"Dès fois quand je m'endors
je sais plus qui je suis"
"Si je t'aime, si j'ai tort,
A quoi je sers
Juste, serre-moi fort"
Mademoiselle KUn belle idée que celle de s'adresser à ces fans de la part de Mademoiselle K pour la réalisation de ce clip, ce sont 211 vidéos qui ont ainsi été récoltées, 74 ont été retenues et montées.
Une réalisation étonnante, émouvante, tour à tour souriante, touchante, tout autant que la diversité intime de chacun.
L'abandon, l'amour, les repères, la question des origines, les interrogations sur le genre, sur l'orientation sexuelle, une chanson existentielle...
Il me revient, citée par Gilles Deleuze cette formule de Lacan "celui qui n'est dupe, erre"
Jacques a dit!
Naît du père et du saint esprit, amen!
n.b. : bienvenue à vos associations d'idées...
SemaphoreMaman XY
X, Y, X, Y
On peut naître sous X
Et se sentir Y
Y, Y, Y, Y
Et moi maman, maman
Sur une échelle de X à Y
Qui je suis ?
Oublie l’échelle à Richter
Il a abandonné
Et ma terre elle tremble dans tous les sens
Sauf celui qui connaitX, X, X, X, X,
J’ai coupé mon corps en deux
Fallait que je comprenne avec mes yeux
Tout ce que j’ai vu
Je suis pas possible à trier
X, X, X, X fois je me suis perdu dans des super marchés
A chercher quoi ? A chercher quoi ?
Juste moiX ,X, X, X, X,
Si tu peux pas t’appuyer
Si tu peux pas t’appuyer dans un bordel pas possible a trier
Alors à quoi je sers? A quoi je sers?Si tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fortSi tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fortSi tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fortMaman, maman,
Des fois quand je m’endors
Je sais plus qui je suisX, Y,
On peut naître sous X
Se sentir Y
Mais moi maman, moi
Sur une échelle de X à Y
Qui je suis ?
Maman,
Des fois quand je m’endors
Je sais plus qui je suis
Oublie l’échelle à Richter
Il a abandonné
Et papa il a abandonné
Maman ? Papa il a abandonné
XXXX fois et XXXX fois
XXXX fois papa il a abandonnéSi tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fortSi tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fortSi tu m’aimes, si j’ai tort
A quoi je sers, serre-moi fortSi tu m’aimes,
Quand je m’endors
Je sais plus qui je suis
Et à quoi je sers
Alors si tu m’aimes si j’ai tort
A quoi je sers juste, serre-moi fort
jeudi 8 janvier 2009
En perdre son latin sans Y grec!
lundi 10 novembre 2008
La morale puritaine bourgeoise et la sexualité des femmes... Yolande Geadah
Yolande Geadah
(citation lu chez Chaminou : http://www.blogg.org/blog-54474.html)
vendredi 24 octobre 2008
Corps rêvés ou corps agissants ? par Françoise Hatchuel
Corps rêvés ou corps agissants ?
Les désirs sur le corps sont si nombreux qu’on pourrait y voir le signe même de notre liberté individuelle : imaginer le corps de l’autre, le sien, créer et entretenir ses désirs. La réalité est plus complexe : le désir, nos désirs, ne résultent-ils pas d’un savant dosage, mêlant pouvoir et intérêts économiques ? Françoise Hatchuel démonte ce mécanisme de la construction de l’imaginaire social du corps, et dresse quelques pistes pour que nous puissions nous réapproprier nos désirs.
Parce qu’il constitue notre ancrage dans la réalité, le corps nous pose la question du rapport entre cette réalité et notre imaginaire, qui lui-même nous renvoie au désir.
Pourtant, l’imaginaire n’est pas le désir. En un sens, on pourrait dire qu’il en est une forme appauvrie et normativisée. Car le désir est trop divergent et explosif pour ne pas être cadré : il est nécessaire de lui poser certaines limites, dont nous verrons tout à l’heure quelles formes elles peuvent prendre.
Mais dans le même temps, ces limites nécessaires sont bien souvent le prétexte à une mise en images et aux normes du désir par la société de consommation : tentative de nous dire ce que nous devons désirer, dépossession de nos désirs, et donc de nos corps, rabattement du désir sur la marchandisation et par là, renforcement des oppressions car l’imaginaire préformaté entrave la créativité réelle, et donc l’action. La société de consommation nous dit que nous serons bien plus heureux en adoptant les rêves prêts à consommer qu’elles nous livre et qu’elle satisfera (avant de nous créer de nouveaux besoins), qu’en agissant pour changer nos vies. Le corps devient donc le lieu d’un investissement sur le mode de l’image et de l’imaginaire et non plus celui de notre rapport au monde et de l’action. Nous nous mettons au service de notre corps et de l’image que nous en avons au lieu de mettre notre corps, passerelle entre nous et le monde, au service de nos projets.
C’est nous qui devenons la passerelle entre les prescriptions consuméristes du monde et notre corps qui devient le but et non l’outil. Il y a donc urgence à libérer nos désirs des imaginaires formatés, à y retrouver la subversion de l’absolu liberté. Pourtant, face à la montée des égoïsmes et des individualismes, on ne peut faire l’apologie du seul désir sans être attentif/ves aux limites à lui poser. Si nous ne les trouvons plus dans les normes sociales, c’est dans la nécessité de l’attention permanente au désir de l’autre, miroir et barrière de notre propre désir, qu’il faut chercher les réponses. Je ne fais plus ce que l’on me dit de faire, mais ce que je veux dans la mesure ou je peux intégrer non pas les normes et les automatismes mais le sens de l’autre et du collectif dans mon désir. Cela s’appelle savoir faire des compromis.
Du désir à l’imaginaire
Au moins depuis Georges Bataille sinon depuis Sade, on sait que si le sexe est subversif c’est avant tout comme lieu de créativité hors de toute norme sociale où tout est à inventer dans la géographie des corps puisque, en théorie, il ne s’agit que de deux individus aux prises avec leur propre désir et celui de l’autre, dans l’intimité, c’est-à-dire sans irruption de l’extérieur. De la même façon, M. Foucault voyait en l’homosexualité un refus des normes sexuelles et familiales, de la stabilisation par l’enfant, une primauté du désir sur l’ordre (ce qui pose d’ailleurs la question de la revendication de stabilisation des couples homosexuels).
On voit donc à quel point on est loin de la pornographie marchande qui nous dit quoi penser, rêver, fantasmer et comment jouir, alors que le désir est multiforme, changeant, mobile, et ne se laisse justement pas mettre en image. Il est adaptation permanente à la réalité alors que l’image est fixe.
Mais l’image est attirante car elle peut être parfaite et coller à notre désir du moment (même si elle le fige) alors que la réalité résiste. C’est, bien entendu ce qui en fait la richesse et l’intérêt (que serait un monde soumis perpétuellement à nos désirs ?), mais il est tellement plus facile de rêver à l’acte que de se colleter au réel ! L’imaginaire nous paraît toujours plus beau que la Nature car il est virtuellement parfait alors que l’imperfection, la finitude nous terrifient. L’imaginaire, qui fige le désir, est aliénant car il nous enferme dans l’institution imaginaire de la société et nous empêche de concevoir des solutions concrètes, réelles et applicables à nos questionnements.
Imaginaire et capitalisme
Et ce d’autant plus que l’imaginaire constitue une formidable proie pour le capitalisme. La société marchande joue en effet sur les phénomènes psychiques d’envie et de mimétisme qui nous poussent à vouloir ce que veut l’autre et ce qu’il/elle n’a pas. Francis Hofstein décrit un monde où il s’agit de "s’empiffrer pour ignorer la faim (.) [et où] l’être humain a peur de ses sensations et s’angoisse à l’idée même de l’angoisse. Il se bourre donc de médicaments (.) et veut sa vie aussi lisse que du verre" à l’image du bonheur poisseux et sans désir, que l’on nous vend sur catalogue. Parce que le connu nous rassure, la société marchande évite soigneusement de nous encourager à dépasser cette peur (l’inconnu se fabrique difficilement en série..) et nous abreuve consciencieusement de compilations et autres souvenirs préfabriqués tueurs de désir. De la même façon, les médias nous montrent ce que nous avons a priori envie de voir, c’est-à-dire ce qui ressemble le plus à ce que nous avons déjà vu. P. Bourdieu a bien montré en quoi tout ce système contribue à forger nos habitus et surtout à les rendre prégnants, insidieux, multiformes, se nichant dans les moindres détails : l’habitus, c’est notre façon de manger, de parler, d’entrer en rapport avec l’autre, de se situer, de chercher (ou de ne pas chercher), de découvrir (ou de ne pas découvrir), etc. Il s’inscrit dans le corps et l’agir et cadre notre façon de faire et de penser et c’est bien pour cela qu’il est si difficile à combattre.
Pourtant, nous savons bien que si nous voulons nous libérer un tant soit peu des pesanteurs, chaque collectif doit faire ses choix en fonction de ses propres objectifs et non pas attendre des solutions de l’extérieur (patronat, élites gouvernantes et autres directeur/trices de marketing) : éthymologiquement, être autonome, c’est bien créer ses propres lois. Pour ce faire, il nous faut donc chercher inlassablement à maintenir un espace pour la nouveauté, mais une nouveauté pensée et réfléchie. Or, même l’inventivité est rabattue sur sa valeur marchande au lieu d’être entendue en terne d’éthique et de progrès politique. Car une des caractéristiques du système capitaliste réside dans l’unicité du système de valeur : il n’existe qu’une seule valeur, celle fournie par les marchés, au détriment de toute autre considération. Cette vision manichéenne est extrêmement néfaste car elle nous pousse à hiérarchiser l’ensemble des phénomènes sociaux : s’il n’y a qu’une seule échelle de valeurs, on est forcément au- dessus ou en dessous, et pour être égal il faut être identique. Alors que la coexistence de plusieurs échelles de valeurs permet d’accepter la différence et la variabilité des jugements. Ce rabattement sur une unique échelle empêche donc l’individu de choisir ce qui, pour lui/elle, fait sens, et donc d’agir sa vie en fonction de ses critères propres. Nous allons en voir quelques exemples concernant l’imaginaire du corps.
Imaginaire du corps et oppressions
Le premier exemple est celui du tchador à la mini-jupe. Symboles extrêmes d’une soi-disant libération sexuelle opposée à une oppression dépassée, le tchador et la mini-jupe m’apparaissent en fait comme les deux faces (simplement adaptées à des sociétés différentes) d’une même vision du féminin et du corps des femmes conçu uniquement comme objet du désir des hommes. Qu’il s’agisse de les cacher ou au contraire de les exhiber, et dans tous les cas de les entraver et d’empêcher leurs mouvements, les corps des femmes sont, dans les deux cas, ravalés au rang d’images tentatrices et plus ou moins interchangeables. Pour M. Donzel, cela revient à nous faire haïr notre corps réel et donc bien entendu à ne pas pouvoir l’investir : pas facile d’agir quand vous devez être sans cesse en train de vous demander ce que les autres pensent de vous et si votre mèche de cheveux est bien en place. Les hommes n’ont bien évidemment pas ce type de problèmes : ils portent un uniforme protecteur et confortable qui ne les positionne pas comme objets de désir. Les homosexuels l’ont d’ailleurs bien compris, qui ont pris l’habitude, davantage peut-être que les autres hommes, d’adapter leurs vêtements à leurs activités, marquant la différence entre l’espace public, dédié à l’action, et l’espace privé, lieu de la séduction. Et si l’espace public sans séduction peut nous apparaître comme triste, c’est bien parce qu’on le dépouille de ce qui en fait sa richesse, à savoir l’autonomie et la responsabilité.
Le deuxième exemple, évoqué dans l’article de C. Delphy, c’est bien sûr l’imaginaire autour de la sexualité et de ce qu’elle "doit" être. Sexualité prescrite, automatisée, niant toute la dimension (et la complexité) de la rencontre entre deux êtres humains et de la liberté qu’elle ouvre. La soi- disant libération sexuelle, c’est avant tout le libre-échangisme sexuel, c’est-à-dire comme tout libre-échangisme, la loi du plus fort, et donc la porte ouverte à "ce surcroît d’esclavage du corps qu’est la traite des femmes" [1]. Se soumettre à l’imaginaire social, c’est se soumettre à une vision de la sexualité essentiellement construite par et pour les hommes et admettre que, de toutes façons, nous n’avons pas pouvoir de définir nous- mêmes nos sexualités. Prises en tenaille entre des tabous traditionnels qui les empêchent de dire "oui", et une pseudo-libération sexuelle qui les oblige à dire "oui", bon nombre de jeunes filles et jeunes femmes, notamment issues de milieux dominés, se retrouvent dans l’incapacité de construire leurs choix et de se positionner pour et par elles-mêmes. C’est- à-dire que la libération sexuelle existe bel et bien, mais pour les hommes et les classes dominantes.
Le troisième exemple aborde la question du rapport au réel, à travers la disqualification du travail concret, matériel, physique, au profit du travail intellectuel et immatériel. Ce mépris du travail pratique, c’est avant tout un mépris du corps et, encore une fois, de l’imperfection de la réalité face aux sirènes de notre imaginaire. Pourtant, c’est bien sur la réalité que s’exerce notre pouvoir de transformation du monde. Comme le dit V. Marange, le matérialisme ne s’oppose pas à l’utopie. J’ajouterai même qu’au contraire, le matérialisme est la condition même de la réalisation de l’utopie, et que c’est bien en acceptant de nous colleter à la réalité que nous pourrons avancer un peu sur le chemin de nos rêves les plus fous, et par là même continuer à rêver. C’est toute une conception du travail et de la division des tâches qui est à revoir en admettant une bonne fois pour toutes que la réalisation matérielle d’une idée a au moins autant d’importance que sa conception. Inutile de dire évidemment, que tout ce travail déconsidéré, invisible, non pris en compte (à commencer par le travail domestique qui n’est, par exemple, pas comptabilisé dans les indicateurs de production de richesses) est effectué essentiellement par les femmes et les dominé/es, les élites étant, elles, bien au-dessus des basses contingences et des lois.
Le quatrième exemple sera abordé rapidement : il s’agit de la réflexion de Jacques Robin sur l’information. Celui-ci souligne qu’aujourd’hui une bonne partie du pouvoir réside non plus dans la maîtrise de la réalité matérielle mais dans celle du virtuel (information par exemple). Or le virtuel, parce qu’il n’a pas la même épaisseur, la même résistance que la réalité est encore plus facilement manipulable et creuse donc les écarts : face à la réalité, même les plus puissants doivent composer un minimum. Face à la virtualité, tout est permis !
Des pistes pour agir
Trois pistes apparaissent alors pour une meilleure réappropriation du corps comme lieu de l’action par chacun/e :
La première consiste à séparer espace public et espace privé. Le corps séducteur ne peut être le même que le corps agissant. On retrouve ici, incarnée dans les corps, la distinction de G. Mendel entre les registres affectif et socioprofessionnel. Une grande erreur des réflexions des années 70 sur la consommation a peut-être été de vouloir privilégier l’être sur l’avoir en oubliant que l’être passe par le faire. C’est par nos actes que nous nous situons.
Ensuite, il faut travailler, individuellement, collectivement et sans relâche à une résistance non violente mais têtue face aux sirènes. Nous demander et nous redemander sans cesse, pourquoi nous consommons, pourquoi nous acceptons qu’un voyage sous les cocotiers soit le summum du cadeau idéal, ce qui nous tient vraiment à coeur et si nos choix a priori banals nous correspondent vraiment.
Enfin, parce que l’action ne peut être que collective, nous devons mettre en place les conditions concrètes d’émergence des compromis, qui doivent être suffisamment inventifs pour permettre de respecter ce qui est essentiel pour chacun/e : c’est en ce sens que les compromis peuvent ne pas être des compromissions. Mais le processus est complexe car il pose trois conditions : premièrement, être capable d’élaborer individuellement son projet et de dire, a contrario, ce qui est pour nous inacceptable ou dangereux [2]. Deuxièmement, de reconnaître aux autres le droit d’avoir un projet différent, et de prendre réellement en compte leur différence, alors qu’en général, soit on la disqualifie (et on retombe sur les méfaits des échelles de valeurs uniques), soit on l’ignore (sous couvert de "tou/tes ensemble"). Enfin il faut parvenir à élaborer collectivement cette rencontre au quotidien, c’est-à-dire pouvoir à la fois s’ouvrir à l’autre et poser des limites. Il s’agit donc, au final, de n’entendre notre propre désir qu’en tant que (et jusqu’au point où) nous sommes capables d’entendre en même temps celui de l’autre. C’est peut-être là que réside la différence entre autogestion et libéralisme.
Si l’on revient à notre question introductive, c’est donc bien nous-mêmes, en tant que collectif, qui devons nous protéger de notre propre envie d’égoïsme et donner un cadre à nos désirs. C’est la Loi collective, issue de mon propre désir quand il rencontre celui de l’autre, et pas un état impersonnel, qui me protège de moi-même et de l’autre.
Texte publié dans EcoRev’ no. 4
Notes
[1] A. Fouque, " si c’est une femme ", Informations sociales, n°80, 1999.
[2] C’est-à-dire qu’il s’agit d’assurer soi-même sa propre protection, et non de l’attendre de l’extérieur. Psychiquement, c’est aussi cela, l’autonomie, processus permanent de désengagement des conditionnements et des attentes.
mardi 19 août 2008
Homosexualité animale: expo à Maastricht : Against Nature ?
Visible jusqu’au 31 août 2008 au Musée d'histoire naturelle de Maastricht l'exposition: Against Nature ? (Contre nature ?) - qui a pur objet l'homosexualité dans le monde animal.
C'est l'expo qui a été mise au point par le Musée de l'université d'Oslo qui est présentée ici, mais avec aussi des illustrations du comportement homosexuel animal dans les collines limbourgeoises. Comme les animaux ne connaissent pas de frontières et que la province du Limbourg belge jouxte le Zuid-Limburg hollandais...
Il n'y a pas que les girafes, les hannetons et les pingouins chez qui le comportement homosexuel est largement répandu: il est attesté chez à peu près 500 espèces animales.
L' espèce championne toutes catégories est le cacatoès rose: la moitié des couples sont homosexuels. L'homosexualité est quelque chose de tout à fait banal dans le monde animal.
Quand on vous dira que c'est contre nature...
L'expo “Against Nature?” se visite jusqu'au 31 août au Natuurhistorisch Museum Maastricht, De Bosquetplein 7, 6211KJ Maastricht.
P.S.: Maastricht est à une heure de train de Bruxelles (autoroutes directes) et à un quart d'heure de Liège, hein!
Sources : le site du musée
http://www.nhmmaastricht.nl/nederlands/index2.htm
vendredi 15 août 2008
L’homosexualité chez les animaux
L’homosexualité chez les animaux
Par Delphine, étudiante en biologie lu sur http://www.ethologie.info/info.php
N’en déplaise à certains et certaines qui prétendent que l’homosexualité n’est qu’une anomalie de la nature et une perversion, il existe dans le règne animal de nombreux exemples qui tendent à nous montrer que cette pratique est toutefois naturelle.
Non je ne vous parlerais pas du phoque, qui malgré l’adage populaire : « Pédé comme un phoque » ne semble pas, malgré une sexualité précoce, montrer des signes d’activité homosexuelle.
Commençons par le dauphin, charmant Flipper qui réjouissait nos yeux de ses aventures et de ses prouesses à se faire comprendre du genre humain par des petits cris stridents. Et bien oui, ce même Flipper, comme certains de ces congénères vivant en captivité, a fait l’observation de rapports homosexuels. De là à passer ces aventures sous la signalétique "Interdit au moins de 12 ans", il n’y a qu’un pas que les prudes censeurs américains pourraient franchir.
Beaucoup plus proche de nous sur l’arbre de l’évolution, on trouve les bonobos, sous espèce de chimpanzés aux moeurs sexuelles tellement libérées qu’ils seraient capables de faire rougir une spécialiste de la libération de semence mâle. Ces charmants petits primates comptent environ 100 000 membres dans leur communauté. Dès leurs découvertes, de nombreux scientifiques, lubriques autant que curieux, se mirent à les étudier. Un scientifique, Frans de Wal, a noté leur intérêt pour les jeux érotiques et la fréquences de leurs rapports sexuels (envieux le scientifique ?).
Notez la précison des notes du Monsieur : « Entre mâles, les schémas allaient de montes rapides par-derrière à des embrassades excitées face à face accompagnées de brandissements et de frottements de pénis" de plus, il note que "A l’état sauvage, comme en captivité, les bonobos femelles ont des contacts sexuels intenses entre elles ».
Mais les mammifères ne sont pas les seuls représentants de la gay attitude de mère Nature, les lézards du genre Cnemidophorus sont très intéressants à de nombreux égards. En effet, cette espèce (peut être représentative du futur du genre humain) ne possède plus de mâles. Et pourtant, l’espèce perdure. Par quels mécanismes me direz vous ? La parthénogénèse : reproduction sexuée sans fécondation. Mais si les demoiselles n’ont plus besoin de ces messieurs pour assurer leur retraite, leur ovulation se doit tout de même d’être "excitée" par un accouplement. Rien de plus simple pour ces lézardes inventives, qui se travestissent chacune leur tour pour aider leur copine à fabriquer ses petits oeufs.
D’autres exemples peuplent notre planète, alors à tous ceux qui pensent que tout ça n’est pas naturel...
Pour les plus intéressés : La vie amoureuse et érotique des animaux de Sparks John (Edition Belfond, 1978)
*Source :http://www.ethologie.info/revue/spip.php ?article60
dimanche 20 avril 2008
à propos de ce petit quelque chose chanté par Oshen
A travers cet opus extrait de son nouvel album Oshen se livrerait-elle à l'apologie des amours lesbiennes?...
Elle y dénonce le machisme des relations hétérosexuelles, ce qu'Emelire nomme le parasitisme.
(voir ses dessins illustrant des citations d'Andrea Dworkin “pouvoir et violence sexiste”, éd. Sisyphe)
Il m'en coûte de devoir le poser ici, mais le machisme n'est pas genré, il est ancré dans les mentalités et nombre de couples, mêmes lesbiens sont dans la reproduction des structures patriarcales, les tyrans domestiques peuvent aussi être des femmes, le comble en somme!
Les lesbiennes pour être "toutes choses" n'ont nul besoin de "ce petit quelque chose", l'amour c'est tout autre chose!
Quant à l'utilisation par certaines de substitut au priapisme siliconé c'est tout simplement une aberration!
Le désir dans une relation homosexuelle n'a nul besoin d'avoir recours à ces jouets sexuels dont se fait le promoteur l'industrie pornographique.
"Le privé est politique"ainsi tout prosélytisme envers l'usage de godemiché est-il significatif d'une inféodation à la norme hétérosexuelle, au viriarcat imprégnant de ses injonctions phallocrates jusque dans la sphère de l'intime les femmes.
Or tout érotisme lesbien conscient ne saurait s'y soumettre c'est une incohérence en regard de sa nature même!
Une contradiction insigne!
Sémaphore
10-oshen-je_nai_pas_ce_petit_quelque_chose
Si tu m’avais choisi moi
Il n’y aurait sans doute pas
Un gros mollusque dans ton salon
Qui fait la gueule devant la télévision
Mais j’oubliais, c’est vrai
Je n’ai pas ce petit quelque chose
Mais j’oubliais, c’est vrai
Je n’ai pas ce petit quelque chose
Qui te rend toute chose
Si tu m’avais choisi moi
Oh. Tu n’aurais sans doute pas
Deux enfants , l’un de 3 ans
L’autre de 37 passé
Mais j’oubliais’ c'est vrai
Je n’ai pas ce petit quelque chose
Qui te rend toute chose
Si tu m’avais choisi moi
Tu ne serais sans doute pas
Seule à cuisiner
Ohooh seule à vouloir voyager
Seule à pleurer les beaux jours
Seule
Mais j’oubliais, c’est vrai
Je n’ai pas ce petit quelque chose
Qui te rend toute chose
Qui te rend toute chose
Oshen
jeudi 10 avril 2008
L’extrême droite, ça fait mâle ! par Claudie Lesselier sur europrofem
L’extrême droite, ça fait mâle !
L’extrême droite, ça fait mâle !
Par Claudie Lesselier sur http://www.europrofem.org/start_fr.htm
L’extrême droite - ou même les extrêmes droites -, termes commodes mais dont l’usage tend à séparer les théories, pratiques, discours, valeurs de ces groupes d’avec l’ensemble de la société où ils prennent place. En fait, dans les politiques d’extrême droite, on voit comme dans un miroir grossissant l’interaction du sexisme et des racismes, des pensées biologisantes et du nationalisme, de la domination de classe, de la violence, tant de l’Etat que d’instances "privées" - on voit la radicalisation de notions, d’images, de mythes, qui sont répandus dans toutes les structures de domination et peuvent être même reproduits dans les mouvements de libération. C’est sans doute un peu dans cette perspective que le mouvement des femmes a souvent tendu à montrer le fascisme comme "quotidien" : fascisme dans le viol et dans la pornographie, fascisme dans le culte de la virilité et de la force que mettent en oeuvre les groupes d’hommes - armée, police, supporters de club de foot etc. , fascisme des institutions autoritaires des politiques et des pratiques d’appropriation et de contrôle du corps de l’autre, fascisme aussi, est-il dit plus récemment dans les technologies génétiques qui raniment les projets de l’eugénisme... Cette extension du terme risque t-elle de banaliser la spécificité du fascisme, mouvement ou état, et l’ampleur de leurs crimes ? Ou permet-elle de montrer que ses violences extrêmes et organisées ont des racines dans le quotidien des modes de vie, de rendre visible (sous une forme peut-être discutable) la violence si souvent cachée qui règne dans les sociétés dites consensuelles et les Etats démocratiques ? Il faudra sans doute en reparler. L’extrême droite renvoie donc à l’ensemble du quotidien de nos sociétés et des idéologies : elle renvoie aussi à l’histoire - à un passé, guère lointain, dont l’analyse, et la mémoire même est toujours un enjeu, dont les références sont toujours présentes dans les conflits d’aujourd’hui : pour ne parler ici que de la France, pensons au poids des traditions nationalistes, xénophobes, antisémites, catholiques ou populistes qui construisent ce qui a pu être appelé "le fascisme aux couleurs de la France". Pensons au régime de Vichy (l’ordre moral, l’exécution des femmes, l’embrigadement des jeunes, les lois racistes et les déportations) ; et enfin au colonialisme (les guerres coloniales, la torture, le racisme, Ecole de la Génération qui aujourd’hui anime le Front National et la mouvance néo-nazie). Un passé, vraiment ???
Cette intervention ne vise pas à aborder tous ces problèmes, sur lesquels d’ailleurs nombre d’études sont disponibles. Plus précisément, je vais d’abord faire un bref rappel des points de vue des extrêmes droites aujourd’hui en France à propos des femmes et de l’homosexualité. Ce qui me conduit à une deuxième partie qui présente l’existence et les thèses d’un groupe d’homosexuels néo-nazi, actif aujourd’hui en France et en Allemagne Fédérale ; un tel groupe rappelle la dimension masculiniste du fascisme, comme ordre sexuel et esthétisation des rapports de domination, ce qui forme la dernière partie de cet exposé.
EXTREMES DROITES : L’ORDRE PATRIARCAL
Malgré leur relative diversité, les extrêmes droites ont au moins deux points communs en ce qui concerne les femmes : la légitimation de leur subordination et de leur assignation à un rôle spécifique au nom de la "nature" (éventuellement la tradition) - leur invisibilisation en tant que sujets politiques (elles sont les objets d’un discours ou le lieu d’une transmission mais elles n’existent pas en tant que telles). Ce qui n’est pas antagonique avec le fait que le fascisme cherche à mobiliser "les masses" donc les femmes aussi, sur des bases spécifiques. Mais en France, aujourd’hui les femmes n’apparaissent à thème central dans les discours d’extrême droite, ni une cible privilégiée (ce qui peut être dû en partie à la faiblesse actuelle du Mouvement féministe) ni un lieu de recrutement. Bien sûr, il y a des femmes au Front National et même une organisation liée au Front, le Centre National des Femmes d’Europe, dans divers réseaux, clubs et groupuscules de la Nouvelle Droite, et des associations nombreuses qui développent l’influence des extrêmes droites dans de nombreux espaces sociaux (catholiques intégristes, parents d’élèves des écoles libres, UNI, etc.). Elles ne jouent qu’un rôle assez secondaire. De même, il est très net que l’électorat du FN est majoritairement, et de plus en plus, masculin : aux élections européennes de 1984, 14% des hommes et 8% des femmes, au premier tour des présidentielles de 1988, 18 % des hommes et 10 % des femmes ont voté pour le FN.
Quel que soit le silence ou l’invisibilisation des femmes, la défense de l’ordre patriarcal est un élément structurel des programmes et des systèmes de pensée d’extrême droite. Le cas du Front National est bien connu, par son apologie de la famille, et des "valeurs traditionnelles", son hostilité au droit à l’avortement et à l’homosexualité. La famille apparaît dans les propos de Le Pen et des autres membres du Front comme la cellule de base de la société, le lieu où se créent les disciplines et la morale emblématiques des structures plus larges, l’entreprise (organisée sur le même modèle chez le coorporatisme) et la nation. A travers de multiples métaphores, Le Pen oppose systématiquement le "chez nous", traditionnel, naturel, identitaire, à l"étranger", aux changements, aux mélanges. Enfin la "virilité", ne serait-ce qu’à travers les images ou les plaisanteries, la mise en scène des mythiques et du personnage de Le Pen est la "valeur" à opposer à la "décadence" à "l’invasion étrangère", au "désordre" : on reconnaît un thème banal qui fut celui de la Révolution Nationale de Vichy : face à une France affaiblie, "vautrée" dans la facilité, "féminisée", le sauveur appelle à un sursaut "viril", à la "jeunesse ", à la "lutte".
Les femmes donc n’existent que dans leur place traditionnelle, leur fonction de reproduction et d’éducation, et cela dans le cadre de la dichotomie fondamentale du discours du Front national, celle entre "français" et "immigrés" : les femmes françaises sont incitées à faire des enfants et à se consacrer au foyer ; par contre différentes mesures visent à dissuader les femmes étangères (programme visant à supprimer les allocations familiales, à limiter les places dans les crèches et les écoles) d’avoir des enfants. Le directeur de campagne électorale de Le Pen, Bruno Maigret, disait très clairement : "les deux plus graves problèmes que connaît la France sont l’immigration et la dénatalité". Autre tentative de liaison du sexisme et du racisme : l’idée prétendue que la violence contre les femmes viendrait principalement des hommes étrangers, façon donc de nier le sexisme, subtil ou violent, des hommes français, et de tenter de manipuler les femmes dans cette idéologie sécuritaire. Cependant ce thème n’a pas été très développé : manque d’efficacité sans doute ... Autre mouvance de l’extrême droite : la dite "nouvelle droite" qui en fait véhicule de bien vieilles valeurs sous des références culturelles qui se veulent à la mode : celles de la "différence" (biologique, psychologique, etc.) entre hommes et femmes (comme d’ailleurs entre ce que les rédacteurs d’Eléments ou Nouvelle Ecole nomment "ethnies" - le mot "race" devenant un peu trop lourd à assumer !) et de la complémentarité nécessaire des rôles et des fonctions, facteurs de la civilisation "indo-européenne". Je renvoie à d’autres textes sur cette question.
Enfin quand les extrêmes droites parlent de l’homosexualité, c’est le plus souvent de l’homosexualité masculine qu’il s’agit : "pratiques contre-nature", propagatrices du SIDA, danger social, désordre, facteur de décadence... Comme dans les extrêmes droites historiques, le lesbianisme est invisibilisé, pas pris au sérieux en tant que contestation de l’ordre social-sexuel. L’homosexualité masculine est considérée comme une transgression des normes de la virilité et du rôle sexuel masculin : les hommes de l’extrême droite reprennent l’image de l’homosexuel comme "efféminé" alors que cependant la culture gaie contemporaine s’identifie très souvent des valeurs et des apparences "viriles", sinon "machistes". Et s’il y a là des gais proches des groupes d’extrême droite, c’est précisément autour de ces valeurs-là. L’hostilité déclarée à l’homosexualité masculine est un des modes de fonctionnement du monde homosocial masculin (armée, église, pouvoirs - et ces groupes fascistes) d’appropriation des femmes, mais surtout, parce que cette homosocialité doit fantasmer le sexuel et non pas l’exprimer et s’unit autour du rejet du personnage de l’homosexuel. Ce qui n’empêche des homosexuels hier comme aujourd’hui de trouver une cohérence entre extrême droite et homosexualité et d’argumenter en ce sens. On va s’y attarder un peu.
CHEMISES BRUNES OU TRIANGLES ROSES ?
En France, on a commencé par entendre parler du journal Gaie France qui paraît en janvier 1986, sous la forme d’une petite brochure : c’est maintenant un magazine en quadrichromie, donnant dans le culturel et l’histoire (Grèce antique et mouvements de jeunesse allemands sont à l’honneur) autant que dans la polémique contre les "stalino-gauchistes". Ce journal est dirigé par Michel Caignet, un des anciens dirigeants de la FANE, organisation fondée en 1966 et interdite en 1980 ; M. Caignet est également traducteur de divers textes néo-nazis allemands. Les militants de Gaie France ont tenté de prendre place au nom d’une "défense de l’identité homosexuelle" dans des initiatives du mouvement gai. Le coup d’arrêt fut porté lors de l’université d’été homosexuelle de Marseille l’été 1987 où fut obtenue, après de violents débats, leur exclusion de cet espace né, semble t-il, des luttes de libération homosexuelles. Le CHLAF, Comité Homosexuel et Lesbien Anti-Fasciste, créé à cette occasion, a publié en novembre une brochure intitulée "Fascistes et Homosexuels - Idéologie et Stratégie" à laquelle je renvoie pour ce qui est de l’analyse de ce journal.
Rapidement, relevons des thèmes communs avec la Nouvelle Droite en général : face à la société médiocre, décadente, cosmopolite, au moralisme égalitaire judéo-chrétien, Gaie France oppose un idéal élitiste, une culture païenne et des racines indo-européennes. Et plus précisément un idéal masculin (jeunesse et virilité) illustré par les éphèbes grecs et romains, les scouts et la HitlerJugend, qui met en valeur aussi la pédérastie comme initiation des jeunes hommes dans la communauté. Caignet, interviewé par Jean le Bitoux dans les Cahiers Masqués est explicite. Il s’agit de "construire une théorie de l’homosexualité vue de droite" et "confrérie" que Röhm - une des références centrales des homos d’extrême droite - voulait voir "se souder par des relations homosexuelles"....
Il serait absurde d’exagérer l’influence de ce groupe, mais autant d’en négliger la signification. Parce que ces discours s’appuient sur une fantasmatique et un imaginaire partie prenante d’une culture homosexuelle masculine beaucoup plus large. Parce qu’ils montrent encore une fois les capacités d’adaptation et les complexités de l’extrême droite. Enfin parce que la lutte contre la présence de Gaie France dans le mouvement homo, et notamment à l’UEH de Marseilles a révélé le "laisser-faire" et l’ignorance de trop de gens : ce sont ceux qui dénonçaient tout haut la réalité de Gaie France , rappelaient la mémoire de la répression nationaliste-socialiste ainsi que les thèses révisionnistes de la FANE, qui étaient accusés d’attenter à la "liberté d’expression", et dont la révolte et la colère paraissaient incongrus dans la dépolitisation générale !
Approfondir l’histoire de Gaie France et de ses compagnonnages donne accès à des éléments d’information et des documents sans ambiguité : M. Caignet est en effet le traducteur d’une brochure écrite par Michal Kühnen, leader néo-nazi très connu en RFA (il a passé un temps en prison pour reconstitution de groupe interdit) intitulé "Homosexualité et national-socialisme". Kühnen dans cette brochure ainsi que dans divers textes et lettres affirme que "le véritable national-socialisme est le national-socialisme homosexuel" et justifie cette analyse par les théories biologisantes de la suprématie de sexe, du darwinisme social, et du "Männerbund" ciment de l’Etat et de la civilisation.
L’homosexualité masculine au service d’un "ordre nouveau fondé sur l’ordre naturel".
Cette pensée homosexuelle national-socialiste (le traducteur euphémise ce dernier mot en "nationaliste") se veut cohérente, scientifique, globale, explicative de l’histoire et fondatrice d’un avenir d’ailleurs nécessaire et déterminé, "d’un ordre nouveau fondé sur l’ordre naturel". Elle fait appel à des références traditionnelles (le darwinisme social, la dichotomie weiningerrienne du masculin et du féminin, l’anthropologie inégalitaire et "raciale" du XIX° siècle ou de Rosenberg) et contemporaine (la sociobiologie). Elle se nomme elle-même "la pensée biologique". Résumons : il existe des lois naturelles dont le but est la survie de l’espèce et la victoire des plus aptes ; la culture s’enracine dans la nature ; l’ordre culturel ne peut que se conformer à cet ordre naturel et le relayer par une législation sociale et politique adéquate. Les intérêts de la "communauté", "entité biologique composée d’hommes d’un même sang, parlant la même langue et partageant une même culture et une même histoire" dépassent ceux des individus qui y appartiennent et lui doivent fidélité et loyauté. Le "naturel" est le critère de jugement d’un phénomène humain : s’il l’est, c’est qu’il a une fonction utile à la survie de l’espèce ou de la communauté (et tel est l’argument appliqué à l’homosexualité masculine) ; s’il est culturel, il faut se demander s’il y contribue aussi, ou s’il lui nuit ; et dans ce cas le supprimer, par l’éducation ou la répression.
Dans cette pensée biologique, la "différence des sexes" est absolue : la femme est fondamentalement un être de nature ; sa fonction reproductrice occupe toute sa vie, marque sa sensibilité et son psychisme, détermine ses devoirs sociaux. L’homme au contraire est peu astreint par sa fonction reproductrice et peut utiliser son "surplus de sexualité" en énergie guerrière et service de la communauté. Il est producteur de culture alors que la femme est exclusivment tournée vers la perpétuation de l’espèce et n’est pas actrice de l’histoire. Elle n’a pas de sens en elle-même, le sens lui est apporté de l’extérieur, par l’homme et par l’enfant. L’homosexualité féminine dans ce cadre-là n’a pas d’existence propre ni de sens, elle n’est qu’un artefact culturel, inutile et même dangereux si elle s’oppose aux devoirs que la femme doit à la communauté.
L’homosexualité masculine par contre, et c’est là le thème central de la brochure, est un fait de nature, un "fait biologique" : "elle est incluse dans la nature biologique de l’homme (...) elle existe toujours, inchangée et inchangeable dans son essence". Et si elle existe et perdure ainsi, c’est qu’elle a un rôle bénéfique dans le fonctionnement des lois de la lutte pour la vie... Kühnen démontre cela par une longue argumentation historique. Aux époques primitives, l’homosexuel (minoritaire et inutile à la reproduction) est menacé ; pour survivre, il s’allie au chef de la horde et favorise son pouvoir. Il organise des "confréries" de jeunes hommes, organisations militaires ou religieuses, qui créent les structures de la civilisation, de l’Etat monarchique, et des religions patriarcales, détronnant les cultes féminins. Ainsi permet il aux communautés qui ont suivi cette évolution de vaincre leurs rivales.
Le parti national-socialiste a été créé au départ comme une confrérie, excluant le féminin. Mais le moralisme bourgeois de ses dirigeants, l’influence chrétienne, et surtout l’ambivalence à l’égard de l’homosexualité ont conduit à la répression des SA lors de la nuit des longs couteaux et à l’interdiction des relations homosexuelles dans ces groupes. Dans cette politique se trouve une des causes de l’effondrement du IIIe Reich. Maintenant à nouveau il faut mettre l’homosexualité au service de la communauté et du parti, l’inscrire et la sacraliser dans un nouvel "ordre de chevalerie".
Kühnen a tenté, en légitimant l’homosexualité sur la base des théories biologisantes nationalistes, de mener un combat interne à l’extrême droite - le conflit semble avoir divisé profondément la scène néo-nazie mais il ne semble pas que les partisans de Kühnen en soient sortis vainqueurs. D’autre part, second axe de sa stratégie, il tente de rallier les homosexuels à l’extrême droite sur la base d’une "concordance", écrit-il, entre les valeurs du nationalisme et les "spécifismes et les valeurs" de la "culture gaie" : les homosexuels, par leur sens de la "communauté", leur courage face à l’oppression, leur disponibilité, le "culte du beau" de la virilité, de la force qui les anime, forment une "élite" que les national-socialistes doivent intégrer à leurs rangs. Et par ailleurs, en combattant "la nation, le peuple et la race", les homosexuels consolideront leur appartenance à l’élite de la communauté...
On retrouve, de façon plus allusive, les mêmes thèmes dans le journal Gaie France : on comprend dans quelle cohérence entrent les romans feuilletons sur la Hitler Jugend, les statues d’éphèbes grecs, les récits sur les Templiers et les théories fumeuses sur les élites et l’héroïsme de la jeunesse, et quelle est la place de ce groupe dans la nébuleuse de l’extrême droite : s’il s’oppose au Front National, au "moralisme chrétien", aux valeurs "traditionnelles" d’une partie de l’extrême droite, c’est au nom d’une adhésion à l’extrême droite national-révolutionnaire la plus clairement issue de l’hitlérisme, qui aujourd’hui revendique une nouvelle légitimité sous les apparences de la Nouvelle Droite.
L’EROTISATION DE LA DOMINATION ET DE L’ASSUJETTISSEMENT
Cette participation homosexuelle masculine à l’idéologie fasciste n’est pas entièrement pour surprendre. L’ambivalence du fascisme, qui réprime les homosexuels tout en se fondant sur une dimension homoérotique présente dans les organisations homosociales masculines, dans le culte de la virilité et dans la mise en valeur esthétique du corps masculin, est un fait connu. De plus la fascination que le fascisme a su créer, et les structures psychologiques et sexuelles sur lesquelles il s’appuie ont été largement discutées, dans des perspectives diverses (Reich, l’Ecole de Francfort, plus récemment Theweleit, N. Sombart, ou J. M Palmier etc., et bien sûr les historiennes féministes).
George Mosse a présenté dans une conférence le rôle, pour un groupe d’hommes français de la génération des années 30 (homos ou non) dans leur admiration pour le fascisme et l’Allemagne national-socialiste et leur choix collaborationniste, de leur idéal de l’amitié masculine de leur esthétique de la virilité. Drieu ou Brasillach (qui ne sont pas homosexuels) opposent ainsi la "force disciplinée", la "camaraderie", la vigueur virile, à la mollesse, la décadence, l’individualisme, la facilité à vivre (tout cela connoté "féminin") qui règnent dans les démocraties bourgeoises. Ils trouvent dans le fascisme et l’Allemagne la réalisation de leur désir d’engagement passionné, de leur culte de la jeunesse et de l’amitié. Citons par exemple ce texte de Brasillach, écrit en 1945, relevé dans le livre de Paxton sur Vichy (p. 141) :
"Le fascisme, il y a bien longtemps que nous avons pensé que c’était une poésie et la poésie même du XXe siècle (avec le communisme sans doute). Je me dis que cela ne peut pas mourir. Les petits enfants qui seront les garçons de vingt ans plus tard apprendront avec un sombre émerveillement l’existence de cette exaltation de millions d’hommes, les camps de jeunesse, la gloire du passé, les défilés, les cathédrales de lumière, les héros frappés au combat, l’amitié entre les jeunesses de toutes les nations réconciliées. José Antonio, le fascisme immense et rouge. Je ne pourrai jamais oublier le rayonnement merveilleux du fascisme universel de ma jeunesse".
Jean Genet dans son roman Pompes Funèbres présente des personnages masculins qui vivent cette attirance érotique pour le soldat fasciste vainqueur - ou vaincu : car il y a aussi cette fascination pour la mort, ce plaisir de la réprobation, de l’humiliation, cette beauté de la trahison et de la solitude des maudits...
Susan Sontag dans un article précisément intitulé Fascinating Fascism poursuit l’analyse du fascisme comme "esthétisation de la politique" que faisait déjà Walter Benjamin. Elle prend comme point de départ les films de Léni Riefenstahl et dégage des traits de "dramaturgie", de "chorégraphie" fascistes : une mise en scène consciente de la relation des masses et des chefs, des corps et de la communauté, de la violence et de la discipline... Une mise en scène donc de la relation de pouvoir. "On pense généralement, écrit-elle, que le national-socialisme signifie la brutalité et la terreur seulement. Il signifie aussi un idéal ou des idéaux présents aussi sous d’autres bannières et qui persistent aujourd’hui : l’idéal de la vie comme art, le culte de la beauté, le fétichisme du courage, la dissolution de l’aliénation dans le sentiment extatique de la communauté, la répudiation de l’intellect....". Le régime fasciste n’exalte pas la sexualité ; il la transcende en énergie, en désir guerrier, en culte du chef et joie de l’identification à la "communauté", en production d’enfants... Pourtant, paradoxalement, on assiste, écrit-elle, à une "érotisation du fascisme", autant à l’époque de son développement, que rétrospectivement dans l’imaginaire et le fantasme. Sontag fait allusion à des oeuvres littéraires ou cinématographiques (Mishima, Genet, Cavani etc...), rappelle les discours tenus en France sous l’occupation, par des personnages réels (comme on l’a vu plus haut) ou fictionnels (cf le Daniel des Chemins de la liberté , t. III) et continue sur la pornographie et le sado-masochisme : "Dans la pornographie le SS est devenu le référent de l’aventure... La plus grande partie de l’imagerie sexuelle extrême s’est placée sous le signe du nazisme. Bottes, cuir, chaînes. Croix de fer, swatiskas, sont devenus les accessoires lucratifs de l’érotisme. Mais pourquoi ? Pourquoi l’Allemagne nazie, qui était une société répressive sur le plan sexuel, est-elle devenue érotique ? Comment un régime qui a persécuté les homosexuels est devenu part de l’érotique gaie ? Une des réponses réside peut-être dans la prédilection des chefs fascistes eux-mêmes pour la métaphore sexuelle. comme Nietzsche ou Wagner, Hitler considérait le pouvoir comme la maîtrise sexuelle des masses féminines comme le viol". Bien sûr, souligne S. Sontag, l’attirance sexuelle pour ces images nazies ne signifie pas un accord politique. "Néanmoins, il y a des courants sexuels puissants et grandissants, comme ceux que l’on appelle généralement le sadomasochisme qui rend érotique ce jeu avec le nazisme... Entre le sadomasochisme et le fascisme, il y a un lien naturel, "le fascisme est du théâtre" comme disait Gente. Comme l’est "la sexualité sadomasochiste" qui met en scène "une dramaturgie d’autant plus existante qu’elle est interdite au commun des gens". C’est le passé personnel qui peut être revécu dans la théatralisation SM ; ce peut être aussi le passé collectif : "il n’est pas étonnant que le sadomasochisme se soit ces derniers temps associé au symbolisme nazi : car jamais auparavant la relation des maîtres et des esclaves n’avait été si consciemment esthétisée".
Dans la littérature érotique, Sade bien sûr, mais, comme le montre Anne-Marie Dardigna c’est très présent dans la littérature érotique française depuis les années 30 et plus encore depuis la 2ème guerre mondiale, est mise en scène cette érotisation de la relation victime/bourreau, maître/esclave. Le fascisme, l’occupation nazie, les relations de classes, dans les oeuvres de Klossowsky, Bataille, Mandiargues, dans Histoire d’O etc. qu’elle étudie forment le cadre symbolique ou concret de ces récits : les maîtres ont un pouvoir social, politique, militaire, autant que sexuel, dans ces chateaux "d’Eros", selon le titre du livre, ces maisons closes, ces lieux où ils règnent sur leurs esclaves. Plus généralement, conclut A. M. Dardigna, tout se passe "comme si dans toute violence y compris la violence politique et sociale il y avait toujours du plaisir chez la victime autant que chez le bourreau. La fiction érotique justifie par la jouissance le maintien d’un ordre inégalitaire (...) Nous sommes aujourd’hui, avec la fortune que connaît l’érotisme, confrontés à un mouvement qui vise avant tout à restituer de la séduction au pouvoir".
On revient là à une question essentielle, déjà évoquée par Susan Sontag, les procédures d’érotisation de la domination et de l’assujettissement, qu’on peut voir à l’oeuvre aussi dans la pornographie et plus subtilement dans le discours sexologique dès ses origines (fin du XIXe siècle) selon l’analyse qu’en fait Sheila Jeffreys : ce discours institue le droit/devoir de jouissance des femmes dans les relations hétérosexuelles inégalitaires. En resituant dans ces contextes, notamment discursifs, le discours politique du sadomasochisme lesbien on peut considérer - c’est en tout cas mon point de vue - qu’il contribue lui aussi à renforcer cette idée de valeur érotique extrême à la relation de domination et d’assujettissement ainsi qu’à manipuler la notion de "consentement", dont on sait l’usage politique pour justifier le pouvoir des uns, sur les autres qui sont censés y "consentir". Dans une étude sur le sadomasochisme comme culte érotique du fascisme Sheila Jeffreys est amenée à réfléchir sur la construction de la sexualité féminine, lesbienne ou homosexuelle, dans une société hétérosexiste : la sexualité féminine est construite autour du sadomasochisme et les lesbiennes "n’en sortent pas indemmes". "Là où nous vivons sous l’oppression et où il y a peu de possibilités de relation égalitaires, nous avons peu d’alternatives, sauf de prendre le plaisir à notre oppression. La réponse la plus commune est d’érotiser notre absence de pouvoir en masochisme. A cause de l’hétérosexisme et de l’antilesbiannisme, nous nous sommes souvent développé-e-s en nous haïssant nous-mêmes et notre sexualité (...). Le fait que la sexualité soit une construction et non un donné naturel apporte un espoir : nous pouvons la reconstruire différemment..." Sheila Jeffreys poursuit son analyse en montrant comment cette érotisation, qui fonctionne pour beaucoup d’entre nous puisque notre sexualité a été construite dans ce système de suprématie masculine et sur une structure de sadomasochisme, doit être davantage réfléchie, ne serait-ce qu’à cause des contradictions qu’elle génère dans notre lutte : si nous sommes attiré-e-s par des images qui présentent des femmes ou d’autres êtres humains objectivés, humiliés, torturés, "nous n’avons pas de responsabilité pour la façon dont notre sexualité a été construite, mais nous avons une responsabilité totale sur la façon dont nous choisissons d’agir à ce propos : être affaiblies et découragées par ces images et nos réactions, ou transformer cela en colère et en combat" .
Je ne prétend pas explorer à fond cette question. Je laisse ces éléments pour un débat qui devrait se développer.
samedi 1 décembre 2007
Des majorettes dans l'espace
Des majorettes dans l’espace (1996) de David Fourier,
Un court-métrage...je ne veux rien déflorer - Mais dire quand même :Non! Ce n'est pas pornographique ; malgré cette femme nue en arrêt sur image(je n'aurais pas choisi ce photogramme,personnellement,ni celui de l'homme nu qui peut violenter la pudeur - le réalisateur avait-il dans son cahier des charges cette injonction? - moi j'aurai choisi un photogramme sur l'espace...)
sémaphore
jeudi 15 novembre 2007
la sexualité exige-t-elle la domination pour s’incrire comme sensation ?... Andrea Dworkin répond
Andrea Dworkin ne croit pas que tout rapport sexuel hétéro est un viol
Traduction de l’article de C. Johnson par M.Dufresne
jeudi 10 août 2006
par Charles Johnson
source : chiennes de garde
Rad Geek (Charles Johnson) est un webmestre proféministe qui, tous les lundis, démantèle dans sa chronique Internet « Mythe historique du lundi » une légende urbaine, un « mythe » aussi répandu que factice. En 2005, il s’est penché sur une notion uniformément attribuée à Andrea Dworkin.
Aujourd’hui, ma chronique « Mythe historique du lundi » fait un peu le pont entre le passé et l’actualité.
Le mythe en question est la scie éculée mais continuellement rabâchée selon laquelle Andrea Dworkin prétendrait que tout rapport sexuel hétéro est un viol. Eh ! bien non, elle ne prétend pas cela ; elle ne l’a jamais écrit ou dit, et l’a nié explicitement quand on lui a posé la question directement. Ce mythe est historique, en un sens, puisqu’il concerne l’issue de certains écrits clés du féminisme de la deuxième vague, durant les décennies 1970 et 1980. Il est d’actualité dans la mesure où le récent décès d’Andrea Dworkin (9 avril 2005) semble avoir relancé pour un tour cette affirmation idiote, qui continue à faire surface sans égard au nombre de fois où elle est démentie. Mais qu’on le perçoive comme du passé ou du présent, ce mythe demeure pure foutaise.
Si tant est qu’ils prennent la peine de citer quoi que ce soit de son oeuvre - ce qu’ils ne font habituellement pas - les diffamateurs de Dworkin citent habituellement hors de contexte une phrase de son livre Intercourse, habituellement, par exemple, quelque chose comme cet extrait :
« Un être humain a un corps qui est inviolé, et quand il est violé, il est agressé. Une femme a un corps qui est pénétré dans le coït ; perméable, sa solidité corporelle est un leurre. Le discours de la vérité masculine - la littérature, la science, la philosophie, la pornographie - appelle cette pénétration une violation. Il le fait avec une certaine cohérence et une certaine confiance. La violation est un synonyme pour le coït. En même temps, la pénétration est considérée comme une utilisation, pas un abus ; une utilisation normale ; il est approprié d’entrer en elle, de pousser à travers (« violer ») les limites de son corps. Elle est humaine, bien sûr, mais selon une norme qui n’inclut pas la vie privée physique. Elle est, en fait, humaine selon une norme qui forclos la vie privée physique, puisque tenir tout homme à l’extérieur pour de bon et pour la vie est déviant à l’extrême, une psychopathologie, une répudiation de la façon dont elle est censée manifester son humanité. »
- Andrea Dworkin, Intercourse, chapitre 7
Ou celui-ci :
« Mais la hiérarchie viriarcale des genres semble immunisée contre toute réforme, qu’elle soit justifiée par la raison ou par une vision ou par des changements de styles sexuels, soit personnels, soit sociaux. Cela tient peut-être à ce que le coït est lui-même immunisé contre toute réforme. La femme y est l’inférieure, stigmatisée. Le coït demeure un moyen ou le moyen d’inférioriser physiologiquement une femme : en lui communiquant cellule par cellule son statut d’infériorité, en le lui inculquant, en l’imprimant en elle par scarification, poussant et poussant sans relâche jusqu’à ce qu’elle cède - ce que le lexique mâle qualifie d’« abandon ». Dans l’expérience du coït, elle perd la capacité d’intégrité parce que son corps - fondement de la vie privée et de la liberté dans le monde matériel pour tous les êtres humains - est pénétré et occupé ; les limites de son corps physique sont - pour parler de façon neutre - violées. Ce qui lui est enlevé dans cet acte n’est pas récupérable, et elle passe sa vie - voulant, après tout, obtenir quelque chose - à faire semblant que le plaisir tient à être réduite à l’insignifiance par le biais du coït. »
- Andrea Dworkin, Intercourse, chapitre 7
Mais interpréter ces passages pour prétendre que Dworkin croit que tout rapport sexuel hétéro (ou tout coït) est un viol équivaut à un malentendu - soit parce que le lecteur ou la lectrice ne se voit servir que des passages comme ceux-là, hors contexte, dans un catalogue du genre ‘musée des horreurs’, soit parce qu’elle ou il n’accorde pas à Dworkin la générosité d’interprétation qu’elle ou il aurait n’importe qui d’autre. Ces deux conditions semblent hélas très communes ; de ce fait, les énoncés faits par Dworkin au sujet de la signification du coït sont couramment interprétés à tort comme des énoncés faits de sa propre voix (in propria voce) quand il s’agit en fait d’énoncés sur la signification attribuée au coït par la culture viriarcale (male-supremacist) et imposée par les conditions matérielles (vulnérabilité économique, violence) que vivent les femmes sous le patriarcat. Il s’agit de significations que Dworkin entend critiquer, entre autres choses. (Toute personne qui a dû rédiger une exposition détaillée d’une perspective systématique dont elle disconvient pourrait probablement être interprétée à tort de la même façon.)
L’argumentation que déploie Dworkin dans Intercourse ne dit pas que les caractéristiques anatomiques du coït en font l’équivalent d’une coercition. Dworkin n’a aucune tolérance pour l’essentialisme biologique - ce que devrait savoir toute personne ayant lu des essais comme son « Biological Superiority : The World’s Most Dangerous and Deadly Idea ». Intercourse n’est pas un manuel d’anatomie ; c’est un examen du coït comme pratique sociale et comme expérience vécue pour les femmes, dans les conditions culturelles et matérielles d’une société viriarcale. Lorsqu’elle décrit le coït comme, par exemple, une occupation, elle ne veut pas dire que l’acte biologique lui-même implique une occupation ; elle parle du coït comme il est constamment dépeint dans une culture viriarcale et comme il est constamment agi dans une société où le viol et une sexualité phallocentrique sont défendus à l’extrême, excusés culturellement et même valorisés. Cela ne signifie pas que l’égalité exige la fin du plaisir sexuel ou, spécifiquement, du coït hétérosexuel ; cela signifie qu’elle exige un changement radical de la façon dont il est pensé et approché (Dworkin soutient que cela impliquera, entre autres, une sexualité qui ne soit pas centrée sur le coït de façon monomaniaque ; mais ça, c’est une autre revendication).
Dans des passages comme le second, Dworkin répond aussi aux libéraux sexuels (sexual liberals) et à certaines féministes (dans ce cas, Victoria Woodhull) qui posent plus ou moins en principe la légitimité de la sexualité centrée sur le coït et du coït tel qu’il est couramment pratiqué - et qui tentent de résumer toute perspective éthique sur la question à une discussion strictement limitée au consentement formel ou (dans le cas de Woodhull) à quelque notion plus robuste de l’autonomie sexuelle des femmes, et cela sans contester la centralité culturelle du coït ou la façon dont le coït est systématiquement façonné et mandaté par les conditions culturelles et matérielles environnantes que les hommes imposent aux femmes dans une société patriarcale. C’est une question de contexte ; et en parlant du coït tout autant qu’en lisant le livre, le contexte ne devrait pas être mis de côté comme tactique pour imposer ses vues, quelles qu’elles soient.
Si je devais tenter de résumer brièvement ce que dit Dworkin, je proposerais le digest suivant, beaucoup trop sommaire, de ses principales thèses. Elle dit :
- 1 que la culture patriarcale fait du coït hétérosexuel l’activité paradigmatique de toute sexualité ; les autres formes de sexualité sont habituellement traitées comme « pas de la véritable sexualité » ou comme de simples préliminaires au coït, constamment discutées en des termes qui les limitent à une comparaison au coït ;
- 2 que le coït hétérosexuel est typiquement décrit de façons systématiquement phallocentriques qui dépeignent cette activité comme initiée par et pour l’homme (comme la « pénétration » de la femme par l’homme, plutôt que comme l’« engloutissement » de l’homme par la femme, ou le fait pour la femme et l’homme de « se joindre » - cette dernière idée est représentée par le mot « copulation », mais celui-ci est rarement utilisé dans le langage courant au sujet des hommes et des femmes) ;
- 3 que les attitudes culturelles reflètent et renforcent des réalités matérielles comme la prévalence de la violence exercée contre les femmes et la vulnérabilité de beaucoup de femmes à la pauvreté extrême, réalités qui contraignent substantiellement les choix des femmes en ce qui concerne la sexualité et particulièrement le coït hétérosexuel ;
- 4 que les éléments (1) à (3) constituent un obstacle sérieux au contrôle des femmes sur leurs vies et leurs identités, obstacle à la fois très intime et très difficile à surmonter ;
- 5que le coït tel qu’il est actuellement pratiqué a lieu dans le contexte social des éléments (1) à (3) et donc que le coït, à titre d’institution sociale réelle et d’expérience réelle dans les vies individuelles des femmes, est façonné et contraint par des forces politico-culturelles et non par le seul fait de choix individuels ;
- 6 donc, que le fait de réduire toute perspective éthique sur la sexualité au seul consentement formel individuel plutôt que de considérer les conditions culturelles et matérielles qui encadrent cette sexualité et ce consentement formel, empêche les libéraux et certaines féministes qui écrivent sur la sexualité de percevoir la vérité de (4) ;
que -7 ces personnes en viennent à collaborer, soit par négligence, soit par adhésion, avec le maintien de (1) à (3), au détriment de la libération des femmes ;
et - 8 que la politique féministe exige de contester ces écrits et (1) à (3), c’est-à-dire de contester le coït tel qu’il est habituellement pratiqué dans notre société. Cependant, bien que j’espère que ceci clarifie un peu les choses, vous devriez vraiment lire vous-même le livre pour comprendre ce qui se passe.
Ce mythe en est un qu’Andrea a combattu durant des années. Voilà ce qu’elle avait à en dire dans une entrevue accordée en 1995 à l’écrivain Michael Moorcock :
« Michael Moorcock : Après Right-Wing Women et Ice and Fire, vous avez écrit Intercourse. Un autre livre qui m’a aidé à clarifier des aspects confus de mes propres relations sexuelles. Vous soutenez que les attitudes en matière de coït conventionnel consacrent et perpétuent l’inégalité sexuelle. Plusieurs critiques vous ont accusée d’affirmer que tout coït était un viol. Je n’ai trouvé d’indice de cela nulle part dans le livre. Est-ce bien ce que vous disiez ?
Andrea Dworkin : Non, je ne disais pas cela et ne l’ai dit, ni à cette époque, ni jamais. Il y a une longue partie de Right-Wing Women dédiée au coït dans le mariage. Mon argument était que, tant que la loi autorise une exemption statutaire du mari de toute accusation de viol, aucune femme mariée n’est légalement protégée du viol. J’ai aussi soutenu, à partir d’une lecture de nos lois, que le mariage mandatait le coït - c’était obligatoire, un élément du contrat de mariage. Dans ces circonstances, ai-je dit, il était impossible d’envisager le coït dans le mariage comme l’acte libre d’une femme libre. J’ai dit que lorsque nous examinons la libération sexuelle et la loi, nous devons regarder non seulement quels actes sexuels sont interdits mais également quels sont ceux qui sont imposés.
Toute la question du coït comme expression ultime de la domination masculine pour notre culture en est venue à m’intéresser de plus en plus. Dans Intercourse, j’ai décidé d’approcher le sujet comme une pratique sociale, une réalité matérielle. Cela tient peut-être à mon histoire personnelle mais je crois que l’explication sociale de la calomnie selon laquelle j’associerais toute sexualité à un viol est différente et probablement simple. La plupart des hommes et bon nombre de femmes ressentent du plaisir sexuel dans l’inégalité. Comme le paradigme de la sexualité en a été un de conquête, de possession et de violation, je crois que beaucoup d’hommes sont convaincus d’avoir besoin d’un avantage injuste, qui à l’extrême serait appelé le viol. Je ne crois pas qu’ils en ont besoin. Je crois que le coït et le plaisir peuvent et vont tous deux survivre à l’égalité.
Il est important de dire, aussi, que les pornographes, et particulièrement Playboy, ont publié la calomnie ‘toute sexualité est un viol’ de façon répétée depuis des années, et elle a été reprise par d’autres publications comme Time qui, invité à justifier cette affirmation, n’a pu citer une seule source de cette assertion dans mon oeuvre. »
Et voici ce qu’elle et Nikki Craft ajoutent sur la page Web intitulée « Andrea Dworkin Lie Detector » :
« Dans une nouvelle préface à l’édition du dixième anniversaire d’Intercourse (1997), Andrea explique ce pourquoi ce livre continue à être interprété erronément, à son avis :
[Si] l’expérience sexuelle de quelqu’un a toujours été, sans exception, basée sur la domination - non seulement des actes manifestes mais aussi des a priori métaphysiques et ontologiques - comment peut-il lire ce livre ? La fin de la domination masculine signifierait - à l’esprit d’un tel homme - la fin de la sexualité. Si l’on a érotisé un écart de pouvoir qui autorise la force comme élément naturel et inévitable du coït, comment peut-on comprendre que ce livre ne dit pas que tous les hommes sont des violeurs ou que tout coït est un viol ? L’égalité dans le champ de la sexualité est une idée antisexuelle si la sexualité exige la domination pour s’inscrire comme sensation. Bien que cela m’attriste de le reconnaître, les limites du vieil Adam - et le pouvoir matériel qu’il possède encore, notamment dans le monde de l’édition et des médias - ont imposé des limites à la parole publique (tant celle des hommes que des femmes) au sujet de ce livre. [pages ix-x]. »
J’espère que ce texte a contribué un peu à éclaircir la question. Ce traitement peut sembler un brin superficiel, tant la question a déjà été traitée, par le web-magazine feministe, entre autres, et bien sûr par Andrea Dworkin elle-même (via les créations Web de Nikki Craft). Néanmoins, ce mythe ne cessant de resurgir, je crois que cela vaut la peine de continuer à river le clou et - à tout le moins - de rédiger quelque chose pour Google sur la question et de rendre un peu plus repérables par Google d’autres articles qui traitent du même problème. Si j’arrive à démanteler ce mythe dans la tête d’au moins une personne, je serai vraiment heureux ; et si j’arrive à convaincre une ou deux personnes de prendre la peine de lire Intercourse avant de se mettre à réclamer à hauts cris son autodafé, alors je serai tout à fait aux anges.
Auteur : Charles Johnson, le 10 janvier 2005
Texte original : Rad Geek People’s Daily
Ce texte a été traduit et légèrement adapté de l’anglais par Martin Dufresne et il est diffusé avec la permission de Charles Johnson, qui en autorise toute utilisation sans frais aux termes du protocole copyleft, à savoir que toute personne ayant en main le texte (dans ce cas-ci, sa traduction) est autorisée à en faire libre usage à condition d’en créditer l’auteur et de laisser le texte sous copyleft



