Affichage des articles dont le libellé est Simone de Beauvoir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Simone de Beauvoir. Afficher tous les articles

samedi 30 août 2008

No kid, Corinne Maier [extrait]

« Nous vivons dans une société de fourmis, où travailler et pouponner modèle l'horizon ultime de la condition humaine. Le travail est l'opium du peuple, les enfants seraient-ils sa consolation ? Une société pour laquelle la vie se limite à gagner son pain et à se reproduire est une société sans avenir et sans rêves. Avoir un enfant est le meilleur moyen d'éviter de se poser la question du sens de la vie, puisque tout tourne autour de lui : il est un merveilleux bouche-trou à la quête existentielle. Mon fils, ma bataille, comme le chantait Daniel Balavoine ; c'est bien joli, mais si vous n'avez pas d'autres batailles, votre vie se réduit à pas grand-chose. (...) Répondre à la question du sens de la vie en se reproduisant, c'est transférer la question à la génération suivante. S'abstenir d'y répondre, ou au moins d'essayer, n'est-ce pas la pire des lâchetés ? »

No kid, Corinne Maier
lu sur http://chaminou.blogg.org/

"Que l'enfant soit la fin suprême de la femme, c'est là une affirmation qui a tout juste la valeur d'un slogan publicitaire".
Simone de Beauvoir

lire d'autres extraits ici : http://perrinesexprime.canalblog.com/archives/_feminisme/index.html

mardi 3 juin 2008

Un curieux silence de Simone de Beauvoir par Marie-Jo Bonnet

Un curieux silence de Simone de Beauvoir

par Marie-Jo Bonnet

"...ça me fait quand même drôle d'être passionnément aimée de cette manière féminine et organique par deux personnes : Védrine (...) et Sorokine... “ "Lettre à Sartre, 1939.

La publication du Journal de Guerre de Simone de Beauvoir, de ses Lettres à Sartre et des Mémoires d'une jeune fille dérangée de Bianca Lamblin , ont permis de désocculter un curieux silence chez l'auteur du Deuxième sexe, dont on célèbre cette année le cinquantenaire : son rapport intime au lesbianisme.

On sait maintenant que Simone de Beauvoir a eu des relations charnelles avec des femmes, "des passions organiques", vécues généralement avec ses anciennes élèves. On sait aussi que sa vie amoureuse a été structurée autour du trio, et non du couple, un trio qui comprenait d'une part un "amour nécessaire" avec Sartre, et ce qu'elle appelait les "amours contingentes" avec des femmes. Or la question qui se pose après ces révélations posthumes est pourquoi la philosophe existentialiste a caché sa "bisexualité" alors qu'elle plaça la vérité au fondement de sa morale de l'authenticité.

Doit-on y voir une réaction à l'homophobie de la société française, qui l'a marquée dès son adolescence à travers la mort de son amie Zaza pour qui elle éprouvait des "émotions non codifiées" . Pendant la guerre, également, Simone de Beauvoir est victime de l'idéologie vichyssoise du "Travail- Famille - Patrie", puisqu'elle est suspendue de l'Education Nationale à la suite d'un plainte de la mère d'une de ses élèves pour "détournement de mineure", plainte qui déboucha pourtant sur un non-lieu. Si elle prend acte de l'homophobie dans Le Deuxième sexe en présentant les lesbiennes comme "celles qui choisissent les chemins condamnés", on s'aperçoit cependant qu'elle n'en fait pas l'analyse, se contentant de rectifier les fausses certitudes de la psychanalyse sur les lesbiennes "viriles" et "féminines, tout en encadrant sa réhabilitation de la "volupté lesbienne" de sérieuses restrictions puisqu'elle conclue quasiment le chapitre en disant : "Rien ne donne une pire impression d'étroitesse d'esprit et de mutilation que ces clans de femmes affranchies" .

On voit comme la philosophe Simone de Beauvoir n'était pas prête à se reconnaître dans la lesbienne. Tout en elle se cabre à cette idée, à commencer par sa conception de l'émancipation féminine qui est d'abord pour elle une aventure intellectuelle menée dans la confraternité masculine et consolidée par l'indépendance économique. Eros lesbien et royaume de l'Esprit sont tellement opposés chez elle, que même pendant les années M.L.F. où les lesbiennes ont enfin pris la parole publiquement, Simone de Beauvoir ne dira jamais un mot de soutien, préférant s'engager dans le combat pour l'avortement (qui ne la concernait pas personnellement, si l'on en croit ses mémoires), plutôt que dans la libération homosexuelle. Je l'ai rencontrée plusieurs fois à cette époque, dans le cadre d'un groupe d'historiens qui préparait des émissions de télévision devant avoir lieu sur "Sartre dans le siècle", et jamais nous n’avons pu en parler, bien que je l'aie questionnée sur Violette Leduc au moment où je commençais ma thèse sur l'amour entre femmes.

Ce silence sur l'homosexualité a une raison, et s'explique à mon avis bien plus par ses idées philosophiques que par une quelconque peur de la "chiennerie française" . Le matérialisme existentiel, qui fonde son analyse de l'oppression des femmes, barre tout ancrage de l'amour lesbien dans une dynamique émancipatrice. Car si la femme est l'Autre de l'homme, si la féminité est socialement construite - un mythe, démontre-t-elle dansLe Deuxième sexe -, si enfin l'amour est une aliénation librement consentie - voir son portrait sidérant de l'amoureuse -, comment une femme pourrait-elle construire son identité de sujet libre à travers un amour pour une autre femme ? C'est impossible, et l'on comprend pourquoi une telle vision de la femme "relative" ne peut déboucher sur une analyse de l'homophobie. Il faudrait que "l'essence" ne succède pas à l'existence , qu'elle lui soit au moins co-originaire pour que le désir homosexuel soit inclus comme une des dimensions de l'identité humaine.

La phrase introduisant le chapitre du Deuxième sexe sur la lesbienne est révélatrice de cette position identitaire intenable qu'eut Beauvoir de l'après-guerre jusqu'à sa mort en 1986. "... la femme est toujours frustrée en tant qu'individu actif, écrit-elle. Ce n'est pas l'organe de la possession qu'elle envie à l'homme, c'est sa proie". Voilà des mots extrêmement révélateurs de sa relation à la femme désirée et au monde masculin. La femme est une "proie" sexuelle, un objet de consommation, voir de dévoration, et d'ailleurs, les métaphores alimentaires jaillissent sous sa plume quand elle évoque la nuit passée avec une de ses jeunes amantes, comme en 1939 où elle écrit : "Nuit pathétique - passionnée, écoeurante comme du foie gras..." .
On imagine dans quelles contradictions Simone de Beauvoir dut se débattre. Une avidité existentielle sans borne qui inclue la volupté féminine, une passion absolue pour Sartre qui lui impose amantes qu'elle "partage" avec lui. Enfin, un dégoût de la féminité conçue comme pur produit de la domination ne l'ont guère aidée à lever le silence sur sa praxis lesbienne. Mais c'est peut-être encore plus son système philosophique qui fit obstacle, tant il est vrai que l'Esprit est la vraie demeure de nos "émotions non codifiées".

Marie-Jo Bonnet
(paru dans Ex Aequo n°27, avril 1999)

mercredi 28 mai 2008

Simone de Beauvoir, la femme devenue femme : Castor de Guerre [citations]


Simone de Beauvoir, la femme devenue femme


Avec Danielle Sallenave.

Simone de Beauvoir est philosophe et femme de lettres française. Elle a partagé la vie et les idées du philosophe Jean-Paul Sartre et s'est attachée au combat pour la condition des femmes. Parmi son œuvre très dense, elle a notamment publié aux éditions Gallimard Le deuxième sexe, Mémoires d’une jeune fille rangée ; Les mandarins ; La force des choses.

Danièle Sallenave est auteur, normalienne et agrégée de Lettres, ancienne lauréate du prix Renaudot et membre du jury Femina. Elle fait de ses romans des lieux où les destins de femmes se croisent et s'affrontent, ainsi qu'un espace d'analyse des grandes questions de notre temps. Elle est également traductrice, et a collaboré au journal Le Monde et aux revues Le Messager européen et Les Temps modernes. Elle a notamment publié La Fraga (éd. Gallimard), Les portes de Gubbio (éd. Hachette) et plus récemment Castor de guerre (éd. Gallimard).

Dimanche 1er juin à 11h30 - à l'Opéra Comédie


Animé par Philippe Lapousterle.

source : http://www.comediedulivre.montpellier.fr/pages/?page=271&id_page=1252

Une biographie certes, mais aussi un remarquable ouvrage sur le XXème siècle (siècle des extrêmes)
"Un siècle où les intellectuels français avaient encore un rôle,
celui des grandes consciences,
généreuses, intrépides, jusqu'à l'aveuglement parfois..."

Danièle Sallenave écrit : "C'est là que se joue la tragédie des intellectuels : ne pas avoir imaginé
qu'on voulait peut-être les tromper et user d'eux
comme des relais de diffusion
de "vérité" du "Parti" (Mao)

Castor de guerre
Danièle Sallenave

J'ai beaucoup aimé cet ouvrage et j'avais envie de vous en livrer quelques notes que voici :

"C'est l'argent qui introduit le poison de l'inégalité dans le monde quand il devient
le mobile unique ou presque de tous les actes" (Simone Weill - 1940)

"On serait tenté de coucher avec un inconnu pour être dans l'instant"
"Sartre est un amour "nécessaire"...
"Il me semblait que la terrre n'aurait pas été habitable si je n'avais eu personne à admirer"
"Le bonheur lui-même, comme tout le reste, ne s'obtient, ni ne se maintient sans
lutte... être malheureux, c'est vouloir l'être ou du moins y consentir".
(Simone de Beauvoir)

(Un petit rappel : 1944 : droit de vote pour les femmes
1965 : la femme peut ouvrir un compte bancaire en son propre nom.....!!!")


"Les femmes ne sont pas assignées au service de l'espèce "
de
Camus, elle dit : "Camus est un idéaliste moraliste et anticonformiste qui défend
de plus en plus résolument les valeurs bourgeoises..."

Le Castor pose à ce qu'elle appelle une "vie réussie" des conditions si singulières
et si élevées que la plupart des vies ordinaires sont pour elle des vies "râtées" -
pire "absurdes", dénuées de sens..."

SdB dit aussi en 1962 : ..."la France est en train de devenir une sorte d'Amérique.
Ce qu'elle voit par la fenêtre, c'est l'homme et la femme de "l'organisation". Il va
au travail, elle va aux provisions ; elle promène le chien le matin, le soir, c'est le mari.
Et le dimanche ils vont soit à la messe soit en pique-nique..."

Elle déteste vieillir : "Mon ancienne tête où une vérole s'est mise dont je ne guérirai pas..."
"La vieillesse m'infecte aussi le coeur".
Depuis l'adolescence, le Castor est hantée par les images du vieillissement et du déclin.
Aujourd'hui, (lorsqu'elle a 60 ans) c'est une perspertive immédiate, une menace proche...

Simone de Beauvoir dit : "la Société traite les vieillards en parias"... ce qu'on rejette en eux
c'est que ce sont des bouches inutiles dans une société hantée par le profit, et dominée
par la quête de la jouissance et de la jeunesse éternelle.

Danièle Sallenave : "35 ans plus tard, dans nos sociétés postindustrielles, cette dénégation tourne
à la névrose : le désir fou d'être immortel, et immortellement jeune, a pris la forme concrète
d'une recherche éperdue de solutions miracles. ....
La hantise du rendement, la rareté des places en multiplient encore les effets :
pour chaque "jeune", un "vieux" est une menace, un emploi confisqué,
de l'argent et du temps inutilement gaspillés...."


Nous sommes au XXIème siècle... beaucoup de choses ont changé...

jeudi 6 mars 2008

Beauvoir revue et corrigée par castor


Beauvoir revue et corrigée par castor
source : http://blogfeministe.skyrock.com/

"On ne naît pas femme, on le devient"... En écrivant cette phrase Beauvoir n'était peut-être pas conscience de toutes les remises en question auxquelles elle allait ouvrir la voie. Il faut croire que cette petite phrase a encore du mal à être avalée, presque soixante ans après. Quand elle est réellement comprise (car elle donne souvent malheureusement lieu à un contresens).

Il y a quelques semaines, Le Figaro publiait un article opposant Sagan à Beauvoir. Que Le Figaro s'en prenne à Beauvoir, qui n'a cessé pendant toute sa vie de dire du mal de la droite, ce n'est pas surprenant. Mais la malhonnêteté intellectuelle a des limites. Comparant les manières d'écrire des deux auteures, Le Figaro qualifie la phrase sus-citée de "plate" puis cite une phrase ampoulée de Sagan pour écraser Beauvoir. Je copie-colle le chef d'oeuvre :

L'idéologie ou la vie ? Incontournable, le célèbre : « On ne naît pas femme, on le devient », du Deuxième Sexe. On ne fait pas plus plat, passe-partout. Chez Sagan, la première phrase de Bonjour tristesse plante déjà la grâce de son style (« Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse »), mais celles qui suivent ne sont pas mal non plus : « C'est un sentiment si complet, si égoïste que j'en ai presque honte alors que la tristesse m'a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l'ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd'hui, quelque chose se replie en moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres. » La grande classe.

C'est tellement ridicule que ça en serait drôle si ce n'était pas écrit sérieusement. La phrase de Beauvoir, plate, passe-partout ? On peut ne pas adhérer à ce que sous-entend cette phrase, on peut ne pas la comprendre, mais je ne crois pas qu'on puisse y être indifférent-e.
Que disait Benoîte Groult, déjà ?

"Paradoxalement, c'est peut-être de l'excès même de simplicité de son style, de ce désir maintes fois exprimé chez elle de répudier toute afféterie, toute recherche du brillant, du sensationnel, qu'est née sous sa plume cette phrase dont la violence dans la brièveté confine au génie. On signifie difficilement plus en si peu de mots."

Voilà une autre vision de cette petite phrase au style "plat" et "passe-partout" qui a changé la vie et la vision du monde de tant de personnes, à commencer par les miennes...

Mais il y a d'autres manières, plus sournoises, de s'en prendre à Beauvoir. Julia Kristeva a répété à longueur d'interviews radiophoniques ou dans la presse, ou au dernier colloque sur Beauvoir, les mêmes propos. Selon elle, avec "les avancées de la biologie" (lesquelles ? Elle ne le précise pas...), la phrase de Beauvoir n'est plus d'actualité. Plus vicieux encore, Julia Kristeva s'appuie sur la vie de Beauvoir pour contredire les thèses de celle-ci : la vie sexuelle de Beauvoir et Sartre prouverait "la divergence des désirs sexuels masculin et féminin" (depuis quand Sartre est-il représentatif de tous les hommes, et Beauvoir de toutes les femmes ?).

Danièle Sallenave, qui a publié récemment un livre consacré à Beauvoir, Castor de guerre, a, elle, déclaré à plusieurs reprises, des trucs du genre : "Contrairement à ce qu'on affirme, Beauvoir n'a jamais nié la différence entre les hommes et les femmes ! Au contraire, elle a écrit qu'elle n'avait jamais été mécontente d'être une femme, et même qu'elle s'en réjouissait !". Certes, certes. Mais pourquoi Mme Sallenave oublie-t-elle de préciser que pour Beauvoir, les différences entre hommes et femmes - hormis les différences biologiques - étaient d'ordre culturel et non naturel ? Qu'est-ce qui peut bien valoir à Beauvoir ce petit lifting essentialiste, sinon de la malhonnêteté visant à aseptiser sa pensée anti-essentialiste ?

Beauvoir en entretien avec Francis Jeanson (extrait de Simone de Beauvoir ou l'entreprise de vivre) :

"on fait de moi tant de choses ! (...) il est certain qu'il y a des quantités de fausses interprétations de mon féminisme. Seulement, celles qui sont fausses à mes yeux, ce sont celles qui ne sont pas radicalement féministes : on ne me trahit jamais quand on me tire vers... le féminisme absolu, si vous voulez."

Il n'y a pas que les fesses de Beauvoir qui ont été revues et corrigées en couverture du Nouvel Observateur : ses idées finissent par être mal comprises, ou déformées volontairement, à l'aide de phrases citées en dehors de leur contexte, de malhonnêteté intellectuelle cherchant à déconsidérer les idées défendues par Beauvoir en prétendant que celle-ci n'aurait pas vécu en accord avec ses propres convictions (le livre Beauvoir dans tous ses états
http://blogfeministe.skyrock.com/article_1224461500.html
évoque plusieurs articles dans la presse usant de procédés malhonnêtes de ce style). Malheureusement Beauvoir n'est plus là pour répondre elle-même aux personnes qui, en prétendant l'attaquer ou la comprendre mieux que les autres, dissimulent leur conservatisme. Mais que l'on ne se méprenne pas, les féministes radicales qui ont su faire prospérer les thèses de Beauvoir n'ont pas dit leur dernier mot.