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jeudi 11 septembre 2008

Les mains devraient protéger pas frapper [pétition]


Pétition :
http://www.coe.int/t/transversalprojects/children%5CSignatureOnline/form_fr.asp

Dans la plupart des pays européens, la société tolère, et même approuve, certaines formes courantes de violence à l’égard des enfants, notamment celles infligées dans le cadre familial.

Toutefois, aucune religion, croyance, situation économique ou méthode «éducative» ne saurait justifier coups, gifles, fessées, mutilations, mauvais traitements, humiliations ou toute autre pratique portant atteinte à la dignité de l’enfant. Les instruments internationaux des droits de l’homme reconnaissent aux enfants le droit à une protection contre toutes les formes de violence, notamment les châtiments corporels, et ceci dans tous les environnements (maison, école, établissements pénitentiaires, structures d’accueil alternatives).

Châtiment corporel ...

Rien ne peut justifier la violence à l'égard des enfants




"Je suis contre la violence hypocritement appelée éducative. C’est donner un signal social que la violence physique au sens large est légitime en famille, cela rejaillit sur la réalité : les enfants sont les premières victimes de la violence familiale ..."
Emelire


La Protection de l'enfance Tél : 119

Allô Enfance Maltraitée a été créé par une loi relative à la protection de l'enfance.
Mais au fait, qu'est-ce que la protection de l'enfance ? Est-ce que les enfants sont vraiment protégés ?

Pour en savoir plus, nous proposons de partir à la découverte de ce dispositif.
Pour cela, il suffit de sélectionner la rubrique qui vous intéresse.

La convention internationale des droits de l'enfant

La protection de l'enfance, c'est quoi ?

Adresses d'associations pour en savoir plus

En danger, un numéro pour en parler le 119

mercredi 23 avril 2008

jeudi 10 avril 2008

L’extrême droite, ça fait mâle ! par Claudie Lesselier sur europrofem



Charlotte Rampling
Portier de nuit
(Il Portiere di notte)
de Liliana Cavani


L’extrême droite, ça fait mâle !

Publié le 26 septembre 2007
par dandi - Mauvaise herbe

L’extrême droite, ça fait mâle !

Par Claudie Lesselier sur http://www.europrofem.org/start_fr.htm

L’extrême droite - ou même les extrêmes droites -, termes commodes mais dont l’usage tend à séparer les théories, pratiques, discours, valeurs de ces groupes d’avec l’ensemble de la société où ils prennent place. En fait, dans les politiques d’extrême droite, on voit comme dans un miroir grossissant l’interaction du sexisme et des racismes, des pensées biologisantes et du nationalisme, de la domination de classe, de la violence, tant de l’Etat que d’instances "privées" - on voit la radicalisation de notions, d’images, de mythes, qui sont répandus dans toutes les structures de domination et peuvent être même reproduits dans les mouvements de libération. C’est sans doute un peu dans cette perspective que le mouvement des femmes a souvent tendu à montrer le fascisme comme "quotidien" : fascisme dans le viol et dans la pornographie, fascisme dans le culte de la virilité et de la force que mettent en oeuvre les groupes d’hommes - armée, police, supporters de club de foot etc. , fascisme des institutions autoritaires des politiques et des pratiques d’appropriation et de contrôle du corps de l’autre, fascisme aussi, est-il dit plus récemment dans les technologies génétiques qui raniment les projets de l’eugénisme... Cette extension du terme risque t-elle de banaliser la spécificité du fascisme, mouvement ou état, et l’ampleur de leurs crimes ? Ou permet-elle de montrer que ses violences extrêmes et organisées ont des racines dans le quotidien des modes de vie, de rendre visible (sous une forme peut-être discutable) la violence si souvent cachée qui règne dans les sociétés dites consensuelles et les Etats démocratiques ? Il faudra sans doute en reparler. L’extrême droite renvoie donc à l’ensemble du quotidien de nos sociétés et des idéologies : elle renvoie aussi à l’histoire - à un passé, guère lointain, dont l’analyse, et la mémoire même est toujours un enjeu, dont les références sont toujours présentes dans les conflits d’aujourd’hui : pour ne parler ici que de la France, pensons au poids des traditions nationalistes, xénophobes, antisémites, catholiques ou populistes qui construisent ce qui a pu être appelé "le fascisme aux couleurs de la France". Pensons au régime de Vichy (l’ordre moral, l’exécution des femmes, l’embrigadement des jeunes, les lois racistes et les déportations) ; et enfin au colonialisme (les guerres coloniales, la torture, le racisme, Ecole de la Génération qui aujourd’hui anime le Front National et la mouvance néo-nazie). Un passé, vraiment ???

Cette intervention ne vise pas à aborder tous ces problèmes, sur lesquels d’ailleurs nombre d’études sont disponibles. Plus précisément, je vais d’abord faire un bref rappel des points de vue des extrêmes droites aujourd’hui en France à propos des femmes et de l’homosexualité. Ce qui me conduit à une deuxième partie qui présente l’existence et les thèses d’un groupe d’homosexuels néo-nazi, actif aujourd’hui en France et en Allemagne Fédérale ; un tel groupe rappelle la dimension masculiniste du fascisme, comme ordre sexuel et esthétisation des rapports de domination, ce qui forme la dernière partie de cet exposé.

EXTREMES DROITES : L’ORDRE PATRIARCAL

Malgré leur relative diversité, les extrêmes droites ont au moins deux points communs en ce qui concerne les femmes : la légitimation de leur subordination et de leur assignation à un rôle spécifique au nom de la "nature" (éventuellement la tradition) - leur invisibilisation en tant que sujets politiques (elles sont les objets d’un discours ou le lieu d’une transmission mais elles n’existent pas en tant que telles). Ce qui n’est pas antagonique avec le fait que le fascisme cherche à mobiliser "les masses" donc les femmes aussi, sur des bases spécifiques. Mais en France, aujourd’hui les femmes n’apparaissent à thème central dans les discours d’extrême droite, ni une cible privilégiée (ce qui peut être dû en partie à la faiblesse actuelle du Mouvement féministe) ni un lieu de recrutement. Bien sûr, il y a des femmes au Front National et même une organisation liée au Front, le Centre National des Femmes d’Europe, dans divers réseaux, clubs et groupuscules de la Nouvelle Droite, et des associations nombreuses qui développent l’influence des extrêmes droites dans de nombreux espaces sociaux (catholiques intégristes, parents d’élèves des écoles libres, UNI, etc.). Elles ne jouent qu’un rôle assez secondaire. De même, il est très net que l’électorat du FN est majoritairement, et de plus en plus, masculin : aux élections européennes de 1984, 14% des hommes et 8% des femmes, au premier tour des présidentielles de 1988, 18 % des hommes et 10 % des femmes ont voté pour le FN.

Quel que soit le silence ou l’invisibilisation des femmes, la défense de l’ordre patriarcal est un élément structurel des programmes et des systèmes de pensée d’extrême droite. Le cas du Front National est bien connu, par son apologie de la famille, et des "valeurs traditionnelles", son hostilité au droit à l’avortement et à l’homosexualité. La famille apparaît dans les propos de Le Pen et des autres membres du Front comme la cellule de base de la société, le lieu où se créent les disciplines et la morale emblématiques des structures plus larges, l’entreprise (organisée sur le même modèle chez le coorporatisme) et la nation. A travers de multiples métaphores, Le Pen oppose systématiquement le "chez nous", traditionnel, naturel, identitaire, à l"étranger", aux changements, aux mélanges. Enfin la "virilité", ne serait-ce qu’à travers les images ou les plaisanteries, la mise en scène des mythiques et du personnage de Le Pen est la "valeur" à opposer à la "décadence" à "l’invasion étrangère", au "désordre" : on reconnaît un thème banal qui fut celui de la Révolution Nationale de Vichy : face à une France affaiblie, "vautrée" dans la facilité, "féminisée", le sauveur appelle à un sursaut "viril", à la "jeunesse ", à la "lutte".

Les femmes donc n’existent que dans leur place traditionnelle, leur fonction de reproduction et d’éducation, et cela dans le cadre de la dichotomie fondamentale du discours du Front national, celle entre "français" et "immigrés" : les femmes françaises sont incitées à faire des enfants et à se consacrer au foyer ; par contre différentes mesures visent à dissuader les femmes étangères (programme visant à supprimer les allocations familiales, à limiter les places dans les crèches et les écoles) d’avoir des enfants. Le directeur de campagne électorale de Le Pen, Bruno Maigret, disait très clairement : "les deux plus graves problèmes que connaît la France sont l’immigration et la dénatalité". Autre tentative de liaison du sexisme et du racisme : l’idée prétendue que la violence contre les femmes viendrait principalement des hommes étrangers, façon donc de nier le sexisme, subtil ou violent, des hommes français, et de tenter de manipuler les femmes dans cette idéologie sécuritaire. Cependant ce thème n’a pas été très développé : manque d’efficacité sans doute ... Autre mouvance de l’extrême droite : la dite "nouvelle droite" qui en fait véhicule de bien vieilles valeurs sous des références culturelles qui se veulent à la mode : celles de la "différence" (biologique, psychologique, etc.) entre hommes et femmes (comme d’ailleurs entre ce que les rédacteurs d’Eléments ou Nouvelle Ecole nomment "ethnies" - le mot "race" devenant un peu trop lourd à assumer !) et de la complémentarité nécessaire des rôles et des fonctions, facteurs de la civilisation "indo-européenne". Je renvoie à d’autres textes sur cette question.

Enfin quand les extrêmes droites parlent de l’homosexualité, c’est le plus souvent de l’homosexualité masculine qu’il s’agit : "pratiques contre-nature", propagatrices du SIDA, danger social, désordre, facteur de décadence... Comme dans les extrêmes droites historiques, le lesbianisme est invisibilisé, pas pris au sérieux en tant que contestation de l’ordre social-sexuel. L’homosexualité masculine est considérée comme une transgression des normes de la virilité et du rôle sexuel masculin : les hommes de l’extrême droite reprennent l’image de l’homosexuel comme "efféminé" alors que cependant la culture gaie contemporaine s’identifie très souvent des valeurs et des apparences "viriles", sinon "machistes". Et s’il y a là des gais proches des groupes d’extrême droite, c’est précisément autour de ces valeurs-là. L’hostilité déclarée à l’homosexualité masculine est un des modes de fonctionnement du monde homosocial masculin (armée, église, pouvoirs - et ces groupes fascistes) d’appropriation des femmes, mais surtout, parce que cette homosocialité doit fantasmer le sexuel et non pas l’exprimer et s’unit autour du rejet du personnage de l’homosexuel. Ce qui n’empêche des homosexuels hier comme aujourd’hui de trouver une cohérence entre extrême droite et homosexualité et d’argumenter en ce sens. On va s’y attarder un peu.

CHEMISES BRUNES OU TRIANGLES ROSES ?

En France, on a commencé par entendre parler du journal Gaie France qui paraît en janvier 1986, sous la forme d’une petite brochure : c’est maintenant un magazine en quadrichromie, donnant dans le culturel et l’histoire (Grèce antique et mouvements de jeunesse allemands sont à l’honneur) autant que dans la polémique contre les "stalino-gauchistes". Ce journal est dirigé par Michel Caignet, un des anciens dirigeants de la FANE, organisation fondée en 1966 et interdite en 1980 ; M. Caignet est également traducteur de divers textes néo-nazis allemands. Les militants de Gaie France ont tenté de prendre place au nom d’une "défense de l’identité homosexuelle" dans des initiatives du mouvement gai. Le coup d’arrêt fut porté lors de l’université d’été homosexuelle de Marseille l’été 1987 où fut obtenue, après de violents débats, leur exclusion de cet espace né, semble t-il, des luttes de libération homosexuelles. Le CHLAF, Comité Homosexuel et Lesbien Anti-Fasciste, créé à cette occasion, a publié en novembre une brochure intitulée "Fascistes et Homosexuels - Idéologie et Stratégie" à laquelle je renvoie pour ce qui est de l’analyse de ce journal.

Rapidement, relevons des thèmes communs avec la Nouvelle Droite en général : face à la société médiocre, décadente, cosmopolite, au moralisme égalitaire judéo-chrétien, Gaie France oppose un idéal élitiste, une culture païenne et des racines indo-européennes. Et plus précisément un idéal masculin (jeunesse et virilité) illustré par les éphèbes grecs et romains, les scouts et la HitlerJugend, qui met en valeur aussi la pédérastie comme initiation des jeunes hommes dans la communauté. Caignet, interviewé par Jean le Bitoux dans les Cahiers Masqués est explicite. Il s’agit de "construire une théorie de l’homosexualité vue de droite" et "confrérie" que Röhm - une des références centrales des homos d’extrême droite - voulait voir "se souder par des relations homosexuelles"....

Il serait absurde d’exagérer l’influence de ce groupe, mais autant d’en négliger la signification. Parce que ces discours s’appuient sur une fantasmatique et un imaginaire partie prenante d’une culture homosexuelle masculine beaucoup plus large. Parce qu’ils montrent encore une fois les capacités d’adaptation et les complexités de l’extrême droite. Enfin parce que la lutte contre la présence de Gaie France dans le mouvement homo, et notamment à l’UEH de Marseilles a révélé le "laisser-faire" et l’ignorance de trop de gens : ce sont ceux qui dénonçaient tout haut la réalité de Gaie France , rappelaient la mémoire de la répression nationaliste-socialiste ainsi que les thèses révisionnistes de la FANE, qui étaient accusés d’attenter à la "liberté d’expression", et dont la révolte et la colère paraissaient incongrus dans la dépolitisation générale !

Approfondir l’histoire de Gaie France et de ses compagnonnages donne accès à des éléments d’information et des documents sans ambiguité : M. Caignet est en effet le traducteur d’une brochure écrite par Michal Kühnen, leader néo-nazi très connu en RFA (il a passé un temps en prison pour reconstitution de groupe interdit) intitulé "Homosexualité et national-socialisme". Kühnen dans cette brochure ainsi que dans divers textes et lettres affirme que "le véritable national-socialisme est le national-socialisme homosexuel" et justifie cette analyse par les théories biologisantes de la suprématie de sexe, du darwinisme social, et du "Männerbund" ciment de l’Etat et de la civilisation.

L’homosexualité masculine au service d’un "ordre nouveau fondé sur l’ordre naturel".

Cette pensée homosexuelle national-socialiste (le traducteur euphémise ce dernier mot en "nationaliste") se veut cohérente, scientifique, globale, explicative de l’histoire et fondatrice d’un avenir d’ailleurs nécessaire et déterminé, "d’un ordre nouveau fondé sur l’ordre naturel". Elle fait appel à des références traditionnelles (le darwinisme social, la dichotomie weiningerrienne du masculin et du féminin, l’anthropologie inégalitaire et "raciale" du XIX° siècle ou de Rosenberg) et contemporaine (la sociobiologie). Elle se nomme elle-même "la pensée biologique". Résumons : il existe des lois naturelles dont le but est la survie de l’espèce et la victoire des plus aptes ; la culture s’enracine dans la nature ; l’ordre culturel ne peut que se conformer à cet ordre naturel et le relayer par une législation sociale et politique adéquate. Les intérêts de la "communauté", "entité biologique composée d’hommes d’un même sang, parlant la même langue et partageant une même culture et une même histoire" dépassent ceux des individus qui y appartiennent et lui doivent fidélité et loyauté. Le "naturel" est le critère de jugement d’un phénomène humain : s’il l’est, c’est qu’il a une fonction utile à la survie de l’espèce ou de la communauté (et tel est l’argument appliqué à l’homosexualité masculine) ; s’il est culturel, il faut se demander s’il y contribue aussi, ou s’il lui nuit ; et dans ce cas le supprimer, par l’éducation ou la répression.

Dans cette pensée biologique, la "différence des sexes" est absolue : la femme est fondamentalement un être de nature ; sa fonction reproductrice occupe toute sa vie, marque sa sensibilité et son psychisme, détermine ses devoirs sociaux. L’homme au contraire est peu astreint par sa fonction reproductrice et peut utiliser son "surplus de sexualité" en énergie guerrière et service de la communauté. Il est producteur de culture alors que la femme est exclusivment tournée vers la perpétuation de l’espèce et n’est pas actrice de l’histoire. Elle n’a pas de sens en elle-même, le sens lui est apporté de l’extérieur, par l’homme et par l’enfant. L’homosexualité féminine dans ce cadre-là n’a pas d’existence propre ni de sens, elle n’est qu’un artefact culturel, inutile et même dangereux si elle s’oppose aux devoirs que la femme doit à la communauté.

L’homosexualité masculine par contre, et c’est là le thème central de la brochure, est un fait de nature, un "fait biologique" : "elle est incluse dans la nature biologique de l’homme (...) elle existe toujours, inchangée et inchangeable dans son essence". Et si elle existe et perdure ainsi, c’est qu’elle a un rôle bénéfique dans le fonctionnement des lois de la lutte pour la vie... Kühnen démontre cela par une longue argumentation historique. Aux époques primitives, l’homosexuel (minoritaire et inutile à la reproduction) est menacé ; pour survivre, il s’allie au chef de la horde et favorise son pouvoir. Il organise des "confréries" de jeunes hommes, organisations militaires ou religieuses, qui créent les structures de la civilisation, de l’Etat monarchique, et des religions patriarcales, détronnant les cultes féminins. Ainsi permet il aux communautés qui ont suivi cette évolution de vaincre leurs rivales.

Le parti national-socialiste a été créé au départ comme une confrérie, excluant le féminin. Mais le moralisme bourgeois de ses dirigeants, l’influence chrétienne, et surtout l’ambivalence à l’égard de l’homosexualité ont conduit à la répression des SA lors de la nuit des longs couteaux et à l’interdiction des relations homosexuelles dans ces groupes. Dans cette politique se trouve une des causes de l’effondrement du IIIe Reich. Maintenant à nouveau il faut mettre l’homosexualité au service de la communauté et du parti, l’inscrire et la sacraliser dans un nouvel "ordre de chevalerie".

Kühnen a tenté, en légitimant l’homosexualité sur la base des théories biologisantes nationalistes, de mener un combat interne à l’extrême droite - le conflit semble avoir divisé profondément la scène néo-nazie mais il ne semble pas que les partisans de Kühnen en soient sortis vainqueurs. D’autre part, second axe de sa stratégie, il tente de rallier les homosexuels à l’extrême droite sur la base d’une "concordance", écrit-il, entre les valeurs du nationalisme et les "spécifismes et les valeurs" de la "culture gaie" : les homosexuels, par leur sens de la "communauté", leur courage face à l’oppression, leur disponibilité, le "culte du beau" de la virilité, de la force qui les anime, forment une "élite" que les national-socialistes doivent intégrer à leurs rangs. Et par ailleurs, en combattant "la nation, le peuple et la race", les homosexuels consolideront leur appartenance à l’élite de la communauté...

On retrouve, de façon plus allusive, les mêmes thèmes dans le journal Gaie France : on comprend dans quelle cohérence entrent les romans feuilletons sur la Hitler Jugend, les statues d’éphèbes grecs, les récits sur les Templiers et les théories fumeuses sur les élites et l’héroïsme de la jeunesse, et quelle est la place de ce groupe dans la nébuleuse de l’extrême droite : s’il s’oppose au Front National, au "moralisme chrétien", aux valeurs "traditionnelles" d’une partie de l’extrême droite, c’est au nom d’une adhésion à l’extrême droite national-révolutionnaire la plus clairement issue de l’hitlérisme, qui aujourd’hui revendique une nouvelle légitimité sous les apparences de la Nouvelle Droite.

L’EROTISATION DE LA DOMINATION ET DE L’ASSUJETTISSEMENT

Cette participation homosexuelle masculine à l’idéologie fasciste n’est pas entièrement pour surprendre. L’ambivalence du fascisme, qui réprime les homosexuels tout en se fondant sur une dimension homoérotique présente dans les organisations homosociales masculines, dans le culte de la virilité et dans la mise en valeur esthétique du corps masculin, est un fait connu. De plus la fascination que le fascisme a su créer, et les structures psychologiques et sexuelles sur lesquelles il s’appuie ont été largement discutées, dans des perspectives diverses (Reich, l’Ecole de Francfort, plus récemment Theweleit, N. Sombart, ou J. M Palmier etc., et bien sûr les historiennes féministes).

George Mosse a présenté dans une conférence le rôle, pour un groupe d’hommes français de la génération des années 30 (homos ou non) dans leur admiration pour le fascisme et l’Allemagne national-socialiste et leur choix collaborationniste, de leur idéal de l’amitié masculine de leur esthétique de la virilité. Drieu ou Brasillach (qui ne sont pas homosexuels) opposent ainsi la "force disciplinée", la "camaraderie", la vigueur virile, à la mollesse, la décadence, l’individualisme, la facilité à vivre (tout cela connoté "féminin") qui règnent dans les démocraties bourgeoises. Ils trouvent dans le fascisme et l’Allemagne la réalisation de leur désir d’engagement passionné, de leur culte de la jeunesse et de l’amitié. Citons par exemple ce texte de Brasillach, écrit en 1945, relevé dans le livre de Paxton sur Vichy (p. 141) :

"Le fascisme, il y a bien longtemps que nous avons pensé que c’était une poésie et la poésie même du XXe siècle (avec le communisme sans doute). Je me dis que cela ne peut pas mourir. Les petits enfants qui seront les garçons de vingt ans plus tard apprendront avec un sombre émerveillement l’existence de cette exaltation de millions d’hommes, les camps de jeunesse, la gloire du passé, les défilés, les cathédrales de lumière, les héros frappés au combat, l’amitié entre les jeunesses de toutes les nations réconciliées. José Antonio, le fascisme immense et rouge. Je ne pourrai jamais oublier le rayonnement merveilleux du fascisme universel de ma jeunesse".

Jean Genet dans son roman Pompes Funèbres présente des personnages masculins qui vivent cette attirance érotique pour le soldat fasciste vainqueur - ou vaincu : car il y a aussi cette fascination pour la mort, ce plaisir de la réprobation, de l’humiliation, cette beauté de la trahison et de la solitude des maudits...

Susan Sontag dans un article précisément intitulé Fascinating Fascism poursuit l’analyse du fascisme comme "esthétisation de la politique" que faisait déjà Walter Benjamin. Elle prend comme point de départ les films de Léni Riefenstahl et dégage des traits de "dramaturgie", de "chorégraphie" fascistes : une mise en scène consciente de la relation des masses et des chefs, des corps et de la communauté, de la violence et de la discipline... Une mise en scène donc de la relation de pouvoir. "On pense généralement, écrit-elle, que le national-socialisme signifie la brutalité et la terreur seulement. Il signifie aussi un idéal ou des idéaux présents aussi sous d’autres bannières et qui persistent aujourd’hui : l’idéal de la vie comme art, le culte de la beauté, le fétichisme du courage, la dissolution de l’aliénation dans le sentiment extatique de la communauté, la répudiation de l’intellect....". Le régime fasciste n’exalte pas la sexualité ; il la transcende en énergie, en désir guerrier, en culte du chef et joie de l’identification à la "communauté", en production d’enfants... Pourtant, paradoxalement, on assiste, écrit-elle, à une "érotisation du fascisme", autant à l’époque de son développement, que rétrospectivement dans l’imaginaire et le fantasme. Sontag fait allusion à des oeuvres littéraires ou cinématographiques (Mishima, Genet, Cavani etc...), rappelle les discours tenus en France sous l’occupation, par des personnages réels (comme on l’a vu plus haut) ou fictionnels (cf le Daniel des Chemins de la liberté , t. III) et continue sur la pornographie et le sado-masochisme : "Dans la pornographie le SS est devenu le référent de l’aventure... La plus grande partie de l’imagerie sexuelle extrême s’est placée sous le signe du nazisme. Bottes, cuir, chaînes. Croix de fer, swatiskas, sont devenus les accessoires lucratifs de l’érotisme. Mais pourquoi ? Pourquoi l’Allemagne nazie, qui était une société répressive sur le plan sexuel, est-elle devenue érotique ? Comment un régime qui a persécuté les homosexuels est devenu part de l’érotique gaie ? Une des réponses réside peut-être dans la prédilection des chefs fascistes eux-mêmes pour la métaphore sexuelle. comme Nietzsche ou Wagner, Hitler considérait le pouvoir comme la maîtrise sexuelle des masses féminines comme le viol". Bien sûr, souligne S. Sontag, l’attirance sexuelle pour ces images nazies ne signifie pas un accord politique. "Néanmoins, il y a des courants sexuels puissants et grandissants, comme ceux que l’on appelle généralement le sadomasochisme qui rend érotique ce jeu avec le nazisme... Entre le sadomasochisme et le fascisme, il y a un lien naturel, "le fascisme est du théâtre" comme disait Gente. Comme l’est "la sexualité sadomasochiste" qui met en scène "une dramaturgie d’autant plus existante qu’elle est interdite au commun des gens". C’est le passé personnel qui peut être revécu dans la théatralisation SM ; ce peut être aussi le passé collectif : "il n’est pas étonnant que le sadomasochisme se soit ces derniers temps associé au symbolisme nazi : car jamais auparavant la relation des maîtres et des esclaves n’avait été si consciemment esthétisée".

Dans la littérature érotique, Sade bien sûr, mais, comme le montre Anne-Marie Dardigna c’est très présent dans la littérature érotique française depuis les années 30 et plus encore depuis la 2ème guerre mondiale, est mise en scène cette érotisation de la relation victime/bourreau, maître/esclave. Le fascisme, l’occupation nazie, les relations de classes, dans les oeuvres de Klossowsky, Bataille, Mandiargues, dans Histoire d’O etc. qu’elle étudie forment le cadre symbolique ou concret de ces récits : les maîtres ont un pouvoir social, politique, militaire, autant que sexuel, dans ces chateaux "d’Eros", selon le titre du livre, ces maisons closes, ces lieux où ils règnent sur leurs esclaves. Plus généralement, conclut A. M. Dardigna, tout se passe "comme si dans toute violence y compris la violence politique et sociale il y avait toujours du plaisir chez la victime autant que chez le bourreau. La fiction érotique justifie par la jouissance le maintien d’un ordre inégalitaire (...) Nous sommes aujourd’hui, avec la fortune que connaît l’érotisme, confrontés à un mouvement qui vise avant tout à restituer de la séduction au pouvoir".

On revient là à une question essentielle, déjà évoquée par Susan Sontag, les procédures d’érotisation de la domination et de l’assujettissement, qu’on peut voir à l’oeuvre aussi dans la pornographie et plus subtilement dans le discours sexologique dès ses origines (fin du XIXe siècle) selon l’analyse qu’en fait Sheila Jeffreys : ce discours institue le droit/devoir de jouissance des femmes dans les relations hétérosexuelles inégalitaires. En resituant dans ces contextes, notamment discursifs, le discours politique du sadomasochisme lesbien on peut considérer - c’est en tout cas mon point de vue - qu’il contribue lui aussi à renforcer cette idée de valeur érotique extrême à la relation de domination et d’assujettissement ainsi qu’à manipuler la notion de "consentement", dont on sait l’usage politique pour justifier le pouvoir des uns, sur les autres qui sont censés y "consentir". Dans une étude sur le sadomasochisme comme culte érotique du fascisme Sheila Jeffreys est amenée à réfléchir sur la construction de la sexualité féminine, lesbienne ou homosexuelle, dans une société hétérosexiste : la sexualité féminine est construite autour du sadomasochisme et les lesbiennes "n’en sortent pas indemmes". "Là où nous vivons sous l’oppression et où il y a peu de possibilités de relation égalitaires, nous avons peu d’alternatives, sauf de prendre le plaisir à notre oppression. La réponse la plus commune est d’érotiser notre absence de pouvoir en masochisme. A cause de l’hétérosexisme et de l’antilesbiannisme, nous nous sommes souvent développé-e-s en nous haïssant nous-mêmes et notre sexualité (...). Le fait que la sexualité soit une construction et non un donné naturel apporte un espoir : nous pouvons la reconstruire différemment..." Sheila Jeffreys poursuit son analyse en montrant comment cette érotisation, qui fonctionne pour beaucoup d’entre nous puisque notre sexualité a été construite dans ce système de suprématie masculine et sur une structure de sadomasochisme, doit être davantage réfléchie, ne serait-ce qu’à cause des contradictions qu’elle génère dans notre lutte : si nous sommes attiré-e-s par des images qui présentent des femmes ou d’autres êtres humains objectivés, humiliés, torturés, "nous n’avons pas de responsabilité pour la façon dont notre sexualité a été construite, mais nous avons une responsabilité totale sur la façon dont nous choisissons d’agir à ce propos : être affaiblies et découragées par ces images et nos réactions, ou transformer cela en colère et en combat" .

Je ne prétend pas explorer à fond cette question. Je laisse ces éléments pour un débat qui devrait se développer.

jeudi 3 avril 2008

Laisse aboyer les chiens vidéocréation par Mauvaise herbe


source : Mauvaiseherbe

source : Mauvaise herbe

"Tu connaissais pas la consigne mon ange"....

Superbe montage photographique, où l'utilisation d'un procédé en apparence simple et répétitif renforce le caractère lancinant et pathétique de cette chanson signée Benjamin Biolay.

Il fait revivre l'instant figé comme en nos mémoires les instants tragiques gardent la prégnance d'une réalité présente.

De surcroît, l’emploi récurent du zoom donne corps au leitmotiv du refrain :
« On s’approche plus, on s’avance ».

D'une fluidité n'excluant ni effets de surprise, ni ruptures,
rien n’est fortuit.

Le résultat donne force et pertinence au message de sa conceptrice,
il est saisissant!

"Laisse aboyer les chiens" : riposte féministe aux fléaux de la misogynie répandue.

sémaphore

"Tu n'as pas suivi la consigne,mon ange
tu gis sans vie dans la cuisine orange
vêtu d'un t-shirt et d'un jean à frange"

Benjamin Biolay


jeudi 6 mars 2008

Une militante des Insoumises agressée dans un contexte de tensions entre associations

"Aggression regrettable"...Je vous laisse juge!...
Menaces,intimidations, injures, coups de matraque pour faire taire toutes divergences...
Belle démocratie!
sémaphore

Une militante des Insoumises agressée dans un contexte de tensions entre associations
LE MONDE | 15.02.08


Une information judiciaire pour "dégradations et violences volontaires en réunion, avec préméditation" a été ouverte, mercredi 13 février, après l'agression commise contre des militantes des Insoumises, une association créée par d'anciennes adhérentes de Ni putes ni soumises (NPNS), en désaccord notamment avec l'entrée au gouvernement de la fondatrice du mouvement, Fadela Amara. Dimanche 3 février, un groupe de cinq hommes avait fait irruption dans un lieu privé, à Paris, où se tenait une réunion des Insoumises rassemblant treize personnes.


"Les membres de ce commando ont renversé la table de réunion sur les militantes, cassé une partie du matériel et proféré des menaces verbales. Une militante, prise à partie, a été molestée, jetée contre le mur et frappée", expliquent les Insoumises dans un communiqué. "Celui qui semblait être le meneur du commando a déclaré vouloir "faire passer un message". A plusieurs reprises, il a demandé si "le message (était) clair"", ajoute Safia Lebdi, présidente des Insoumises. Le parquet de Paris évoque un "règlement de comptes" comportant probablement une "dimension politique".

Deux des agresseurs n'étaient pas cagoulés et ont été identifiés par les militantes, qui les connaissaient dans le cadre d'anciennes activités associatives à SOS-Racisme et NPNS. Ces déclarations ont conduit au placement en garde à vue de Gilles Guilain, qui a été mis en examen pour "dégradations et violences volontaires", mercredi 13 février, puis placé sous contrôle judiciaire. Devant les enquêteurs, M. Guilain a reconnu l'"intrusion" et mis en avant un contentieux personnel avec la présidente des Insoumises, Safia Lebdi. Il a indiqué avoir été en état d'ébriété au moment des faits. Cette version est contestée par l'association. "A aucun moment, ils n'ont prononcé le prénom de Safia. Ils demandaient : "Vous avez bien compris ?" à l'ensemble des militantes", témoigne l'une d'entre elles, Sophie Lejeune, qui s'est vu reconnaître deux jours d'incapacité totale de travail.

"Au moment où Fadela Amara a accepté d'entrer au gouvernement, cela a donné lieu à des querelles idéologiques qui ont entraîné des querelles humaines. Il y a eu 36 000 embrouilles entre les uns et les autres", explique l'avocat de M. Guilain, Dominique Tricaud. "Gilles Guilain a eu le sentiment d'avoir été personnellement mis en cause, notamment parce qu'on lui a rapporté que la présidente des Insoumises aurait proféré des insultes à son encontre", ajoute l'avocat pour expliquer l'"intrusion". Gilles Guilain est un proche de SOS-Racisme depuis 1986 et participe à son service d'ordre, ce que confirme l'association. Il a aussi assuré la sécurité de certaines activités de NPNS sans en être adhérent.

Toujours selon son avocat, les policiers l'auraient interrogé sur ses liens avec un proche conseiller de la secrétaire d'Etat à la ville ainsi qu'avec un haut responsable de SOS-Racisme. "Ce ne sont pas des faits véniels. Mais depuis trente ans que je fais de la politique, j'ai vu ça des milliers de fois, avec les SO (services d'ordre) de la CGT ou des factions du PS", relativise M. Tricaud, qui est habituellement l'avocat de SOS-Racisme. "Qu'est-ce qui s'est passé pour que cette plainte ait une écoute pareille, avec des moyens policiers pareils ?", interroge l'avocat, qui y voit "un souhait d'affaiblissement de Fadela Amara". "Cela ne concerne pas SOS-Racisme", indique, de son côté, Dominique Sopo, qui évoque "un coup de pub" de la part des Insoumises. "Dès qu'on cite le nom de SOS, les choses deviennent plus croustillantes", ajoute M. Sopo, soulignant que, dans cette affaire, "il n'y a pas eu mort d'homme". La présidente actuelle de NPNS, Sihem Habchi, parle, elle, d'une agression "regrettable".

Cet incident intervient alors que les relations entre NPNS et les Insoumises sont dégradées. La venue de l'ex-députée néerlandaise d'origine somalienne, Ayaan Hirsi Ali, menacée de mort en raison de ses prises de position sur l'islam, a provoqué des tensions. Selon l'un des organisateurs du meeting de soutien à la militante, dimanche 10 février, NPNS se serait opposée à la présence des Insoumises parmi les associations invitantes "pour des questions de marquage de son territoire". Ces tensions ont conduit les organisateurs à ne faire référence à aucune des deux associations.
Luc Bronner

lundi 3 mars 2008

Violences masculines, STOP !



Campagne européenne du ruban blanc
&
Réseau européen d'hommes proféministes

Espagne/Violences conjugales: 4 femmes tuées

Les campagnes de lutte contre la violence conjugale et les violences envers les femmes ne sont divagations de féministes, les faits sont là, ce court article est édifiant!
Le féminisme est un humanisme nécessaire face à la barbarie meurtrière des hommes.
Sémaphore

Espagne/Violences conjugales: 4 femmes tuées mardi

Mercredi 27 février 2008
source : http://actu.skynet.be/

(Belga) Quatre femmes ont été tuées par leurs compagnons ou ex-compagnons en Espagne pour la seule journée de mardi, ce qui porte à 17 le nombre de femmes tuées par leurs partenaires depuis début janvier dans ce pays.

Qualifiant les violences faites aux femmes de crimes "abominables", Maria Teresa Fernandez de la Vegala, numéro deux du gouvernement espagnol, a condamné les quatre meurtres. Une Bolivienne de 22 ans a été poignardée de trois coups de couteau à la poitrine par son compagnon à Madrid aux premières heures de mardi. Une femme de 44 ans a été abattue par son ex-compagnon à Cullera, alors qu'elle était assise dehors sur une terrasse avec des amis. Une femme de 49 ans a été poignardée dans la rue par son mari à Cadix après une dispute et une quatrième femme a été abattue par son mari à leur domicile à Valladolid. (BVH)

mardi 26 février 2008

Les violences conjugales

Les violences conjugales

Le couple hétéronormé est le bastion de la violence machiste. En son sein se perpétuent les mécanismes de la domination masculine, bien à l’abri derrière la frontière de l’intime. Si nous voulons changer les rapports sexistes qui sous-tendent tout notre système social, nous devons nous montrer particulièrement attentifs/ves à ce qui se cache dans le « privé ». Parce que nous sommes tou-te-s imprégné-e-s des constructions sociales qui font de nous des hommes ou des femmes, nous les reproduisons tou-te-s. A chacun-e de nous d’accepter de les regarder, de les remettre en cause dans nos propres relations comme dans celles de notre entourage.

source : http://inventerre.canalblog.com/archives/2008/02/25/8063320.html

par Collectif



Ce texte à été écrit suite à des rencontres non-mixtes organisées en novembre 2007. Lors de ces rencontres, de nombreuses discussions nous ont amenées à la question des violences conjugales et à celle de la gestion collective de ce genre de situations.
Merci à FFO.


Inspiré du livre Femmes sous emprise, de Marie-France Hirigoyen ; et malheureusement de nos expériences de femmes, de celles des autres femmes avec qui nous avons parlé.

Quand on dit "violences conjugales", souvent on s’imagine la femme couverte de marques, tabassée par son mari, voire tuée. Ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Le paroxysme de violences insidieuses, quotidiennes, inscrites dans l’histoire du couple. Les violences physiques viennent toujours en plus des violences psychologiques, quand déjà la femme est prise au piège d’un rapport profondément inégal.

"J’ai longtemps cru que la violence conjugale ne me concernait pas, parce que mon mari ne me battait pas. Mais en fait, j’étais si soumise qu’il n’avait pas besoin de me frapper pour que je fasse ses quatre volontés. La violence physique n’est apparue que quand j’ai commencé à résister."

Les violences conjugales, c’est tous les petits actes qui rabaissent la femme, la placent sous l’emprise de son compagnon, entérinent une inégalité de statut. Au départ, il y a des "micro-violences" qui préparent le terrain, puis c’est l’escalade, un cercle vicieux où l’homme impose toujours plus, la femme accepte toujours plus.
On parle de violences psychologiques quand l’homme par tout un ensemble d’attitudes, de comportements, de propos, dénigre et nie la façon d’être de la femme, la déstabilise, la blesse. De cette manière, l’homme impose son pouvoir et prend le contrôle de la relation.

Si ces violences sont parfois difficiles à séparer, c’est qu’elles jouent sur la subjectivité des personnes : certaines choses peuvent paraître anodines aux yeux des autres mais la femme en ressent la violence. Ces violences peuvent commencer de façon très subtile : ton menaçant, railleur, regards réprobateurs, méprisants, etc., mais tous contribuent à la dévalorisation de la femme, à la mettre mal-à l’aise, à lui faire peur, à la mettre sous pression.

Souvent, en public, l’homme a l’air irréprochable, parce qu’il tient à préserver l’image que les autres ont de lui. Ou alors il se cache derrière l’humour, l’ironie, prétextant que "c’est juste une blague". C’est dans l’espace privé souvent que la violence se révèle pleinement.

Quand la femme essaye de réagir, l’homme lui explique qu’elle se trompe : "je plaisantais" ou "j’étais énervé, mais c’est pas contre toi" ou "mais non, je ne suis pas jaloux, je m’inquiétais pour toi". Et ça marche si bien que la femme finit par douter de la réalité de ce qu’elle a vécu, par se dire que ce sont ses perceptions qui sont erronées, qu’elle est parano, qu’elle devient folle, qu’elle se fait des films...

On peut essayer de distinguer plusieurs axes autour desquels s’articulent les violences conjugales, plusieurs mécanismes qui les entretiennent.

Le contrôle

Il renvoie à la possession de l’autre. C’est l’intrusion dans les activités de la femme, dans ses relations sociales, dans ses choix personnels. C’est quand il n’existe plus un espace de la vie de la femme où son compagnon ne soit pas présent. "tu sais, ta copine, je pense qu’elle se sert de toi", "t’es sûre que tu veux faire des études de socio ? y’a pas beaucoup de débouchés". Ca peut-être juste en témoignant de l’intérêt "t’as fait quoi aujourd’hui ?" mais de façon systématique qui amène à un point où il n’y a plus rien de la femme que l’homme ne sache pas. C’est parler en son nom "oh, elle n’aime pas trop le ski", "je crois que ce soir elle n’a pas envie de sortir".

L’isolement

Pour que la violence puisse se perpétuer, il faut séparer la femme progressivement de ses ami-e-s, de sa famille. La priver de soutien, d’oreilles à qui confier ce qu’elle subit. Des fois, ça passe par une dévalorisation des personnes : "ta mère ne te respecte pas, elle ne s’intéresse pas à toi", "tes copines sont vraiment insupportables !", "X a trouvé que tu exagérais l’autre soir". L’homme peut aussi jouer ce jeu à l’inverse : aller voir les ami-e-s pour disqualifier à leur yeux sa compagne. Il faut que la vie de la femme soit tournée uniquement vers son compagnon, qu’il soit central, qu’elle s’occupe de lui, qu’il soit toujours prioritaire, qu’elle pense tout le temps à lui. Ca peut être quand l’homme explique à sa compagne qu’il est mal, qu’il faut qu’elle reste prés de lui, et que du coup, elle annule tout naturellement sa soirée entre copines. Quand comme par hasard dès que la femme est ailleurs à vivre pour elle, son compagnon a besoin d’elle et la fait rentrer.
C’est tout ce qui prive la femme d’indépendance, permettant que pour elle, il devienne impossible de vivre sans son compagnon. L’isolement social dans lequel se trouve alors la femme laisse toute sa place au contrôle total.

La jalousie

C’est un forme de contrôle, rattachée au désir de possession. Ce que l’homme veut, c’est l’exclusivité : l’exclusivité sexuelle bien sûr, mais au-delà de ça, l’exclusivité relationnelle, l’exclusivité dans le rapport de confiance, l’exclusivité des sentiments, des pensées. Sous des formes plus ou moins diffuses, c’est la volonté d’être le centre, le seul : celui avec qui elle couche, celui à qui elle parle, celui avec qui elle pratique telle ou telle activité, celui à qui elle pense, à qui elle fait des cadeaux. Celui qui est toujours prioritaire, qui passe avant le reste du monde. Dans la forme exacerbée, c’est le contrôle des appels, des activités, des fréquentations. Mais la jalousie se joue beaucoup plus subtilement : "tu as raconté ça à X alors que tu ne me l’as pas dit à moi ? tu n’as plus confiance ?". C’est aussi toutes les stratégies qu’un homme peut mettre en place quand il ressent que sa compagne a de l’attirance pour un autre : dévaloriser le concurrent ("je trouve franchement que X est inintéressant/manipulateur"), s’accaparer la femme quand elle est en présence de l’autre homme ("dis, tu peux venir 5 minutes, il faut que je te parle d’un truc hyper-important"), marquer sa propriété au rival (venir s’asseoir prés de la femme, l’embrasser, la caresser).
Souvent, la jalousie n’est pas admise par l’homme : inutile de dire "tu as eu un comportement jaloux", il ne le reconnaîtra pas et trouvera toujours de bonnes excuses : "j’avais juste envie d’être près de toi", "si je me suis énervé, c’est juste que je sens bien que ce type n’en veut qu’à ton cul", "désolé, j’étais de mauvaise humeur", "c’est pas que tu passes du temps avec lui/elle qui me dérange, c’est juste qu’à ce moment là, j’avais besoin de toi, j’étais mal et toi t’en avais rien à faire, tu m’as délaissé".

Le harcèlement

En répétant à satiété un message à quelqu’un, on parvient à saturer ses capacités critiques et à lui faire accepter n’importe quoi. Ce sont, par exemple, les discussions interminables jusqu’à ce que la femme, épuisée, cède et dise ou fasse ce que son compagnon attend. Ce type de mécanismes peut s’appliquer pour de nombreuses choses. C’est l’interrogatoire pour que la femme avoue qu’elle a eu des relations sexuelles avec quelqu’un-e d’autre. C’est l’homme qui ne cesse de douter des sentiments de sa compagne pour qu’elle le rassure en lui disant qu’elle l’aime plus que tout, qu’il est la chose la plus importante dans sa vie. C’est le type qui n’arrête pas de parler de sodomie à sa compagne alors qu’elle n’en a pas envie, utilisant tous les arguments possibles jusqu’à ce qu’elle cède. C’est à chaque fois que la femme, par lassitude, finit par trouver plus simple d’obtempérer. Ou encore plus vicieux, à chaque fois que, à force d’entendre les mêmes discours, les mêmes arguments, elle finit par être persuadée que son compagnon a raison.
Le harcèlement intervient très souvent après la rupture : c’est une façon pour l’homme de rester omniprésent dans l’esprit de la femme, de lui rappeler qu’il attend qu’elle revienne. Ce sont les 10 coups de fils par jours, les lettres, les visites surprises, s’arranger pour se retrouver "comme par hasard" dans les mêmes endroits qu’elle, etc. Ca peut-être des insultes, des menaces : menaces de violence sur la femme, bien sûr, mais aussi culpabilisation : "si tu reviens pas, je vais faire une connerie. je suis capable de me foutre en l’air". Mais ça peut-être aussi les déclarations d’amour, les "reviens, je vais changer, je me rend bien compte", qui empêchent la femme de prendre du recul, de la distance.

Le dénigrement - la dévalorisation

Il s’agit d’atteindre l’estime de soi de la femme, d’ébranler sa confiance en elle. C’est lui montrer qu’elle ne vaut rien, qu’elle n’est pas capable. Cela induit plusieurs choses : la femme doute d’elle, perd son assurance ; elle intériorise un sentiment d’infériorité qui maintient la domination de l’homme. Ca renvoie également une image où la femme a besoin de son compagnon : "qu’est ce que tu ferais sans moi ? Franchement, tu serais perdue sans moi pour te guider, te conseiller, t’épauler, te soutenir". Ou alors "personne d’autre ne voudrait de toi. Il n’y a qu’avec moi que tu peux te sentir bien parce que je suis bien le seul qui accepte de te supporter".
Ici encore, on a tout un panel de stratégies : mettre en doute la santé mentale de la femme ("mais, tu perds la tête, t’es complètement hystérique/folle, tu délires") ; dénigrer ses capacités intellectuelles (se moquer de ses points de vues, de ses opinions, prendre un ton très professoral ou intello pour lui expliquer des choses, montrer que évidemment, il sait mieux qu’elle, il a tout compris, tous les petits "mais qu’est ce qui t’y connais, toi, à ça ?"). C’est aussi critiquer son physique, son apparence et l’image qu’elle peut renvoyer ("tu comptes quand même pas sortir comme ça ?"), l’accuser d’avoir des comportement inappropriés, mettre en doute ses capacités sexuelles, professionnelles, maternelles, affectives ; l’accuser de mille et une tares de caractère. C’est les "t’es vraiment trop conne" ou "tu te conduit vraiment comme une salope".
Ca peut être en utilisant les autres, leur regard et leur jugement : "X m’a dit qu’il te trouvait vulgaire", "je crois que tu as choqué X", "t’as vu comment t’as parlé à X ?". Monter qu’il n’est pas le seul à penser ça, que tout le monde est de son côté, et donc que ça prouve bien que c’est elle qui est en tort. Ca peut être en mentant, mais aussi réellement, en montant les autres contre la femme, par exemple en allant raconter à quel point elle exagère.
C’est aussi un renforcement du sentiment de faiblesse de la femme, où elle ne se sent pas les moyens, pas la force d’agir.

Les humilations

C’est sensiblement le même procédé, c’est rabaisser la femme jusqu’à ce qu’elle se sente tellement misérable qu’elle voudrait disparaître, la ridiculiser, lui enlever toute dignité. C’est lui afficher son mépris, la priver du droit au respect. L’humilier tellement que c’est elle qui a honte. C’est encore plus violent quand c’est en public, quand c’est face au regard des autres. Insulter, crier sur la femme, lui cracher au visage, la forcer à se mettre dans des positions de soumission (par exemple, jeter quelque chose par terre pour qu’elle soit obligée de se mettre à quatre pattes), la tourner en dérision (par exemple, c’est elle qui est ridicule quand elle hurle sa colère).

L’intimidation

Claquer les portes, casser des objets, s’énerver tout seul, hurler sur l’animal de compagnie. Si ces violences ne sont pas adressées directement à la femme, elle installent un climat de peur : peur des coups, ou simplement peur de se faire hurler dessus, envoyer chier.
C’est une forme de violence très facile à nier pour l’homme : "mais tu sais bien que c’est pas contre toi que je m’énerve. Jamais je te parlerais comme ça"

L’indifférence aux demandes affectives

La violence morale, ça peut être aussi le refus de se sentir concerné par l’autre. Se montrer insensible, inattentif envers sa compagne, ne pas la prendre au sérieux, ne pas donner d’importance aux choses qui en ont pour elle, afficher ostensiblement rejet, mépris. Être froid, distant, repousser l’autre, l’envoyer chier. Rejeter ses demandes, ses attentes, sans explications ou discussion. Et après c’est encore la femme qui mets en doute, qui cherche ce qu’elle à mal fait, en quoi elle s’y prend mal. C’est refuser de parler, d’expliquer. C’est le mec qui fait la gueule mais qui refuse de dire un mot, et la femme qui cherche en quoi c’est de sa faute à elle. C’est aussi ignorer les besoins, les sentiments, les craintes de l’autre, ne pas les prendre en considération. Il arrive fréquemment dans une relations que les deux personnes n’aient pas les mêmes envies, les mêmes attentes, ce n’est pas un problème. La violence, c’est quand on refuse de les entendre, de leur donner une existence. Ca peut être aussi créer une situation de manque et de frustration pour maintenir la femme en insécurité. C’est ne pas tenir compte de l’état physique ou psychologique de sa compagne, l’ignorer. Nier la subjectivité de l’autre, faire comme si elle n’existait pas.

Les menaces

Les menaces peuvent porter sur des dizaines de choses. Elles prennent pour objet tout ce qui est important aux yeux de la femme. Menacer de frapper, d’enlever les enfants, menacer de couper les vivre. Menacer de se suicider.
Les menaces placent la femme dans une position ou c’est elle qui porte la responsabilité : "je te préviens de ce qui va se passer, donc si tu t’obstines, ce sera de ta faute". Dans ce procédé, c’est la femme qui se sent coupable de la violence.

La violence physique

Généralement, elle intervient à partir du moment où la femme résiste à la violence psychologique. Quand ces violences ne sont pas récurrentes mais interviennent de façon isolée, souvent la femme ne les reconnaît pas elle même et trouve une explication pour les justifier : "il était fatigué/énervé", "il ne l’a pas fait exprès", "il ne s’est pas contrôlé". La violence physique ne jaillit pas de nulle part, elle est l’aboutissement d’un processus de violence engagé largement en amont.

Les violences sexuelles

C’est une forme de violence très large, allant du devoir conjugal au viol en passant par le harcèlement sexuel ou l’exploitation sexuelle. A la base de toutes ses formes, il y a le même schéma : le désir et le corps de la femme sont subordonnés à ceux de l’homme. C’est quand la sexualité de la femme est soumise à celle de l’homme. C’est quand la femme est contrainte d’accepter une relation sexuelle qu’elle ne veut pas. C’est bien sûr le viol pratiqué avec usage de la force physique, où le refus exprimé de la femme n’est pas pris en compte. Mais c’est beaucoup d’autre choses.
C’est le devoir conjugal. Quand la femme n’a pas envie, mais qu’elle ne l’exprime pas et se force, parce qu’elle a peur de blesser son compagnon, parce qu’elle ne veut pas qu’il se sente rejeté, qu’il doute de son amour. C’est toutes les fois où la femme doit se justifier parce qu’elle n’a pas envie d’un rapport sexuel : "tu n’as plus envie de moi", "tu ne m’aimes plus", "de toute façon, on ne fais plus l’amour".
C’est quand la femme ne souhaite pas telle pratique sexuelle, mais qu’elle finit par l’accepter. Parce qu’elle n’ose pas dire non, parce qu’elle ne veut pas renvoyer à son partenaire l’image d’un mauvais coup, parce qu’elle veut lui faire plaisir. C’est quand l’homme obtient ce qu’il veut parce qu’il insiste, qu’il remet toujours ça sur le tapis, jusqu’à satisfaction. "Je ne comprend pas, toutes les autres femmes avec qui j’ai couché aimaient ça", "t’es coincée", "tu me fais confiance, non ?".
C’est quand l’homme utilise la suggestion, la culpabilisation, la menace pour obtenir un acte sexuel. C’est quand la sexualité n’est plus question de désir mais de domination, quand elle est une façon de dire "tu m’appartiens".

Les pressions économiques et matérielles

C’est les moyens concrets qui amène la femme à une situation où elle est dépendante de l’homme. Où au-delà des questions affectives il devient difficile, compliqué pour la femme de partir. La crainte des difficultés matérielles engendrées par la séparation contraint la femme à rester.

Exploiter les faiblesses de l’autre - taper là où ça fait mal

La relation amoureuse offre un accès privilégié à l’intimité de l’autre. C’est de fait un poste privilégié pour faire mal. Dans tout ce processus de dévalorisation, d’infériorisation de la femme, l’homme a cette arme particulièrement efficace : connaître les fragilités de la femme, ses faiblesses, ses failles émotionnelles et les exploiter. C’est quand ce qui était de l’ordre de la confiance devient une puissance destructrice. C’est par exemple quand l’homme utilise les confidences que la femme lui a fait et les retourne contre elle : une femme qui a un rapport particulièrement compliqué à sa mère et qui s’entend dire dans une dispute "on dirait ta mère" ; une femme qui a vécu une rupture affective douloureuse et à qui son compagnon balance "ça m’étonne pas que X veuille plus te parler". C’est tout ce qui permet de blesser parce qu’il sait précisément ou frapper. C’est quand une femme manque de confiance en elle et que l’homme accentue cette faiblesse.

Le chantage affectif

Puisqu’on est dans le cadre d’une relation amoureuse, la violence est d’autant plus forte et acceptée que des affects sont engagés. Parce que la femme est amoureuse, elle ne peut pas mettre un terme à la relation aux premiers signes de violences, parce évidemment elle a envie de préserver la relation, qu’elle est prête à tout pour la sauver. C’est tout ce chantage exercé, de type "regarde, tu me rend malheureux", "je t’aime, je ne recommencerai plus", "j’ai besoin de toi, je ne peux pas vivre sans toi", "reviens, je suis malheureux" ; où la femme se sent devoir lui donner une chance, donner une chance à cette histoire. Toutes les situations où juste la femme ne réagit pas parce qu’elle a peur de faire mal, de blesser.

La culpabilisation de la femme - la victimisation de l’homme

Parmi les mécanismes sur lesquels repose cette perpétuation des violences, il y a le sentiment de culpabilité de la femme ; parce qu’elle ne veut pas faire souffrir l’autre, elle justifie ses comportements. C’est quand une femme se fait traiter de salope et hurler dessus parce qu’elle a eu une autre relation amoureuse, et au lieu de poser des limites en disant "stop, tu n’as pas à me parler comme ça", elle légitime le comportement par un "c’est de ma faute si il est en colère, je lui ai fait du mal". A terme, au lieu de refuser ces violences, elle finit par se considérer elle comme la responsable.
Cette culpabilité est entretenue par l’homme : c’est cette attitude très fréquente de juste se poser en face de la femme sans rien dire, en montrant bien qu’il est en souffrance ("tu vois pas que tu me fais mal ?"), et où c’est la femme qui va essayer de le soulager, de trouver des réponses, qui seule va entreprendre d’arranger les choses. C’est les "tu n’étais pas là pour moi quand j’en avais besoin, alors que moi je suis là pour toi", qui renvoie à la femme l’image de l’être égoïste. C’est tout ce processus où quoiqu’il advienne, en définitive l’homme est toujours perçu comme la victime, que ce soit par lui ("t’en as rien à foutre de moi, comment tu peux me faire ça"), par l’entourage ("t’es dure avec X, tu devrais peut-être faire un peu plus attention à lui, tu agis vraiment de façon égoïste") ou par la femme elle-même ("je suis dégueulasse, je le fais souffrir, de toute façon quand j’aime quelqu’un je n’arrive qu’à lui faire du mal").
Aussi parce que la femme se sent responsable du bon déroulement du rapport, de l’harmonie relationnelle, parce que quelque part c’est son rôle de femme de faire tenir tout ça, d’être à l’écoute, de trouver des solutions.

Le silence

Tout ça s’entretient évidemment par le silence de la femme, qui lui même renforce l’isolement dans lequel elle se trouve. Elle n’en parle pas à l’homme concerné, bien sûr, mais pas non plus à ses ami-e-s, à son entourage auprès duquel elle pourrait trouver un soutien. Au coeur de ce silence, on trouve plusieurs mécanismes. La fameuse séparation du privé et du public, qui font penser à la femme que c’est son histoire, qu’elle n’a pas à la sortir du cadre du couple, que ça ne regarde personne d’autre. Aussi parce qu’autour, les gens renvoient cette image de "ça ne nous concerne pas", et que même si elle en faisait la démarche elle aurait du mal à trouver un cadre pour sa parole. C’est aussi la peur des représailles, la peur de la colère de l’homme, de comment il lui fera payer le fait d’avoir parlé ("t’as pas honte de te répandre en public ?" "ça te plaît de me faire passer pour le méchant de l’histoire"). C’est quand la femme essaie encore de protéger l’homme, qu’elle refuse de parler parce qu’elle a peur d’abîmer son image, de nuire à sa réputation, à sa reconnaissance sociale, qu’elle ne veut pas exposer son compagnon au jugement des autres.
Et au plus profond, il y a la honte : la honte d’être celle qui subit tout ça, qui l’accepte, qui le laisse faire. La honte de sentir plus bas que terre et de ne pas trouver le courage de partir. Parce que les humiliations et la dévalorisation marchent bien, la femme ne peut supporter l’idée du regard des autres se posant sur ce qu’elle pense être. Parce qu’elle se sent une merde et a trop peur que les autres la perçoivent ainsi. Parce que trop souvent on entend en fond des discours que la femme serait coupable des violences qu’elle subit, que si vraiment ça la dérangeait elle partirait ("elle l’a bien cherché la salope", "moi, si un mec me tape dessus, je le quitte directe. Si y’en a qui restent c’est qu’elles aiment ça").

La non-conscience

Il y a escalade de la violence tant qu’elle n’est pas dénoncée, tant que la femme n’a pas posé les limites, et bien souvent il faut énormément de temps, et un "élément de rupture", un événement perçu comme plus grave que les autres, comme point de non retour pour qu’enfin elle prenne conscience. Il est fréquent que la femme ne voit pas la violence comme telle, qu’elle ne l’identifie pas comme ça, et qu’elle trouve à ces comportements d’autres explications, d’autres justifications (où bien souvent c’est elle qui est en tort et non l’homme) ; tout simplement parce que c’est extrêmement difficile de se regarder soi comme victime.
Cette violence est déniée par l’agresseur ("mais t’es complètement folle", "mais non, c’est pas de la jalousie", "arrête, je me suis un peu énervé, d’accord, mais je ne t’ai pas non plus insulté"), aussi parce que lui même ne se perçoit pas comme violent mais simplement se comporte comme il a appris à le faire, parce que souvent lui même n’est pas conscient de ce processus de domination, qu’il ne l’exerce pas de façon réfléchie et calculée mais spontanément, comme si c’était normal, comme si c’était la seule façon possible. Elle est également déniée par l’entourage qui ne voit rien, puisque l’homme prend bien soin de préserver son image en public, et que dans la tête de tou-te-s il est impossible que leur ami qu’ils-elles pensent si bien connaître ait de tels comportements. L’entourage qui n’intervient pas parce que c’est privé, parce que ça ne les regarde pas, parce qu’ils-elles perçoivent les situations comme des cas isolés où l’homme et la femme seraient égaux, où elle aurait la possibilité de faire valoir ses positions, comme n’importe quelle situation de conflit inter-individuel. Ceci amène la femme à douter elle-même de son ressenti, simplement parce qu’elle n’a pas d’espace ni en elle-même, ni dans son couple, ni dans son environnement pour le faire exister, pour poser les choses. Parce que nul part elle ne trouve d’écho à ce qu’elle vit, parce qu’il n’y a pas de reconnaissance de ce qu’elle subi, d’accusé de réception qui dirait "non, tu ne délires pas, ce que tu vis est inacceptable".

La violence est un processus lent, dans lequel la systématisation et l’effet crescendo qui monte sans cesse un peu plus dans l’intensité mènent à une spirale qui se répète et se renforce dans le temps, jusqu’à un état d’usure mentale de la femme où de plus en plus elle est dépourvue des moyens de riposte.
Elle connaît différentes formes, différentes échelles, une gamme infinie de mécanismes de reproduction qui s’imbriquent les uns dans les autres.

Dans de nombreuses situations, l’homme n’a même pas besoin de dire les choses, de les exprimer verbalement pour qu’elles aient quand même un impact. Par exemple dans le mécanisme de chantage affectif, l’homme n’a pas besoin de dire "je suis malheureux, c’est de ta faute", tout dans son attitude l’exprime. Il le montre, il le fait ressentir. Il peut également dire les choses moins clairement : "tu te rend compte de ce que tu fais" peut très bien remplacer "t’es une vraie salope". Ca peut même ne pas être agressif du tout, plutôt sur le ton du conseil, avec l’air sincère et juste : "tu sais, je m’inquiète un peu pour toi. en ce moment, je trouve que tu agis de façon incohérente" renvoie très bien à la femme l’image de l’hystérique qui pète les plombs. Ce n’est pas parce que la forme est euphémisée, parce que les mots sont moins durs, qu’il n’y a pas de violence pour la femme.

Collectif
http://infokiosques.net/spip.php?article507

Le silence des femmes, enquête de l'Insee sur la violence envers les femmes

LE MONDE | 22.02.08

Selon l'enquête Cadre de vie et sécurité, publiée jeudi 21 février par l'Insee, les femmes sont autant exposées à la violence dans leur propre foyer qu'à l'extérieur de leur domicile : 3,3 % des femmes ont déclaré avoir subi en 2005 ou 2006 une agression physique ou sexuelle de la part d'une personne vivant chez elle, et 3,3 % l'ont vécue hors de chez elles.

Les violences conjugales sont, le plus souvent, tues : un cinquième des victimes de violences physiques et le tiers des victimes de violences sexuelles n'ont ni porté plainte, ni enregistré de main courante, ni parlé à qui que ce soit. Quand elles évoquent l'agression, elles s'adressent en priorité à un proche (41,6 %), puis à une association ou à un professionnel (19,4 %), ensuite seulement à la police (11,1 %).

Cette enquête précise également le profil des auteurs de violences conjugales : ils ont souvent plus de 45 ans et sont faiblement diplômés. "Les agressions sexuelles et les violences domestiques envers les femmes se rencontrent dans tous les milieux sociaux, constatent les auteurs de l'étude, Lorraine Tournyol du Clos et Thomas Le Jeannic, mais elles sont plus fréquentes dans les milieux à faible niveau scolaire.
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Violences : le silence des femmes

Soumis par francis le Ven, 22/02/2008 Société
source : http://www.segoleneparis.fr/node/4703


Une femme victime de violences physiques au sein de sa famille sur cinq n'a pas porté plainte, ni parlé à qui que ce soit de ces agressions.


Dans un cas sur cinq, les femmes victimes de violences physiques au sein de la famille gardent le silence. Elles ne portent pas plainte, n'en parlent ni à la police, ni à un ami, ou à un médecin. C'est ce que révèle jeudi une enquête de l'Insee réalisée dans des conditions de confidentialité inédites.

Pour les violences sexuelles, la proportion de victimes murées ainsi dans leur silence est même de une sur trois, selon l'étude de l'Institut national de la Statistique et des Etudes économiques (Insee), réalisée entre janvier et mars 2007 auprès de 17.500 personnes.

"Et quand la victime se confie, c'est rarement à la police", qui ne reçoit que 12% des victimes (plainte ou main courante) pour les violences physiques, et 8% pour les violences sexuelles, "soit globalement à peine une sur dix".

6% des femmes de 18 à 59 ans

Quand elles se décident à parler de l'agression subie, c'est plus souvent à un proche ou un ami (42%) ou à un professionnel (19%) qu'à la police.

"Tout se passe comme si elles cherchaient davantage à être comprises et soignées que vengées, ou comme si elles n'avaient pas confiance dans les chances de voir leur agresseur puni", commentent les auteurs de l'étude.

Au total, 6% des femmes âgées de 18 à 59 ans disent pourtant avoir été l'objet d'injures sexistes, 2,5% avoir été agressées physiquement et 1,5% avoir subi un viol ou une tentative de viol en 2005 ou 2006, selon les témoignages recueillis par les quelque 300 enquêteurs déployés trois mois durant par l'Insee pour l'enquête.

"Une fois sur deux, c'est le conjoint qui est l'auteur des violences envers la femme à l'intérieur du ménage. C'est même le cas trois fois sur quatre quand il s'agit de violences sexuelles".

Dans le cas des viols, un sur cinq est perpétré par l'ex-conjoint et la moitié des victimes connaissaient leur agresseur, selon l'étude.

Comment les enquêteurs de l'Insee parviennent-ils à "faire parler" ces femmes de violences qu'elles n'ont jusqu'ici osé rapporter à personne ? Comment libérer leur parole quand quelqu'un du ménage, peut-être même leur bourreau (mari, ami, fils, père, mère, etc), peut être présent dans la pièce pendant le questionnaire ?

Sans doute en grande partie grâce à un procédé jusqu'ici jamais utilisé pour ce type d'enquête : un casque qui isole la personne interrogée de son entourage et lui permet d'être seule à entendre les questions.

Quand on lui demande dans le casque relié à un ordinateur portable "en 2005 ou 2006, est-il arrivé qu'une personne qui vit actuellement avec vous, vous gifle, vous frappe, vous donne des coups ou vous fasse subir toute autre violence physique ?", elle se contente de taper sur une touche correspondant à "oui" ou "non".

Le questionnaire devient alors de plus en plus précis: "à quelle fréquence ont lieu ces violences ? par qui ?, etc.", sans que personne alentour, pas même l'enquêteur, ne connaisse les questions et réponses qui sont ensuite dépouillées anonymement par un centre informatique à Lille.

Jusqu'ici silencieuse, la victime peut ainsi - parfois pour la première fois - exister en tant que telle, une étape symbolique importante quand on sait la culpabilité et la honte souvent ressenties par les femmes battues.

Elles ne sont pas les seules: les hommes sont aussi parfois victimes de violences conjugales, physiques ou sexuelles, précise l'Insee: "moins nombreux que les femmes, ils taisent ces violences encore plus certainement".
Source : L'Express

Ndlr : Si je sais que les vices et les vertus ne sauraient être genrées, cela n'altère en rien mon féminisme, car il importe de souligner que dans le cas d'hommes victimes de violences il s'agit bien souvent d'actes de représailles de femmes battues, violentées.
La barbarie subit par les femmes est, sans équivoque, sans équivalent!

Sémaphore

mardi 19 février 2008

Sister remember your name...“Miss Celie’s Blues”





“Miss Celie’s Blues” (de Quincy Jones, Rod Temperton & Lionel Richie) chanté ici par Molly Johnson sur la bande originale du film.

"Miss Celie's blues" Chanson de la sororité par excellence, extraite du film de Steven Spielberg "La couleur pourpre" adaptation cinématographique d'un best-seller de la féministe américaine Alice Walker,qui avait obtenu le prix Pulitzer pour ce roman.
"The color purple" traite de la condition des femmes, de l'inceste, de l'horrifique tyrannie domestique quand la violence conjugale est subie.
Cette chanson est un hymne à la solidarité féminine, solidarité qui permettra à Miss Celie de trouver en elle les ressources pour se libérer du joug de son odieux mari. Remarquable interprétatation de Woopi Goldberg dont c'était une des premières apparitions à l'écran.
sémaphore

Woh woh ..........
Uhm uhm ..........
Uhm uhm ..........

Sister,
you've been on my mind
Sister, we're two of a kind
So sister,
I'm keepin' my eyes on you
I betcha think
I don't know nothin'
But singin' the blues
Oh sister, have I got news for you
I'm somethin'
I hope you think
that you're somethin' too

Oh, Scufflin',
I been up that lonesome road
And I seen a lot of suns goin' down
Oh, but trust me
No low life's gonna run me around

So let me tell you somethin' sister
Remember your name
No twister,
gonna steal your stuff away
My sister
We sho' ain't got a whole lot of time
So shake your shimmy,
Sister
'Cause honey the 'shug
is feelin' fine

Te doy mis ojos (Ne dis rien) film de Iciar Bollain


Iciar Bollain est réalisatrice, scénariste et actrice éspagnole. Elle a tourné avec Ken Loach et a publié un livre sur lui.
TE DOY MIS OJOS est son troisième long métrage.

Un film que je n'ai encore vu mais je compte combler cette lacune.
Sémaphore

Ce film a obtenu 7 Goyas (équivalent espagnol des Césars), notamment meilleur film, meilleure mise en scène, meilleur scénario, meilleur acteur, meilleure actrice...
Synopsis (source : allociné)
Par une nuit d'hiver, une jeune femme, Pilar, s'enfuit de chez elle en emmenant son fils. Antonio, son mari, la poursuit, veut la ramener à la maison, lui promet de changer, de ne plus être violent. Rien n'y fait, Pilar a pris sa décision. Il va alors tenter de la reconquérir et de maîtriser ses accès de colère qui immanquablement débouchent sur de la violence physique. Thérapie de groupe, retour sur soi, Antonio veut guérir. Mais pendant ce temps, Pilar va trouver loin de son époux un nouveau sens à sa vie.

Violences conjugales en France et en Espagne par Romy Duhem-Verdière

Violences conjugales en France et en Espagne

Quelques repères : chiffres, dates, lois

2 août 2004,
par Romy Duhem-Verdière

source : http://romy.tetue.net/spip.php?article104

À propos du film espagnol "Ne dis rien" qui traite de la violence conjugale, j’entends les unes et les autres s’apitoyer sur le sort de ces « pauvres femmes espagnoles », parce qu’en Espagne, ce serait « vraiment grave ». Ça m’agace toujours un peu cette façon de s’alarmer des horreurs qui se passent ailleurs en oubliant que ce n’est pas mieux ici. Les chiffres sont les mêmes pour les femmes françaises comme espagnoles : on meurt autant de part et d’autre des Pyrénées.

La seule différence, et elle n’est pas négligeable, c’est que l’Espagne est en pleine prise de conscience et commence seulement à lutter contre ce fléau, tandis qu’en France, les féministes luttent depuis plusieurs décennies déjà... ce que l’on ne cesse d’oublier.

État des lieux.
Espagne : comment en finir avec la violence conjugale ?

En 1997, 75 femmes sont mortes suite à une agression de leur mari.
La révision du code pénal espagnol en 1999 est capitale. Elle prévoit que la femme ne doive plus « entière obéissance à son mari ». La notion de « violence psychique » est reconnue. La récidive transforme la faute en délit. Enfin ! Mais cela ne suffit pas.
En 2000, 66 femmes meurent à nouveau sous les coups de leur conjoint. Dans l’enquête publiée en mars 2001, 640 000 femmes s’avouent victimes de mauvais traitements, et près de 2 millions d’entre elles le sont (soit plus d’une femme sur dix).

Le pacte du silence autour de la vie privée n’en finit pas de se briser : les plaintes augmentent d’au moins 10 % chaque année, jusqu’à atteindre (en 2001) plus de 20 000 par an. Cependant seules 5 % à 7 % des femmes violentées attentent une action en justice. Elles craignent les représailles, et savent que cela ne servira pas à grand chose : les décisions de justice sont souvent incohérentes [1] et 80 % des cas jugés pour violences bénéficient de l’impunité.

Depuis janvier 2004, plus d’une quinzaine de femmes ont succombé aux mauvais traitements de leur conjoint. Le gouvernement Zapatero a fait de l’éradication de ce fléau sa priorité absolue.

D’abord changer les mentalités : 21 % des hommes (et près de 9 % des femmes) interrogés estiment que les victimes de violences domestiques « aiment être maltraitées, ou bien sont idiotes, ou bien obtiennent quelque chose en échange », sinon elles quitteraient le domicile conjugal ou se sépareraient de leur conjoint [2]. De même 10,7 % des hommes pensent que, si une femme est maltraitée, c’est qu’elle l’a mérité [3]...

Le machisme reste très ancré dans la société espagnole et continue d’être transmis d’une génération à l’autre. Les femmes de 25-45 ans ont récupéré leur dignité, assument leur statut d’égale de l’homme et/ou luttent pour cela. En revanche, 50 % des hommes de la même tranche d’âge continuent d’avoir des attitudes machistes, et c’est dans leurs foyers que se produit le plus grand nombre d’homicides et de séparations.

La domination masculine est encore très forte en Espagne : rappelons que ce n’est que depuis 1999 que la femme est légalement libérée de l’obéissance à son mari ! [4]
Et en France ? c’est à peine mieux


Les chiffres sont à peu prés les mêmes en France : en 1999, 72 femmes ont été tuées volontairement par leur mari, sans compter celles qui sont décédées des suites de blessures. Au moins un foyer sur dix est le lieu de violences graves dont les victimes sont à 95 % des femmes et des enfants [5]. Parmi les femmes de 20 à 59 ans vivant en couple, une sur dix a déjà été victime de violences. Chaque année, 4 millions de femmes sont agressées par leur partenaire.

Pour dénoncer la violence qui s’exerce au sein du couple et de la famille, une coordination d’associations issues du mouvement des femmes a vu le jour dès la fin des années 70 pour devenir, en 1987, l’actuelle Fédération Nationale Solidarités Femmes [6]. Passant du constat alarmant, à la dénonciation et la critique, les féministes ont obligé à faire changer les lois [7].
Les violences conjugales ne sont reconnues comme telles et punies par la loi française que depuis 1994. Grâce aux féministes, la « qualité de conjoint ou concubin » est reconnue comme circonstance aggravante. Un homme qui bat sa femme est désormais passible d’une peine prononcée par le tribunal correctionnel. L’acte de violence sur une femme enceinte est jugé comme un facteur aggravant.
17 000 plaintes ont été déposées en 2000. Elles sont en constante augmentation. Mais le code pénal n’est pas toujours bien appliqué [8] ; très peu de condamnations interviennent et beaucoup trop de dossiers finissent en médiation [9]...

Actuellement en France, au moins 6 femmes meurent chaque mois sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. C’est d’ailleurs la première cause de mortalité des femmes de 16 à 44 ans.
Le ministre de la Justice Dominique Perben a souhaité, à l’occasion de la 22e journée internationale des femmes, que l’année 2004 soit consacrée en priorité aux victimes de violences conjugales et familiales.

Violences : leurs statistiques augmentent partout

L’augmentation des statistiques ne trahit pas nécessairement une augmentation des violences, mais de leur révélation. Cela veut simplement dire que de plus en plus de femmes osent en parler [10], ce qui est plutôt une bonne chose. D’autre part les enquêtes spécifiques sur les violences faites aux femmes sont relativement récentes [11]. Ce n’est que progressivement que les paroles se libèrent, et les statistiques commencent peu à peu à refléter la réalité. Nous en sommes encore à la prise de conscience.

Cette situation au sein des familles Espagnoles, Françaises, mais aussi Européennes [12], est tristement représentative d’un phénomène universel : un récent rapport de l’ONU assure qu’une femme sur trois dans le monde est victime de mauvais traitements ou d’abus de la part d’un proche. Selon l’Unifem, que ce soit dans les pays riches ou pauvres, les femmes vivent le même type de violence. Tandis qu’au Cambodge, 16 % des femmes disent être physiquement maltraitées par leurs maris, au Royaume-Uni, on en compte presque deux fois autant. À Sao Paulo, au Brésil, 13 % de femmes en âge de reproduire sont tuées et parmi elles, 60 % le sont par leurs maris ou concubins. Aux États-Unis, 7 millions de femmes sont violées ou sexuellement agressées chaque année, etc...
Bref, dans le monde, 70 % des femmes assassinées, le sont par leur partenaire masculin (OMS).

La violence contre les femmes à travers le monde est telle, qu’Amnesty International parle de scandale planétaire et tire la sonnette d’alarme en lançant une campagne exceptionnelle de deux ans : « Halte à la violence contre les femmes ».

Ce document a été rédigé à l’occasion d’une soirée cinéma entre féministes (réseau "Encore féministes !") pour voir : Ne dis rien (Te doy mis ojos) de l’espagnole Iciar Bollain. Ce film traite avec beaucoup de subtilité de la violence conjugale masculine. Vu ce lundi 2 août.

Les chiffres statistiques cités sont issus de différents articles de presse parus entre 2000 & 2004, qui se réfèrent notamment à l’enquête ENVEFF, et aux constats des associations "de terrain" (dont FNSF).

[1] La sentence du divorce d’Ana Orantes, par exemple, prévoyait qu’elle continue de partager le domicile conjugal, chacun à un étage, bien qu’elle ait dénoncé la violence de son mari. Quelque temps après, son mari la brûlait vive.

[2] Dans 70 % des cas, les femmes attendent au moins 5 ans avant d’oser en parler...

[3] Idée relayée par la blague populaire : « Il faut battre ta femme : si tu ne sais pas pourquoi tu la bats, elle, elle le sait. » ! ! !

[4] En France, le code Napoléon, qui imposait le devoir d’obéissance de la femme envers le mari, a été aboli en 1938.

[5] C’est aussi la 9ème bonne raison du manifeste "Encore féministes ! (co-signée par le journaliste Cavanna).

[6] Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) 32-34 rue des Envierges 75020 Paris - Tel : 01 40 33 80 90 - http://www.solidaritefemmes.asso.fr

[7] Jusqu’en 1975, le code pénal excusait le meurtre commis par un conjoint sur son épouse surprise en flagrant délit d’adultère au domicile conjugal.

[8] Le traitement des plaintes dépend du procureur : à Chambéry, par exemple, il n’y a aucune tolérance face à ces violences, mais à Bobigny, 65 % des dossiers finissent en médiation...

[9] Ce qui est absurde car cela met sur le même plan le coupable et la victime, comme s’il s’agissait de régler un simple malentendu. La femme se sent bafouée et la violence de l’homme redouble.

[10] "Bien trop de femmes dans bien trop de pays parlent la même langue : le silence." Anasua Sengupta, historienne indienne (extrait de Silence).

[11] L’enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (ENVEFF), réalisée en 1999, est la première (et la seule !) réalisée en France. Consulter le dossier de presse.

[12] En Europe, la violence domestique sur les femmes âgées de 16 à 44 ans est la principale cause de mort et d’invalidité, avant le cancer ou les accidents de la route.