalisation ou des subventions, joli discours de moins d’Etat.

Le beurre, l’argent du beurre et… la charité
Les entreprises et les personnes fortunées ont-elles vraiment besoin de mesures incitatives telles baisse d’impôt, visibilité dans les médias pour assumer leur responsabilité sociale ?
Etat, de grâce, sauve Swissair, sauve l’UBS et sauve la Charité! La vraie, la pure, bien sûr!

dimanche 15 juin 2008

Mai68 Mai08 De vos pavés numériques, un site en attente! [affiche]


affiche Galvi
A tous ceux qui sont en train de tresser la couronne de Mai 68 adressons nos pavés graphiques et redonnons la parole aux murs
source : http://imaginaction.over-blog.org/

Mai 68 n’a pas besoin de commémorations, à 40 ans et toutes ses dents, l'esprit de Mai 68 est toujours mordant. Et même si certains, comme Sarkozy, tentent de l’enterrer ou de le réduire en petite fumée juvénile et parisienne, son esprit de révolte refleurira encore et encore soulevant les pavés de tous horizons.

40 printemps après, bon nombre de slogans et de luttes sont toujours d’actualité, les revendications de Mai 68 sont loin d’être périmées, certaines sont à revisiter, d’autres sont à inventer... Nous lançons un appel A TOUS les artistes, graphistes, militants, activistes et colleurs d’affiches de France, de Belgique et d'ailleurs pour lancer avec nous des pavés graphiques et redonner la parole aux murs.

Résister c’est créer, créer c'est résister, alors nous vous proposons de monter une révolte graphique à placarder sur les murs pour démontrer que l’esprit de mai 68 est bien vivant, que cette nouvelle jeunesse de la révolte qui s'alluma en 1968 brûle toujours en 2008 et qu’il est plus que jamais nécessaire de RESISTER. De résister à quoi ? A l'ordre établi, au dictat du profit, à la pensée unique et inique, aux pyramides sociales, à l'arrogance des puissants, au patriarcat, à la société de consommation, à l'exploitation, aux expulsions...

Puisque nous n’avons pas le pouvoir, rappelons à ceux qui le détiennent que nous avons des idées et que nous n'avons pas peur de les afficher.

Au «Français, haïssons Mai 68» de Nicolas Sarkozy,
nous répondons «En Mai, révolte-toi comme il te plait! »

mercredi 21 mai 2008

Sauver les retraites par Gérard Filoche [radio]


Sauver les retraites : demander aux chomeurs de travailler plus longtemps, est-ce la bonne solution ?

Vous pensez qu’il faut mettre fin aux privilèges en supprimant les régimes spéciaux ?

Vous vous dites qu’il n’y a pas d’autre solution que de cotiser plus longtemps pour sauver les retraites ?

Eh bien écoutez Gérard Filoche ! Il a été facteur, cheminot, manutentionnaire, chauffeur-livreur, maître-auxiliaire, journaliste. Devenu Inspecteur du travail, spécialiste du droit du travail et des retraites et écrivain, il est particulièrement bien placé pour parler des retraites. Il était avec nous jeudi dernier sur Aligre FM : un grand moment, à mettre entre toutes les oreilles ! (ça change du discours monocorde ambiant et de la docilité des médias).

source : blog Pensées Alternatives - Aligre FM 93.1 Mhz

  • 23 septembre 2007, par Wildo
    A écouter. Comment le Régime Spécial est sacrfié en pure terme de propagande dans ce qu’elle a de plus vulgaire. A travers cette propagande c’est le régime général des retraites qui sera allongé pour tous. Et plus on allonge les annuités et moins il sera possible de les tenir.

  • Filoche est vraiment excellent sur le sujet à écouter d’urgence !!!

    • Sauver les retraites :
      23 septembre 2007, par Sémaphore

      OUi !...Merci Wildo, merci à Gérard Filoche

      Puisse-t-il être entendu par le plus grand nombre face à la propagande infâme d’un gouvernement à la botte du MEDEF, dont le seul soucis est l’éradication absolue de tous les acquis sociaux si âprement obtenus.

      "il y a eu un siphonage de 160 milliards d’euros des salaires vers les profits"...si seulement 50% de ces 160 milliards étaient redistribués il n’y aurait plus de problème de retraite, de service public...d’école , de banlieu...

      "Mme Parisot qui se permet de dire que la liberté de penser s’arrête où commence celle du code du travail !"

      ...sur la réintroduction de la pauvreté dans la veillesse

      ...et puis surtout un démasquage pertinent et perspicace des mensonges proférés par un président indigne de son statut, de sa fonction.

      OUI ! Ecoutez Gérard Filoche !

    • Sauver les retraites :
      23 septembre 2007, par Wildo
      Pareil que toi Sémaphore, ces deux extraits sont limpides et illustrent si bien toute cette politique de l’embrouille dont nous faisons tous les frais !!

mardi 29 avril 2008

Keny Arkana : "Un autre Monde est Possible"

durée : 60 min.

23 ans. Origines notamment argentines. Marseillaise. Inclassable. Un flow extraordinaire. Un fond hors norme (...).

C’est le fan, plus que le blogreporter qui s’exprime. Keny est LA rappeuse non pas du moment mais de "demain". Keny est un ovni, un extra-terrestre, une alter-terrestre, qui a les pieds rivés sur terre et le regard qui porte loin. Keny est en guerre. Permanente. Contre les inerties, les iniquités, les placebos de solutions, elle est LA RAGE, une rage nourrie de foi (la foi en la vie, l’autre, l’espoir, rien qui ne dorme dans des livres convenus et autres best-seller de la croyance dogmatique). Et Keny est amour. Un amour armé prés à incendier les immobilismes.

Elle s’appelle donc Keny Arkana,

Son album : "Entre ciment et belle étoile".

L’an passé - grâce ou via, et peu importe, une amie à l’ouie fine - je découvrais et bloguais son premier clip. Aujourd’hui Keny est "mainstream", Goncourisée par BBB. Vous ne la verrez pourtant pas sur les plateaux télé. "Pas demain", me confie-t-elle. Elle ne sera pas "l’alibi démocratique" d’un système qu’elle condamne et récuse. Elle ne sera pas la Bimbo péchue du PAF, la rappeuse explosive "caution du totalitarisme" aux rythmes rugueux et aux produits dérivés "made in misère".

Keny est une alter-terrestre. Qu’on se le dise.

Je vous propose de découvrir ici son clip, parmi les plus plébiscités chez Daily, son docu-carnet de route (filmée par la miss et réalisée par sa "sœur" Clem - sauf bug de dernière minute), mais aussi quelques titres de son album (en écoute tout ce mois de novembre sur le podcast express de Nuesblog) ainsi que de prêter l’oreille à ce qui devait être une interview "papier" et restera un échange hors du temps.

Confidence pour confidence, Keny a plus que ce quelque chose de magique. Elle a cette sincérité et cette énergie qui déplace les certitudes. Les montagnes, c’est connu, il faut plus d’un homme pour les mouvoir. A ce jeux c’est à vous, à nous, d’entrer maintenant en course. Demain est riche. De possible. De luttes. De dangers. Demain n’est pas si loin. Demain est ce que vous en ferez...

Elle, n’est pas la dernière à l’ouvrir.

Attention talent...

source : http://www.dailymotion.com/video/xmeps_keny-arkana-autre-monde-possible_creation

Lire une interview de Keny Arkana sur le site libertaire à voix autre

La scène rap a été très récupérée par le fric ?
- Une partie, oui. Il y a deux tendances dans le rap. Il y a le hip-hop à l’ancienne sous toutes ses formes (danse, rap, DJ, etc.) avec des valeurs positives, solidaires et de gauche. A côté de ça, il y a le « rap game ». C’est un rap de droite : « J’ai une grosse chaîne en or, une belle voiture, des nanas à poil dans mes clips… » Le rap game, c’est la « petite pute du capitalisme », qui prône ses valeurs, c’est l’opposé du hip-hop, qu prône la voix des oubliés.

- En voyageant, des expériences t’ont marquée ?
- Je voulais voir de mes propres yeux. Je me suis retrouvée à fond dans le zapatisme [2] et son côté universel : l’autogestion des communautés, leur système organisationnel très rotatif. Ils disent « gouverner en obéissant ». Chaque personne de la communauté passera par le rôle de gouverneur pour connaître cette position. Ils disent que pour être un bon citoyen, il faut connaître ; il y a donc plein d’alternatives éducatives dans leur système… Il y a aussi le côté spirituel qui m’a beaucoup plu. En Argentine, il y a plein de mouvements qui déchirent comme le mouvement des « piqueteros » (chômeurs qui occupent les routes), les usines occupées, les assemblées populaires. Le peuple argentin a connu les disparus et les pillages des comptes en banque. Ils ne veulent plus entendre parler des gouvernements.

[propos recueillis par le « Combat syndicaliste », mensuel des anarcho-syndicalistes de la CNT]
http://www.cnt-f.org

www.avoixautre.be/spip.php?article1520.


"Ensemble nous sommes le monde et le système n'est rien!"

[cinquième soleil-Désobéissance]

Et l'écouter, surtout!

Réveillez-vous avec la Rage!


mercredi 23 avril 2008

le privé est politique... et économique par Bertrand DEKONINCK


le privé est politique... et économique
source : woman work

Le travail domestique

La problématique du travail domestique est fondamentale. En, effet, si la double journée des femmes salariées est, on le verra, une réalité, c’est aussi un des facteurs-clés qui motive le retour au foyer de certaines femmes et l’abandon de leur vie professionnelle, notamment avec l’arrivée d’enfants. Il est symptomatique que cette question ne se pose quasiment jamais pour les hommes, dont la tâche prioritaire reste le travail professionnel.

La responsabilité ainsi imposée aux femmes en matière de gestion du ménage sert en retour aux patrons à justifier d’un salaire moindre et le temps partiel pour les femmes en raison de leur moins grande disponibilité.

Le déséquilibre reste tout autant important dans la répartition des tâches domestiques. Selon l’INSEE, en 1986, un homme actif consacre en moyenne 45h par semaine (transports compris) pour le travail professionnel et seulement 20h par semaine au travail domestique (ménage, courses, enfants, factures). Soit un total de 65h par semaine. Pour une femme active, la répartition est de 36h par semaine en moyenne pour chaque, soit un total de 72h. Le plus significatif concerne les inactifs : un homme sans emploi consacre 27h40 par semaine à la maison. Un femme sans emploi y consacre 44h par semaine ! Le chômage et les vacances n’existent donc pas pour les femmes.

Gratuité du travail domestique

Mais le caractère fondamental du travail domestique, ce n’est pas qu’il est fait à la maison, c’est qu’il est gratuit ! Et c’est au mouvement féministe qu’il revient d’avoir le premier analysé en termes économiques ce caractère gratuit du travail domestique, travail accompli pour l’essentiel par les femmes. Bien avant les années soixante, les femmes ont toujours travaillé. Et pas toujours à la maison. Ce fut le cas dans l’agriculture, où la production familiale a toujours été faite avec la participation des femmes. Par ailleurs, on estime qu’elles ont toujours représenté entre le quart et le tiers du salariat. Ce qu’elles n’ont jamais maîtrisé, encore moins que les prolétaires, c’est l’attribution d’une valeur à leur travail, en particulier celui effectué pour le compte de leur mari et de leur famille.

Le travail ménager a pourtant une valeur économique bien réelle, au même titre que n’importe quelle autre production. Mais cette valeur échappe aux femmes. Par exemple, si la plupart des ménages préfère acheter de la nourriture brute, non cuisinée, c’est qu’elle est moins chère. Le travail nécessaire pour la cuisiner chez soi est considéré comme gratuit. Le fait est que ce sont encore les femmes qui, majoritairement, accomplissent cette production. Elles sont donc volées de la valeur de leur travail, valeur représentée très exactement par l’écart de prix entre la nourriture brute et la nourriture cuisinée que l’on trouve dans le commerce.

Cette spoliation de la valeur du travail des femmes ne pouvait pas être sans conséquence après leur entrée massive dans le salariat : si le travail des femmes à la maison ne vaut littéralement rien, pourquoi le travail qu’elles effectueraient à l’extérieur vaudrait-il quelque-chose ? La non-valorisation du travail des femmes a donc tendance à se transmettre et se perpétuer au salariat, par des salaires moindres, on l’a vu, et par la dévalorisation des métiers où elles sont cantonnées (secrétariat, nettoyage, enfance, soins, services personnels). On retrouve d’ailleurs dans ces branches du salariat une autre catégorie de personnes opprimées : les étrangers.

Dès lors, entre une société où les femmes sont condamnées à être enfermées à la maison pour effectuer gratuitement le travail domestique, et une société où le nettoyage est pris en charge par des bonnes ou des sociétés de nettoyage (employant majoritairement des femmes sous-payées), la petite enfance par des crèches (et donc des femmes sous payées) et des écoles primaires (idem), pendant que les hommes se font servir le café par leur secrétaire (femme...), la différence n’est pas une différence de nature, mais une différence de degré.

Bertrand DEKONINCK

dimanche 13 avril 2008

Gravissime



Gravissime

source : L'HUMA

Article paru le 5 avril 2008

Editorial par Pierre Laurent

N’ayons pas peur des mots. Les mesures annoncées hier par Nicolas Sarkozy en matière de conduite des politiques publiques nationales sont gravissimes. Quand on voit les dégâts qu’est en train de provoquer dans l’éducation nationale la première vague de réduction de 11 000 postes, on imagine ce qui peut découler d’une application généralisée et intangible du principe de non-remplacement d’un départ en retraite sur deux dans la fonction publique. Nicolas Sarkozy veut en faire une règle intouchable. Lancé à plein régime, c’est un missile qui pourrait déstabiliser l’éducation nationale, la santé hospitalière, la justice, les services de l’État dans leur ensemble, et pour tout dire l’action publique en général. C’est d’ailleurs bien celle-ci, et non quelques dépenses excessives, qui est visée. L’action publique au sens large, d’ailleurs, et dans toutes ses dimensions, y compris internationales. Dans une verve aussi démagogique que populiste, le chef de l’État s’est par exemple laissé aller à ridiculiser les effectifs diplomatiques de la France au Sénégal, laissant entendre qu’il fallait sérieusement les dégraisser. Mais que penser de cette déclaration venant d’un président qui rentre de Bucarest, où il vient de procéder à un alignement historique de la France sous les jupes de l’OTAN, recevant des félicitations aussi ridicules qu’enthousiastes de George W. Bush, certain de tenir en Nicolas Sarkozy « la dernière incarnation d’Elvis Presley » ? On rirait aux éclats si ce n’était pas si grave.

Une fois encore, Nicolas Sarkozy n’a pas dit la vérité. Car comment expliquer qu’il se soit lancé à l’occasion de ce discours sur la modernisation des politiques publiques dans une diatribe fustigeant les Français qui voudraient tous rentrer dans un logement social ? Tout simplement parce qu’il envisage de sabrer comme jamais dans l’effort public en matière de logement.

Il s’est bien gardé de le dire. Et a préféré pointer du doigt ces salariés demandeurs de logement HLM, trop nombreux à ses yeux. À le suivre, pour diminuer les files d’attente du logement social, la solution est simple. Il faut non pas répondre à la demande, mais sabrer dans ces files d’attente. Là comme ailleurs, le discours de Nicolas Sarkozy annonce de très graves régressions. Tout doit être fait pour contrer la politique annoncée.

vendredi 11 avril 2008

Serment d'Hypocrite



illustration : Stéphane Bourez

Copyleft solution à consommer...sans modération

© comme criminels - l'industrie pharmaceutique

© comme criminels

Industrie pharmaceutique et logique de profit :

non-assistance à populations en danger

source: www.indesens.org/article.php?id_article=82.
février 2004

par Matthieu Plantet Lanez
Directeur de publication

et Sophie Lecanu

L’industrie pharmaceutique est à l’heure actuelle l’industrie la plus rentable du monde, avec un taux de profit de l’ordre de 20% [1]. Selon les grands pontes de la pharmacie ces profits sans cesse croissants sont la condition de survie des entreprises, voire de l’humanité. En effet, les coûts de la recherche sont particulièrement élevés dans ce secteur. Pour compenser ces investissements, les entreprises s’arrogent des monopoles sur les médicaments. Les brevets déposés permettent des profits considérables affirmés comme nécessaires pour la recherche et l’innovation, pour le Progrès médical. Cependant, les orientations actuelles de la recherche ont largement de quoi nous faire douter sur le bénéfice que peut tirer l’humanité des profits générés par le médicament. Les firmes pharmaceutiques se concentrent en effet sur certaines maladies typiques des sociétés occidentales, mettant de côté les maladies propres au Tiers-Monde, ainsi que leur responsabilité morale.



Tout comme n’importe quelle industrie, celle du médicament est à la recherche d’une clientèle ayant les moyens de consommer. Or, la très grande majorité des dépenses de santé se font dans les pays du Nord donc la majorité des dépenses de recherche se font pour ces derniers : les 4/5èmes des dépenses de santé dans le monde ne profitent alors qu’à 15% de la population [2]. Les conséquences en terme de traitement des maladies sont dramatiques : selon Médecins sans Frontières, sur les 1233 médicaments produits entre 1975 et 1997, seulement 13 concernent des maladies tropicales. Et sur ces 13 médicaments, seulement 4 proviennent de la recherche privée [3] !


Maladies ou populations négligées ?

Ce désengagement de l’industrie pharmaceutique envers les malades les plus pauvres s’est réalisé pratiquement parallèlement à la décolonisation tout comme la recherche sur les maladies tropicales s’était développée avec la colonisation. C’est durant l’entre-deux-guerres que se sont établies les bases de la pharmacopée tropicale. Cette recherche répondait au double souci de la santé des expatriés mais aussi des populations locales, afin de préserver une main-d’œuvre utile et « d’honorer la mission civilisatrice » de la métropole. Une partie des laboratoires pharmaceutiques ont même fondé leur notoriété sur cette origine de spécialiste des maladies tropicales [4]. Mais l’industrie pharmaceutique s’est depuis considérablement transformée. Entreprises familiales dirigées par des médecins et des pharmaciens à l’origine, elles sont de plus en plus dirigées par des financiers qui ne connaissent pour logique que celle des actionnaires. Du coup, le tiers des médicaments essentiels employés aujourd’hui contre les maladies tropicales sont issus de cette période où l’Occident avait encore un intérêt direct dans la survie des populations du Sud.

Le cas des traitements contre la maladie du sommeil [5] est parfaitement révélateur de cette dangereuse logique de rentabilité. Le traitement existant, issu de la recherche coloniale des années 30, est devenu inefficace pour un tiers des patients, la maladie étant de plus en plus résistante [6]. En 1985, la firme Merrel-Dow, qui travaillait sur les propriétés anticancéreuses de l’eflornithine, a découvert par hasard les effets spectaculaires de cette molécule sur le parasite de la maladie du sommeil. Mais lors de sa fusion avec le laboratoire Hoescht, en 1993, il a été décidé d’arrêter la production de l’eflornithine, pas assez rentable puisque vendue à prix coûtant à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et ayant des propriétés anticancéreuses nulles. Sans perspective de marché au Nord, la firme ne voyait pas l’intérêt de produire cette molécule salvatrice pour les 60 millions de personnes exposées à cette maladie mortelle. Les stocks s’amenuisaient dangereusement quand Bristol-Myers-Squibb reprit la production de l’eflornithine en 2001. Ce n’est évidemment pas la prise en compte des malades africains qui a guidé cette décision : l’eflornithine était utilisée par la firme pour la fabrication de sa crème Vaniqa®, agissant contre les poils disgracieux. Sous la pression de l’OMS et de Médecins sans Frontières, la firme accepta de reprendre la production du traitement à base d’eflornithine en quantité suffisante pour couvrir les besoins mondiaux.... mais à condition que l’OMS et MSF garantissent l’achat de la totalité de la production ! Il n’en reste pas moins que, sans l’existence des problèmes pileux des Occidentaux, nombre d’Africains n’auraient actuellement que peu d’espoir de guérison.

L’exemple de la maladie du sommeil est fréquemment cité pour illustrer le concept de maladie négligée car il est parfaitement révélateur du cynisme du secteur pharmaceutique [7]. Mais il existe bien évidemment d’autres maladies oubliées, et pas des moindres. Le paludisme tout d’abord touche 500 000 personnes par an dans le monde dont 90% d’Africains. Alors que depuis les années 70 le nombre de cas a doublé dans le monde, seuls quelques nouveaux médicaments sont apparus durant la même période. En 1993, le budget mondial global pour la recherche contre le paludisme atteignait 84 millions de dollars, soit presque 30 fois moins que pour le cancer. Autre fléau en extension, la tuberculose provoque 2 millions de décès par an, dont 98% recensés dans les pays pauvres. Tout comme le paludisme, la recherche s’en désintéresse et le traitement actuellement utilisé a été conçu il y a 40 ans. Des représentants de l’industrie pharmaceutique avancent une froide justification, dans une étude de l’OMS : « le marché est énorme en terme de patients, mais petit en terme de patients qui ont les moyens de payer. Si la tuberculose était un problème dans les pays occidentaux, alors on investirait » [8].


Médicaments inutiles et confort de vie occidental

Fréquemment portées au pilori pour ces « négligences », les firmes pharmaceutiques avancent l’idée de la nécessité de se concentrer sur des produits rentables, de faire du profit pour sauvegarder l’innovation et donc le Progrès de la recherche. En tenant compte des dépenses sur les thérapies infructueuses, le coût pour introduire un nouveau médicament sur le marché serait de 500 millions de dollars et pourrait atteindre 1 à 1,5 milliard [9]. Pourtant, on observe une certaine panne de l’innovation dans le secteur. En effet, de 33 médicaments innovants commercialisés dans le monde en 1980, on passe à 15 en 1990 [10]. Cette progression n’est pas étonnante vu l’importance financière accordée au marketing : dans les grands groupes, les sommes qui lui sont allouées représentent généralement le double de celles destinées au secteur de la recherche et du développement [11]. Et une grande partie des budgets est vouée à la recherche de blockbusters, médicaments vedettes générant au moins un milliard de dollars de chiffre d’affaire la première année de leur commercialisation, garantissant ainsi la confiance des actionnaires. Pour que ce médicament soit vedette, il est nécessaire qu’il soigne une "maladie" très répandue dans les pays riches. C’est pourquoi la recherche se concentre surtout sur les maladies chroniques : hypertension, anti-allergie, cancer, antiulcéreux, médications de conforts (pilules amaigrissantes, lotion de repousse des cheveux, stimulants sexuels...). Pfizer a ainsi consacré des millions pour le développement du Viagra®, qu’elle considère être un « médicament pour l’histoire » [12] ! D’ailleurs, Igor Landau, d’Aventis Pharma, avouait sans honte lors d’une interview au journal Mieux vivre votre argent : « Notre stratégie n’est pas basée sur des classes thérapeutiques en particulier, mais sur des produits pharmaceutiques stratégiques à forte marge qui disposent d’un fort potentiel de croissance » [13]. La panne d’innovation, liée à la recherche obsessionnelle des blockbusters, entraîne de même les firmes à présenter certains médicaments comme des innovations thérapeutiques alors que ne sont que des gadgets marketing, validés par une autorisation de mise sur le marché. Couramment appelée des « me toos » - sous entendu « moi aussi je veux ma part de marché » - ont une structure chimique connue et n’entraînent aucune amélioration thérapeutique [14]. Entre 1975 et 2000, les me-toos ont représenté 56 % des nouveaux médicaments [15].

La propriété intellectuelle privatisée

Les profits engrangés par les laboratoires pharmaceutiques reposent donc principalement sur quelques médicaments, blockbusters et me toos à forte rentabilité, dont ils détiennent le monopole de la commercialisation. Ce monopole repose sur le système de la propriété intellectuelle, qui accorde à tout inventeur d’un produit un brevet d’exploitation lui accordant l’exclusivité des profits pour quelques années (généralement 20 ans). Mis en place dans les pays industrialisés, le brevet est valable seulement dans l’Etat où l’invention est déposée ; inversement il n’est pas applicable dans les pays où il n’y a la propriété intellectuelle n’est pas reconnue par la loi. Face à la mondialisation des réseaux commerciaux, les industries cherchèrent à généraliser ce système : en 1967, sous l’égide de l’ONU, est créée l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), financée en partie par des groupes industriels. Cette organisation, ne prévoyant pas de sanction pour les Etats qui contreviendraient au respect de la "propriété intellectuelle", n’est alors pas suffisante aux yeux des industriels qui s’adressèrent alors à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour défendre leurs profits.

Aux dires des firmes pharmaceutiques, le brevet se justifie par le besoin de récupérer l’argent dépensé dans la Recherche et le Développement. Pourtant, une fois soustraites les subventions publiques, on s’aperçoit que les industriels dépensent beaucoup moins qu’ils l’affirment, et que c’est davantage le marketing qui plombe leur budget. Le brevet permet alors surtout à toute firme, par le monopole accordé, d’imposer un prix bien supérieur au coût de production, assurant ainsi des bénéfices juteux sur un produit qui, nécessaire, ne peut être boycotté. Pourtant, le système est menacé : d’une part, les génériques - copies équivalentes de médicaments - se multiplient, devant la crise des innovations pharmaceutiques : aux Etats-Unis, la part des génériques dans le commerce intérieur des médicaments est passée en vingt ans de 20% à 50% [16]. D’après l’OMS, sur les 270 médicaments déclarés indispensables par l’organisation [17], 265 sont d’ores et déjà généricables. D’autre part, l’industrialisation toujours plus poussée de certains pays "sous-développés" permet de créer des laboratoires particulièrement concurrentiels.

La réponse des industries pharmaceutiques, suite à la création de l’OMC en 1994, fut d’instituer l’Accord sur les Droits de la Propriété Intellectuelle relatifs au Commerce (ADPIC) qui prévoit de sanctionner tout Etat adhérant à l’OMC ne respectant pas le monopole de 20 ans induits par le dépôt du brevet [18]. L’accord fut mis en place le 1er janvier 1996 pour les pays les plus riches, mais ne sera effectif qu’en 2005 pour les pays n’ayant pas de législation antérieure sur les brevets, et en 2016 pour les pays les moins avancés. Il s’agit ici de défendre les produits brevetés contre les génériques, pour le bonheur des actionnaires des firmes pharmaceutiques et de leurs gouvernements. En effet, les liens entre la grosse pharmacie et les Etats ne sont plus à démontrer : par exemple, les industries pharmaceutiques donnèrent en 1999-2000 pour la campagne présidentielle états-unienne 10 millions de dollars. En échange, le gouvernement Bush - composé de l’ancien président du laboratoire Searle, M. Rumsfeld (secrétaire à la défense) et d’un ancien "senior vice-président" de la firme Eli Lilly, M. Daniels (secrétaire du budget) [19] - refuse de baisser le prix des médicaments à l’intérieur du pays [20].

Les plus pauvres laissés pour compte

Dans le contexte des privatisations des services publics encouragées par le FMI depuis les Plans d’Ajustement Structurels jusqu’à l’AGCS actuellement débattu [21], l’ADPIC défend donc les droits des plus riches, aux dépens de l’état de santé des populations pauvres. La situation sanitaire mondiale est pourtant préoccupante, depuis la recrudescence des maladies infectieuses. Mis en relief à partir de 1981, le sida [22] a bouleversé notre foi dans le Progrès inébranlable de la médecine. Aucun remède n’existe pour cette maladie, et l’on recherche encore un vaccin. On peut toutefois limiter la pandémie : l’AZT, utilisé dès 1987, permet, administré à des femmes enceintes, de réduire jusqu’au tiers le risque de transmission du virus au nouveau-né. A partir de 1995, les trithérapies permirent, par la prolongation de l’inactivité du virus chez les séropositifs, et par le ralentissement des maladies opportunes chez les sidéens, une baisse de 85% de la mortalité due au sida. Contre ce fléau mondial, la recherche est alors financée par les institutions publiques, qui y consacrent un budget toujours croissant. Les recherches sur la stavudine - un antirétroviral mis au point par l’université de Yale en 1988 et concédée pour l’exploitation à la firme états-unienne Bristol-Myers-Squibb en 1994 -, ont ainsi été subventionnées à 80% par le National Institute of Healt, organe public fédéral [23]. Le médicament permit pourtant au géant pharmaceutique de toucher plus de 2,3 millards de dollars à la fin du XXe siècle. Dans le Tiers Monde, malgré de "généreuses" baisses de prix, ce médicament, comme tant d’autres, est inaccessible à l’ensemble de la population. Considérant le coût d’ensemble d’une trithérapie, il faudrait que l’Afrique du Sud dépense cinq fois son budget national dans ces médicaments pour prendre en charge l’ensemble des séropositifs du pays [24]. En somme, 5% des malades peuvent avoir accès aux trithérapies (cf. ci-dessous).

L’industrie pharmaceutique, face à cela, n’a pas honte de défendre toujours et encore ses bénéfices. Accusant le manque d’infrastructures, les groupes industriels soutenus par l’OMC maintiennent leurs prix forts, et surtout leur monopole. Face à la situation catastrophique de leurs pays, et contre les brevets, des Etats, ainsi que des associations, se battent pour la production, ou l’importation, de ces médicaments produits de manière générique. Ceci est d’ailleurs prévu par l’ADPIC reconnaissant qu’il est possible à un Etat d’acquérir une licence pour la protection de la santé publique, lorsqu’il n’y a pas de médicaments en quantité suffisante, si la qualité ne convient pas, ou si le prix est excessif (art. 31). Cette licence doit être négociée avec le détenteur du brevet, sauf si il y a urgence nationale, utilisation publique et non commerciale (on parle alors de licence obligatoire). C’est ainsi sous la menace de recourir aux génériques via une licence obligatoire que le gouvernement états-unien a réussi à faire baisser de moitié le prix de l’antibiotique breveté utilisé contre le bacille du charbon (lors de la psychose de l’Anthrax).

Plus conséquent, le Brésil, qui a les capacités industrielles de produire des médicaments, s’est réservé le droit de recourir aux « licences obligatoires » dès que le ministère de la santé juge abusif le prix d’un médicament sur le marché intérieur. Ainsi, dans le cadre de sa politique de distribution gratuite des soins pour les malades du sida, huit antirétroviraux sont fabriqués sous licence obligatoire. Mais, à terme, le Brésil ne souhaite pas reproduire tous les médicaments vendus à prix abusif. Son but est plutôt d’utiliser la copie comme moyen de pression pour que les firmes baissent leurs prix. Cette politique a rapidement porté ses fruits, celles-ci préférant perdre de leur marge plutôt qu’un marché entier. Les réductions sont parfois si importantes que le prix réactualisé peut être inférieur au prix du générique produit sur place ! Ainsi, Merck a baissé de 59% le prix de son antirétroviral Efavirenz® et de 65% celui de l’Indivanir® [25]. En terme de santé, la politique brésilienne s’est avérée de plus très efficace. Entre 1997 et 2000, le nombre de décès liés au sida a baissé de 50%, voire de 70% dans des métropoles comme Sao Paulo. Les hospitalisations à la suite de maladies opportunes ont quant à elle chutées de 80%. Le gouvernement estime ainsi avoir économisé 677 millions de dollars de frais d’hospitalisation [26].

C’est dans le même but que l’Afrique du Sud, en octobre 1997, se dota d’une législation préconisant de faciliter le recours systématique aux génériques. Mais les défenseurs des brevets ne purent le supporter, et le gouvernement de Nelson Mandela se retrouva le 18 février 1998 avec une plainte portée par 39 firmes pharmaceutiques. C’est que ces défenseurs de la propriété jugent le brevet - et donc leurs profits - menacé par ce pays qui ne représente que 1,3% du marché mondial du médicament : « si nous cédons en Afrique du Sud, cela peut s’étendre au niveau mondial », affirme le porte-parole de Bayer [27]. Le procès s’ouvrit le 5 mars 2001 - entre temps, la loi était suspendue, et 400 000 personnes étaient mortes du sida [28]. Le contexte avait alors changé : le sida était devenu une préoccupation mondiale, et les médias s’emparèrent de cette plainte contre le prix Nobel de la paix, vainqueur de l’Apartheid. L’image de marque des firmes pharmaceutiques était alors en jeu, surtout qu’une firme indienne, Cipla, proposait des versions génériques des trithérapies à 374 dollars par patient et par an à l’association MSF, au lieu de plus de 10 000 dollars proposé par le complexe pharmaceutique (la stavumine perd plus de 97% de sa valeur). Dans ce contexte, et alors que la Haute-Cour de Prétoria demandait aux firmes pharmaceutiques de clarifier leurs comptes quant à la production des médicaments, les 39 firmes retirèrent leur plainte le 19 avril 2001.

Face à la concurrence, les grandes et riches industries baissèrent leurs prix, quitte à faire leurs propres génériques à partir des médicaments qu’ils avaient déjà sous brevet, conservant ainsi, même à moindre profit, la mainmise sur le marché pharmaceutique. Mais plus encore, la conférence interministérielle de Doha (Qatar) en novembre 2001 a affirmé dans une déclaration "ADPIC et santé publique", que « chaque membre [de l’OMC] a le droit d’accorder des licences obligatoires et la liberté de déterminer les motifs pour lesquels de telles licences sont accordées » (art. 5b). Toutefois, il s’agit ici de la production de médicaments, car pour les importations les ministres repoussèrent à fin 2002 toute décision.

Au cœur des préoccupations des firmes craignant l’envahissement du marché des pays riches par les génériques, les importations paraissent pourtant à l’heure actuelle nécessaires pour un certain nombre de pays dont la pauvreté interdit tout espoir de développement industriel rapide. Victime de ces enjeux, l’accord sur les importations fut signé avec huit mois de retard, le 30 août 2003, la vieille de la réunion internationale de Cancun. Certes, malgré le souhait des Etats-Unis de limiter le droit aux importations pour les seules grandes épidémies (paludisme, tuberculose, sida), l’accord prévoit l’importation de médicaments pour toute maladie (il est clair que le diabète, les cancers touchent les pays du Tiers Monde aujourd’hui). Mais l’accord instaure alors tout un dispositif d’obstacles administratifs, légaux, économiques et politiques à l’exportation de génériques, qui risque de le rendre l’accord inapplicable : il multiplie des opportunités pour les industries pharmaceutiques et les Etats qui les soutiennent de faire appel à l’OMC pour bloquer les importations. Reste donc à voir comment il sera intégré à l’ADPIC, sûrement pour le réformer bientôt...

La politique agressive de l’OMC

La mise en place de l’ADPIC rend de plus en plus difficile la structuration d’une industrie fleurissante au sein des Etats pauvres. Elle permet au complexe médico-industriel [29] d’avoir une politique agressive. Outre la production de leurs propres génériques, certaines firmes n’ont pas peur de faire des procès aux fabricants de génériques, procès perdus d’avance mais qui sont autant de temps gagné pour la pérennité des brevets. Par ce biais, la durée moyenne de couverture réelle d’un médicament par le brevet est passé de 8 ans dans les années 1980 à 14 ou 15 ans au XXIe siècle [30]. Par ailleurs, les Etats riches essayent de conclure des accords bilatéraux favorables à leur industrie, pour limiter drastiquement les licences obligatoires. De même, révisant le statut de la propriété intellectuelle dans seize pays francophones d’Afrique, les nouveaux accords de Bangui, ratifiés le 28 février 2002, ne mentionnent aucune disposition spéciale pour les licences obligatoires et les importations parallèles [31]. Une autre forme de pression, utilisée par les Etats-Unis, consiste à ne pas divulguer les acquis des firmes détentrices du brevet : tout fabricant de génériques doit alors refaire des expériences pourtant déjà faites.

Les pays pauvres sont aujourd’hui laissés hors du droit à la santé, reconnu pourtant dans la déclaration des Droits de l’Homme de 1948 (qui n’est pas, hélas, ratifiée par tous les Etats). Malgré l’action d’associations, malgré les pressions de certaines ONG qui font le travail laissé vacant par les Etats faibles et pauvres, les firmes pharmaceutiques, soutenues par leurs gouvernements de tutelle, ne cherchent qu’à conserver leurs profits éhontés. Le brevet et la propriété intellectuelle, en protégeant le commerce des plus riches, exclut les plus pauvres de tout soin et permet, dans une coutumière indifférence, la mortalité due au sida mais aussi à d’autres maladies curables de progresser sans cesse dans les marges les plus pauvres de la planète. Peut-on, du haut de notre richesse occidentale, tolérer sans tristesse et permettre sans révolte ce cynisme vis-à-vis de populations qu’il est coutumier de voir déshumanisées, méprisées, mourantes?

[1] En 2000, selon le Ministère de l’économie et des finances, son chiffre d’affaire atteignait 36 milliards d’euros, soit un tiers du chiffre d’affaire de l’industrie des biens de consommation. (Source : SUD Chimie, Le médicament n’est pas une marchandise, avril 2003, p. 3).

[2] SUD Chimie, op. cit., p. 4.

[3] SUD Chimie, Ibid., p. 4 et Patrice Trouiller, « Médicaments indigents », in R. Brauman et al., Utopies sanitaires, Le Pommier / Médecins sans Frontières, Paris, 2000, p. 200.

[4] P. Trouiller, Ibid., p. 199.

[5] Ou trypanosomiase, de son nom scientifique.

[6] R. Brauman, « Maladies négligées et maladies oubliées : De l’essor de la recherche et de la production de médicaments à la mainmise des financiers », Médecine et Hygiène, vol. 61, 2003, p. 889.

[7] Voir au sujet de la maladie du sommeil le numéro très complet de la revue Maladies Tropicales (2003, n°63, p. 219-235).

[8] Citation en ligne sur le site de Médecins Sans Frontières, le 5 janvier 2004. Ce site contient aussi des informations utiles sur les maladies oubliées par les laboratoires.

[9] L’industrie pharmaceutique en mutation, La Documentation Française, 2002.

[10] P. Pignare, Le grand secret de l’industrie pharmaceutique, p. 35.

[11] Sud Chimie, op. cit., p. 16.

[12] Sandrine CABUT, « Viagra : un anniversaire plein de vigueur ! », Libération, 28 novembre 2002.

[13] Cité dans Sud Chimie, op. cit., p. 4. Cette interview date d’avril 2001, Igor Landau était alors président du conseil de surveillance d’Aventis Pharma.

[14] R. Brauman, op. cit.

[15] L’industrie pharmaceutique en mutation, La Documentation Française, 2002.

[16] P. Pignarre, op.cit., p. 27.

[17] Le décompte, excluant les trithérapies - mises au point récemment et globalement non généricables - pour des causes économiques, est contesté, mais traduit les inquiétudes des grosses industries.

[18] Le dépôt du brevet, devant être effectué avant la fin des recherches, est de 20 ans ; le temps des essais cliniques et des mises au point définitives du médicament font que celui-ci n’est protégé que 8 ans en moyenne.

[19] Sud Chimie, Travailleurs solidaires unitaires et démocratiques, La santé n’est pas une marchandise, 2003, p. 14.

[20] Supérieur de 30 à 40% au prix moyen des pays industrialisés, le prix du médicament était un enjeu de la campagne présidentielle.

[21] En autre exemple, ces plans ont entraîné l’arrêt, au Vietnam, de la diffusion de produits anti-moustiques sur les habitations dans les régions touchées par le paludisme en 1989 ou encore l’augmentation des frais de santé pour le "recouvrement des coûts" (à Maputo, au Mozambique, une consultation à l’hôpital coûte maintenant 13% du salaire moyen mensuel d’après l’UNICEF).

[22] Syndrome de l’immunodéficience acquise ; en 1981, il porte le nom de Gay-Related Immune Deficiency, révélant les préjugés à l’encontre des homosexuels qui accompagnèrent longtempsnotre connaissance du sida (cf. Bernard Seytre, Histoire de la recherche sur le sida, QSJ, 1995).

[23] Philippe Demenet, "Ces profiteurs du sida",in Le Monde diplomatique, février 2002.

[24] Sud Chimie, op. cit., p. 8.

[25] Sud Chimie, op. cit., p. 12-13.

[26] M. Faure, « Le Brésil montre la voie », L’Express, 3 mai 2001.

[27] AFP, le 7 mars 2001 ; repris dans P. Benkimoum, p. 142.

[28] D’après le présent de l’association sud-africaine Treatment Action Campaign (TAC), très active dans la lutte pour l’accès aux traitements contre le sida et notamment au sein du procès.

[29] Pour reprendre le titre du livre de Jean-Claude Salomon (ATTAC), paru aux éditions des Mille et une nuits.

[30] Chiffre de P. Pignarre, op. cit., p. 146.

[31] Le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, le Tchad, le Togo sont concernés par ces accords. Cf. P. Benkimoum, op. cit. et M. Gelher, Un continent se meurt. La tragédie du sida en Afrique, Stock, 2000.

[32] « Les laboratoires indiens exploitent les failles des brevets américains », Courrier International, 30 avril-6 mai 2003.

mercredi 9 avril 2008

Les HLM saignés à blanc !

Les HLM saignés à blanc !

samedi 29 mars 2008, par Groupe NADA

Le gouvernement des riches actuellement en place est en guerre ouverte contre les intérêts fondamentaux de la population. Une énième fois, nous ne pouvons que constater que le capitalisme, ce fascisme économique et social, frappe pour tuer. Et le pouvoir politique, qui donne l’illusion à la population d’avoir la légitimité des urnes, ne l’est en réalité qu’auprès des riches pour les intérêts desquels il sabre nos vies.

Cette semaine, le Canard enchaîné [1] nous apprend que la loi sur le logement en préparation et soumise dans quelques semaines au vote des élus (par le peuple, mystifié et trompé, mais pour les riches) est une véritable guillotine ! Une exécution sommaire et radicale ! Un acte de plus de la guerre sociale des riches qui, nous ne pouvons que le déplorer, ne prennent aucun coup dans leurs gueules de crevures meurtrières en retour.

Ça va saigner. Les plafonds d’accès aux logements HLM risquent de chuter de 30 à 40 % ! Les smicards et classes très moyennes vont risquer le surloyer-extrême et l’expulsion ! Bon plan pour le « travailler plus » qui rimera pour des personnes à mi-temps trouvant un temps plein à « travailler plus pour gagner plus puis tout perdre dans le loyer démultiplié et perdre l’appart’ ». Et les virés des HLM n’auront qu’à aller se faire racketter par le privé à payer des loyers hors de prix ou à dormir dans leur voiture, des caravanes, des hôtels crados comme aux States !

L’intérêt de ces mesures de guerre et de haine sociale est que, tout simplement, si on fout dehors une grande masse des locataires HLM, ça fait autant de besoins en logements sociaux en moins à construire, ça économise les sous de l’État par ailleurs annuellement dilapidés par les 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux offerts aux plus riches !

Les HLM deviendront de purs ghettos pour RMIstes et ultra-fauchés, l’apartheid social est en marche !

Apartheid social, agression contre les pauvres pour enrichir les riches, culte de la force des puissants qui règnent par les coups de couteaux portés dans le ventre de la population, allons-nous attendre de vraiment crever de faim avant d’éjecter du globe les fascistes de l’argent ?

Notes

[1] « Boutin veut bouter les classes moyennes hors des HLM », 26/3/2008, page 3.

dimanche 6 avril 2008

Sécurité, sérénité et courtoisie

Publié le 15 août 2007
par dandi
archives archipel rouge http://www.archipelrouge.fr/

comment l’argent fait le bonheur (1/4)

Sécurité, sérénité et courtoisie

Par Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, directeurs de recherche au CNRS.

sur http://www.humanite.fr

À l’abri des soucis

du monde ordinaire

L’existence des grands bourgeois est exempte des conséquences désagréables des vicissitudes de la vie quotidienne. Lorsque la Mobylette de Carole, la jeune ouvrière du film de Lucas Belvaux, la Raison du plus faible, tombe en panne et rend l’âme, c’est un drame qui enclenche un engrenage funeste. Irréparable, il est impossible de la remplacer dans l’immédiat, c’est trop cher. Prendre le bus pour aller au travail, c’est une heure de transport en plus chaque jour. Lne règle pas tous les problèmes, mais il ne faudrait pas des sommes folles pour résoudre celui-ci. Pour aider leur copine, ses amis tentent de se procurer l’argent nécessaire dans un braquage qui tourne mal. Cette fiction, construite avec vraisemblance parce qu’elle met en scène les multiples agressions et blessures d’une vie rendue précaire par la faiblesse des ressources, ne fait que porter à son paroxysme la logique d’existences sans espoir.

La panne de la Mobylette, de la voiture ou le vol du vélo, comme dans le Voleur de bicyclette, de Vittorio De Sica, la fuite d’eau à la cuisine, le chéquier volé, tous ces petits ennuis empoisonnent l’existence des plus modestes, en grignotent le temps et accumulent les préoccupations et les soucis, sources d’inquiétudes et d’angoisses. Alors qupeu d’argent disponible permettrait de prendre le taxi, ou d’appeler un artisan pour faire une réparation. Le temps des plus riches, lui, est libéré de ces tracas les plus mesquins mais aussi les plus envahissants.

L’absence d’argent conduit à un gaspillage de temps systématique. Les voyages par avion se sont diffusés, mais pour les moins fortunés de ceux qui peuvent les emprunter, y avoir accès suppose plus de temps et de fatigue. Aller de Paris à Montréal peut se faire en prenant un bus à la porte Maillot pour l’aéroport de Beauvais d’où, après une nuit au confort précaire dans une salle d’attente, un avion assure le transfert à Dublin. Là un nouveau vol permet d’atteindre New York où il faut prendre un troisième avion pour arriver enfin à Montréal. Ces vols « low cost », comme on dit dans le franglais à la mode, transforment un voyage en épreuve, même si leurs « bas coûts », en français, les rendent plus accessibles.

L’argent permet d’acheter des services. Les soucis du foyer, du ménage, du jardinage sont sous-traités à un personnel domestique qui prend en charge les tâches désespérément récurrentes de la maison. Pour les plus aisés, le chauffeur affronte solitairement les embarras de Paris quand le patron, assis à l’arrière, consulte les cours de la Bourse dans le Figaro. Le savetier et le financier n’ont pas les mêmes soucis.

Tout jeune ménage modeste sait combien un enfant met aux normes : horaires stricts, suivi médical du bambin, promenades. Beaucoup de plaisirs, certes, mais aussi un amoncellement de contraintes. Être à l’heure avant la fermeture de la crèche ou de l’école devient une obsession. Dans les familles de la bourgeoisie, les jeunes filles au pair et les nurses de nationalité étrangère font réviser leurs leçons aux enfants et leur apprennent leur langue. Elles les emmènent au jardin public.

Le personnel de service permet de donner aux journées toute leur plénitude. Être servi est l’un des privilèges sociaux les plus marquants de la richesse. Le temps n’est pas le même pour tous. Ces emplois domestiques sont encouragés et financés en partie par - l’État. L’emploi, au domicile privé, de salariés pour des tâches à caractère familial ou ménager (employé(e) de maison, garde d’enfants, soutien scolaire…), en particulier dans le cadre du chèque emploi-service universel (CESU), ouvre droit à une réduction d’impôts égale à 50 % des salaires payés et des cotisations correspondantes, dans la limite de 12 000 euros par an, pouvant être augmentés de 1 500 euros par enfant à charge, le plafond cumulé étant de 15 000 euros. Une famille fortunée avec deux enfants pourra donc récupérer la moitié des 30 000 euros premiers euros que lui aura coûté son personnel, la dépense réelle totale n’étant pas limitée. Une jolie contribution des finances publiques à l’agrément d’une vie libérée des servitudes du monde ordinaire. De plus, cette réduction d’impôts apparaît comme parfaitement justifiée puisqu’elle s’inscrit dans la lutte contre le chômage.

Au début du XXe siècle, l’effectif employé dans une grande maison pouvait atteindre les trente personnes. La raréfaction des domestiques depuis les conquêtes sociales du Front populaire en 1936 a été compensée par le recours aux traiteurs, par les livraisons à domicile et par les sociétés de services spécialisées dans le ménage ou le jardinage. Avec l’augmentation du nombre des riches et du niveau de leurs richesses des cartes bancaires sont apparues, accessibles sous conditions de ressources élevées. Elles offrent des services en tout genre dont l’objectif est de faire gagner du temps aux clients. Depuis l’achat de billets d’avion, la réservation de places au théâtre ou à l’Opéra jusqu’à des prestations exceptionnelles, comme obtenir une table à la Tour d’argent un jour de grande affluence ou pouvoir jouer une partie de tennis avec le champion de l’année.

Les services à la personne se multiplient et, la concurrence devenant vive dans ce secteur, de nouvelles formules apparaissent, accessibles 24 heures sur 24, 365 jours par an. Les conciergeries de luxe sont des officines prêtes à répondre aux demandes les plus difficiles à satisfaire, comme de trouver pour un collectionneur un exemplaire d’une montre de l’avant-guerre rarissime. Certaines agences immobilières vendent aujourd’hui, surtout aux grandes fortunes étrangères, de très beaux appartements ou des hôtels particuliers avec le personnel d’entretien et de gardiennage en place, prêt à prendre le service.

Être servi, c’est être reconnu

Les marques de déférence et de respect, les signes du pouvoir et de la notoriété sont innombrables. « Bonjour monsieur le marquis », dit la boulangère du village au châtelain venu passer le week-end dans la maison de ses ancêtres. « Monsieur le directeur », « monsieur le président », « maître », et le rituel « Madame est servie » : les manières de manifester au puissant que l’on connaît et respecte sa position ne manquent pas. Les intéressés en retirent la confirmation récurrente de leur poids social, de leur valeur et de leurs mérites.

Être considéré et traité en permanence comme une personne exceptionnelle et unique donne une solidité qui aide à affronter les aléas avec calme, maîtrise de soi et courtoisie. La colère, l’injure, la violence sont plutôt de l’autre côté de la société, là où la vie est dure et ne cesse de vous rappeler votre insignifiance. Camilo José Cela l’a excellemment écrit dans la Famille de Pascal Duarte : « Nous, mortels, nous avons tous en naissant la même peau, mais à mesure que nous grandissons, le destin se plaît à nous diversifier, comme si nous étions de cire, et à nous mener par des sentiers multiples vers une seule fin : la mort. Il y a des hommes qui doivent prendre le chemin des fleurs, pendant que d’autres sont poussés à travers chardons et nopals. Les uns possèdent un regard tranquille et, au parfum de leur bonheur, ils sourient d’un visage innocent ; les autres, accablés du soleil violent de la plaine, se hérissent comme la vermine pour se défendre. D’un côté, pour embellir son corps, le fard et les parfums ; de l’autre, les tatouages que nul ensuite n’est capable d’effacer… » La politesse des dominants en impose et elle va permettre, surtout lorsqu’elle est associée à des corps qui affirment l’excellence, le passage de la domination économique à la domination symbolique.

*Source :http://www.humanite.fr/2007-08-13_Politique_Securite-serenite-et-courtoisie

lundi 24 mars 2008

Triple Oppression & Perspectives féministes

Triple Oppression
& Perspectives féministes

Article paru dans Front Social

http://archivescommunistes.chez-alice.fr/index.html

Le patriarcat est une des trois
contradictions sociales principales!

[Ici vous trouverez deux textes: celui qui suit et qui défend la conception révolutionnaire de la triple oppression, le second qui traite des perspectives féministes tout en expliquant la liaison avec l'antiracisme et l'anticapitalisme.]

Le patriarcat est une notion non seulement sociale, mais également politique et économique. Le patriarcat est en effet une forme de domination, un rapport social, et à ce titre remplit l’ensemble de la sphère sociale des individus, l’ensemble de leur vie.

Mais le patriarcat est-il la seule forme de domination? Que signifie tout d’abord précisément le terme de patriarcat?

Le patriarcat est terme désignant globalement la domination des pères. Il a été repris par les mouvements féministes pour désigner la domination des hommes sur les femmes, domination prise globalement.

Le patriarcat est-il donc la seule forme d’oppression? Il va de soi que non. Le capitalisme en est une aussi, le racisme également. Le patriarcat est donc une forme d’oppression parmi d’autres. Mais, justement, qu’est-ce qu’il fait que le racisme, le capitalisme et le patriarcat sont les exploitations mentionnées, et que d’autres ne soient pas considérées comme aussi importantes? Qu’est-ce qui est à l’origine de ce choix?

Rien n’est arbitraire dans ce choix. Il s’agit d’une analyse scientifique, partant non seulement de l’expérience vécue quotidiennement, mais aussi d’une étude précise des sociétés contemporaines.

Marx et Engels ont ainsi parfaitement montré que les sociétés occidentales sont des sociétés capitalistes, se fondant sur l’exploitation de la classe ouvrière par la bourgeoisie.

Lénine et Rosa Luxembourg ont analysé encore plus précisément ces sociétés à leur stade moderne (" l’impérialisme "), et ce dans le cadre international.

Partant de là, des gens comme Frantz Fanon et Mao-Tsé-Toung ont constaté l’oppression spécifique des peuples du 1/3 monde, et la nécessité d’un parcours spécifique de libération (du colonialisme et du néo-colonialisme).

(ndlr : Mao s'il s'est voulu libérateur devint dictateur responsable d'effroyables répressions totalisant plus de 65 millions de morts, sans compter tous les opposants au régime envoyés dans les camps de travail, sanctionnant toutes divergences à son régime totalitaire, lui-même paradoxalement instigateur de la campagne des Cent Fleurs dans une volonté de s'incrire pour la liberté d'expression... bien éphémère! Sémaphore)

Et, évidemment, parallèlement à ces analyses, des personnes comme Alexandra Kollontaï et Clara Zetkine ont montré l’importance du patriarcat, et au fur et à mesure, les mouvements féministes ont montré la nécessité de considérer l’oppression contre les femmes non comme une contradiction seulement " subordonnée " à la contradiction principale (le capitalisme), mais étroitement imbriquée en elle. Le racisme, le capitalisme et le patriarcat forment une triple oppression, non pas trois oppressions séparées qu’il s’agirait de combattre séparément (cela est impossible).

Qui est oppriméE?

Est-ce que nous voulons dire qu’une lesbienne noire, juive et prolétaire est plus opprimée qu’un hétérosexuel blanc capitaliste catholique?

Tout à fait! Et c’est cela le politically correct: défendre les minorités, reconnaître leurs spécificités, rejeter le principe d’une majorité " normale ". Et en attendant l’égalité, il faut se mettre du côté des oppriméEs.

Il y aura évidemment beaucoup de monde pour refuser cet état de fait, même parmi ceux et celles voulant changer la société dans un sens progressiste. L’esprit " républicain " à la française, grande négateur des minorités au profit d’une " citoyenneté " (tous français! tous beaux!) qui n’est pas ce qui est recherché (l’Egalité dans la différence), a fait beaucoup de dégâts.

A la différence du mouvement révolutionnaire en Allemagne, le féminisme est considéré comme " secondaire ", et les femmes se voient attribuer une " commission " pour parler loin de tout le monde de " leurs " problèmes, ou au contraire sont priés de discuter avec les hommes de " leurs " problèmes (bourreaux et victimes ensemble, sympathique).

Beaucoup d’armes pour beaucoup de Jennifer!

Parlons victimes, parlons bourreaux, justement. " A gun for Jennifer " est un film en ce domaine que toute personne partisane de la cause antisexiste devrait voir et revoir. Car ce film est le résumé de la culture, de l’approche la plus radicale et la plus juste du combat contre le patriarcat.

Le scénario est à la fois simple et compliqué. Une jeune femme arrive à New-York, manque de se faire violer mais est sauvée par un groupe armé de femmes militantes. Elle prend le nom de Jennifer et rejoint le groupe.

Elles interviennent contre les violeurs, selon le bon vieil adage " un homme mort ne viole plus ".

Une violence réactionnaire? Non, une violence révolutionnaire, dirigée contre les dirigeants de la société capitaliste qui en profitent pour attaquer les femmes ou les enfants. Une violence organisée par des femmes issues de la militance révolutionnaire des années 70.

Ce film montre l’ambiance et les difficultés de combattre le système (où ici un aspect fondamental du système: le patriarcat), l’atmosphère et la culture des femmes en lutte. De la scène d’un concert d’un groupe dans la lignée des " Riot Grrrls " à la violence ultrabrutale qui attaque les violeurs là où ça fait mal, où plutôt, là où cela cesse définitivement de faire mal, selon que l’on se place du côté du bourreau ou de la victime.

" A gun for Jennifer " est un film confrontant les hommes à leur propre complicité possible, à la menace que leur domination impose. Et montrent aux femmes, dans le cadre d’une production alternative revendicative, quelle culture de lutte il faut posséder.

Face à la soumission pornographique

A l’opposé des rares films féministes, il y a les films pornographiques. Les films " pornos ", comme on le dit de manière si populaire, ont conquis une place qui semble inébranlable.

Les publicités à caractère pornographiques, où les femmes sont toujours passives, attendant " impatiemment " le sexe des hommes, se retrouvent partout, de magazines humoristiques aux programmes de cinémas, de Nova magazine aux revues pornos les plus hards. Et par " hards ", il faut bien comprendre la violence la plus cru contre les femmes. Les hommes étant insatiables et frustrés, il leur faut pour pouvoir prendre leur plaisir attacher les femmes, les frapper, éjaculer de manière démonstrative sur elles et de manière humiliante... Sans parler des films ayant de plus en plus de succès où les femmes sont accouplés à des animaux (ânes, porcs, porcs... voire des souris).

Dans tous les films ce qui compte c’est l’apologie du pénis, qu’il soit d’un homme ou pas. Même lorsqu’il s’agit de deux femmes couchant ensemble, on peut les voir sucer un pénis en plastique, cherchant à " lui " donner du plaisir (au dépens du leur). N’est-ce pas le fantasme suprême de l’homme hétérosexuel de coucher avec deux filles (alors qu’il est déjà incapable d’en comprendre une!).

La pornographie est de plus une attaque de la sexualité et de l’érotisme, elle aboutit à la perversion en lieu et place de la libération. Le fait que les femmes évitent les films pornographiques est déjà une démonstration pratique de la nature de ces appels à la violence. La pornographie est l’apologie de la domination masculine, de la violence comme possession et domination. Une attitude capitaliste des hommes contre les femmes.

Perspectives féministes

par un groupe féministe autonome

(du Danemark)

" Mourir pour la révolution est un acte d’un coup.Vivre pour la révolution signifie avoir affaire avec la difficulté de changer sa manière de vivre "
Frances M. Beal, féministe noire des USA

Nous vivons dans une époque de cassures. Le monde change rapidement.

Les mécanismes impérialistes et patriarcales d’exploitation et d’oppression changent de formes avec un reflux modernisé à tous les niveaux (de la société). La plupart des courants révolutionnaires dans la gauche et dans les mouvements de femmes sont dans une période de réorientation. Nous avons à trouver de nouvelles voies dans un nouveau monde.

Le monde est aussi devenu plus petit. Cela signifie que les conditions de vie des gens sur la planète sont de plus en plus liées entre elles. Dans cette situation, le plus important devoir du féminisme révolutionnaire est de développer des perspectives d’internationalisme - en théorie et en pratique.

Le développement d’un féminisme révolutionnaire, internationaliste, est une condition préalable pour créer une ouverture générale à des perspectives, des espoirs et des rêves révolutionnaires.

Parce que le féminisme va aux profondes racines de l’histoire de l’oppression et de l’exploitation: le patriarcat. Le patriarcat - c’est-à-dire une culture basée sur les valeurs masculines, le pouvoir des hommes et leur domination (sur les femmes) - est le plus ancien système d’oppression que nous connaissons.

Avant l’impérialisme, avant le capitalisme, avant le féodalisme... Il y avait le patriarcat.

Patriarcat également basé sur une relation toute particulière entre les oppresseurs (les hommes) et les opprimées (les femmes), parce que dans aucune autre relation d’oppression les oppriméEs ne sont aussi fortement liéEs que les hommes et les femmes (c’est-à-dire sexuellement, socialement, économiquement...).

Et le résultat de cela est que nous, en tant que femmes, nous nous regardons avec les yeux et les normes des oppresseurs - et la lutte contre le patriarcat est, en grande partie, une lutte pour se réapproprier notre propre identité, nos propres sensations et notre propre histoire.

A cause des structures du patriarcat, les femmes sont vues comme l’autre sexe, c’est-à-dire: différent, déviant des normes masculines, inférieur.

Les conséquences de cela vont du meurtre, de la violence, du viol et du harcèlement sexuel, à l’élimination, la ridiculisation, l’anéantissement des femmes et de leurs expériences.

C’est ce qu’ont toutes les femmes en commun, parce qu’elles sont des femmes.

Mais il est également important d’être conscientE des grandes différences entre les femmes. Nous ne sommes pas dans le même bateau parce que nous sommes des femmes.

La couturière en Corée, la mendiante à Bombay, la paysanne au Kenya, la chanteuse à Paris et la nurse à Moscou amènent avec elles différentes réalités.

Les femmes ne sont pas unies à cause de leur sexe - les relations de classe, le racisme, l’homophobie contre les lesbiennes, l’exploitation impérialiste des pays pauvres, etc., sont des facteurs qui évidemment créent des conditions de vie très différentes pour les femmes sur la planète.

Ces différences, notre racisme et nos privilèges en tant que femme blanche en Europe, sont très importantEs et doivent être connuEs dans le développement d’un féminisme révolutionnaire, internationaliste.

Nous pensons que l’outil central pour analyser la situation mondiale aujourd’hui, et pour le développement d’une résistance révolutionnaire, est l’analyse et le débat féministe quant à la triple oppression.

La triple oppression est une conception qui brise les dogmes traditionnels de la gauche et analyse les connections et/ou les antagonismes entre les différentes sortes d’oppression que nous affrontons aujourd’hui.

Cette conception a été développée à la fin des années 60 par des féministes noires aux USA et en Angleterre (par exemple des femmes du Black Panther Party), qui avaient pris conscience qu’en tant que femmes elles étaient opprimées par les hommes noirs, et en tant que noires, par les femmes blanches.

C’était l’expérience concrète de ses femmes qui amena des analyses révolutionnaires plus nuancées à propos des relations entre racisme et sexisme.

Ces femmes combattaient le sexisme des hommes noirs comme le racisme de leurs " soeurs " blanches. Mais cela a pris du temps avant que leurs efforts ne soient pris en considération par les autres.

Ce n’est pas avant la fin des années 80 que ces voix de femmes noires ont été entendu et qu’on en ait discuté sérieusement dans le mouvement des femmes, radical et blanc - et aujourd’hui cette discussion est toujours très contrôversée (les femmes blanches n’aiment pas être confrontées avec leur propre racisme!).

La discussion quant à la triple oppression est maintenant une partie très importante de la discussion globale quant à des stratégies de résistance autonome et anti-impérialiste en général.

La conception de triple oppression signifie avant tout:

que les oppressions impérialiste et patriarcale sont très complexes, et ont différentes conséquences pour les différents groupes opprimés. C’est-à-dire que la plupart des gens font l’expérience de l’oppression, mais de manière différente.

La réalité consiste en de multiples réalités.
ce qui est décisif pour la situation et la position sociale d’une personne dans la société: la classe, le sexe et la couleur - mais d’autres facteurs sont également importants, par exemple entre vivre dans un pays industrialisé d’occident ou dans un pays pauvre, un pays colonisé, si l’on est hétérosexuel ou homosexuel, etc.


Toutes les conditions mentionnées sont d’importance - il s’agit de la corrélation entre elles qui créé la situation sociale des gens (exemple: il y a des mondes entre une secrétaire blanche à Londres qui est opprimée par le sexisme, une policière cubaine qui est opprimée parce qu’elle est lesbienne, une prostituée de Manille qui est opprimée par le sexisme et la domination impérialiste de son pays...).

L’oppression dont ces personnes font l’expérience est très différente, mais la raison de l’oppression est à un degré supérieur le même: un ordre dominant basé sur le sexisme, le racisme et l’impérialisme.

La triple oppression a laissé derrière les vieux dogmes de la gauche - opposant l’idée traditionnelle que le processus de lutte suit la contradiction principale (capital contre travail salarié) et que toutes les autres contradictions sociales (par exemple les femmes contre les hommes, les noirs contre les blancs) sont uniquement d’importance secondaire.

La triple oppression s’oppose également à l’idée d’un sujet révolutionnaire existant (la classe ouvrière blanche) et d’une avant-garde révolutionnaire (le parti-guide, révolutionnaire). Parce que ces dogmes ne sont tout simplement pas en accord avec la réalité.

Les modifications de la construction de la classe et l’immense restructuration de la société signifie qu’un processus révolutionnaire ne peut se développer seulement que par la corrélation entre les différents groupes opprimés dans la population, et leur lutte radicale, organisée, auto-déterminée et collective, contre le système. Dans cette connexion le mouvement révolutionnaire des femmes est de grande importance.

Nous sommes tous et toutes une partie de ce que nous combattons.

La triple oppression amène également la compréhension du fait que nous sommes tous et toutes une partie de ce que nous combattons - le système d’oppresion repose aussi en nous et dans nos attitudes vis-à-vis des gens et le monde qui nous entoure.

Exemples: beaucoup de femmes reproduisent le mépris qu’elles ont appris des hommes et contribuent au mépris des lesbiennes; beaucoup de femmes - également dans la gauche révolutionnaire - reproduisent le racisme de la société dans leurs comportements vis-à-vis des femmes de couleur; tous les hommes - sans prendre en considération leur degré de respect vis-à-vis de la lutte des femmes - profitent de l’oppression des femmes; toutes les personnes blanches - sans prendre en considération leur prétention à l’anti-racisme - profitent du racisme contre les personnes de couleur.

C’est la tâche de la résistance que de trouver comment agir à partir de cette compréhension.

La triple oppression maintient que la lutte extérieure anti-impérialiste et anti-raciste contre l’ordre dominant et la lutte intérieure contre des parties de nos pensées et de nos idées s’appartiennent l’une à l’autre dans une relation dialectique.

Mais la raison pour laquelle la lutte intérieure contre les mécanismes oppressifs en nous-mêmes a souvent été négligé est que les positions féministes n’ont pas été capables de marquer la résistance. Ici quelques exemples avec deux combats anti-impérialistes:

au Nicaragua, même après la révolution sandiniste de 1979, les femmes ne sont pas arrivées à assurer le droit à l’avortement, et le processus révolutionnaire n’a pas amené une coupure fondamentale avec le machisme latino-américain; en Palestine, là où les luttes anti-impérialistes les plus longues se déroulent, les fondamentalistes islamistes gagnent de plus en plus d’influence.

Pour les femmes cela signifie, de nombreuses manières, être repoussées des positions politiques qu’elles avaient durant l’intifada. La gauche réagit avec silence, ce qui signifie l’acceptation, parce que les perspectives féministes n’ont pas une haute priorité.

Ces exemples, comme quantité d’autres, montrent que les positions féministes devraient être capable de marquer la résistance; les femmes ont à s’organiser de manière autonome et à lutter pour leurs perspectives - et non pas à s’asservir à des " nécessités tactiques de la résistance en général ".

Nous pensons qu’un féminisme révolutionnaire développé théoriquement et bien organisé, radical et impré&visible, est absolument nécessaire au développement général d’une résistance contre l’ordre dominant aujourd’hui.

Le féminisme révolutionnaire doit agit au sein du contexte international, il doit être basé sur la solidarité concrètement exprimée avec les différentes luttes des femmes opprimées sur toute la planète - et comme conséquence de cela son objectif doit consister en la manifestation de la résistance et du sabotage des centres impérialistes et des structures patriarcales dans ces centres.

Nous donnons une grande priorité à la lutte contre la politique de population et ses outils: machinerie génétique et de reproduction. Parce que la politique de population n’est rien d’autre qu’une arme silencieuse contre les pauvres et signifie avant tout l’avancée dans la colonisation des corps des femmes.

Il est également important de combattre la violence contre les femmes - parce que la violence ou juste la peur de la violence détruit et limite la vie des femmes plus que ne le pense la plupart d’entre nous.

Dans le sillage du roll-back généralisé, nous en faison l’expérience à tous les niveaux de la société juste maintenant, la violence contre les femmes augmente et devient de plus en plus brutal.

Nous pensons également que les féministes révolutionnaires ont d’importantes idées et perspectives avec lesquelles elles ont à s’investir dans la lutte contre le racisme, dans la résistance contre l’exclusion sociale et économique (nous faisons face à une féminisation de la pauvreté), dans la construction d’une résistance générale à la domination de l’ordre mondial impérialiste - en créant des visions et des perspectives d’une autre vie, d’un autre monde basé sur le droit à la vie, avec la dignité et la liberté pour tout le monde (femmes, enfants et hommes).

Le féminisme révolutionnaire ici en Europe doit agir comme partie du mouvement féministe international et comme partie de la corrélation entre les luttes des différents groupes opprimés (gens pauvres, gens de couleur, gens handicapés, gays/lesbiennes, prisonnierEs, etc.). Si les luttes de tous ces gens se rejoignent, elles seront certainement capables d’aller à un changement révolutionnaire de la société.

Mais la lutte contre les structures patriarcales prennent également place dans la résistance elle-même et dans notre propre relation avec les hommes.

Parce que c’est une illusion que de penser que chaque homme voudrait ou même pourrait abandonner les privilèges que la très vieille construction qu’est le patriarcat lui a donné.

De surcroît, nous nous confrontons aussi à des éléments de nous-mêmes.

Et cela peut être une lutte difficile que de jeter les mécanismes d’oppression que nous portons en nous-mêmes et de faire face à la réalité sans avoir des hommes comme rideau limitatif/de sécurité entre nous et le monde qui nous entoure. Néanmoins ce processus personnel de chaque femme est une condition préalable à un processus de libération féministe.

Personne n’est libre tant que tout le monde n’est pas libre!

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