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vendredi 23 janvier 2009

Empreintes - Françoise Heritier [documentaire]


A ne ratez sous aucun prétexte!
"Françoise Héritier, la pensée de la différence"

Un formidable document sur Françoise Héritier, je vous invite vivement à le visionner, ayant été diffusé le 16 janvier dernier sur arte, peut-être est-ce le dernier jour où il vous sera encore possible de le voir, je ne sais... sa dernière diffusion télé était le 18 janvier, alors peut-être aurez- vous jusqu'au 25 prochain?...

Ne le rater pas!
Au delà de l'ethnologue c'est un documentaire émouvant, attachant sur une vie de femme, une femme engagée dans ses recherches dans son combat pour la parité entre les sexes, auprès des malades du sida, des femmes en prison, des prostituées.

Des moments de grâce, d'humanité quand elle chante en duo avec le professeur qui la suit "un p'tit coquelicot", quand elle offre des photos à Marc Augé, son ancien mari, l'estime mutuelle qu'ils se portent l'un l'autre, au delà de la séparation.

Les évocations de la vieillesse, de la maladie qui handicape et transforme le corps, celle de devoir se séparer d'un lieu investi de souvenirs, du temps qui passe et des combats des enthousiasmes qui perdurent.

L'histoire d'une vie, d'un parcours singulier, de l'importance des rencontres, celle de Claude Lévi-Strauss : une leçon de vie, de féminisme et d'espoir.

Voir ici :

Empreintes - Françoise Heritier



Sémaphore

Actives, pas seulement héritier-es !

sur http://parite-fanchon.blogspot.com

Participer à la vie de la cité implique des choix, des obligations - souvent autant de profits humains, sociaux, politiques, intelligents. Dans l’absolu, quand fanchon s’est rendue dans une mairie pour la cérémonie rituelle des vœux de nouvelle année, elle rencontrait ce vendredi d’autres humain-e-s, des réseaux sociaux : par exemple des responsables d’associations de toutes sortes, des personnalités culturelles comme un poète fêlé ; bref elle a passé une bonne soirée. Ce qui était, dans l’absolu, bien préférable au choix de rester devant sa télé.
Si elle avait jeté ne serait-ce qu’un œil sur Télérama, le choix eût été une épreuve. Dans l’émission Empreintes, Annick Cojean (belle promesse déjà) proposait dès 20h(35 bien sûr) un documentaire sur Françoise Héritier. Merveilles manquées !
Il a fallu ce dimanche matin pour tomber sur une rediffusion, et le site de France 5 permet de voir la video pendant la semaine qui vient : à consommer sans aucune modération !

“Celui qui écoute un témoin le devient déjà”, dit Annick Cojean. Il est donc important de ne pas manquer, et de ne pas oublier un document pareil.

On y voit une grande figure de ce siècle passé, “fille” choisie de Claude Lévi-Strauss et lui succédant, avec tous les titres portés par d’autres (plus souvent au masculin) : ethnologue, anthropologue, professeur émérite au Collège de France(où elle fut la seule femme, la deuxième). Le document évoque évidemment sa carrière et ses domaines de recherche. Mais elle se présente comme “anthropologue dans la cité” ; une femme. Et elle en dit et montre toute l’originalité - qu’on voit bien rarement avec des hommes scientifiques de ce niveau. Tout de son travail est en lien avec ce qui pourrait paraître anecdotique dans une vie quotidienne.

Comment ne pas retenir pour nos engagements ces phrases que F. Héritier prononce à dessein ?
“La connaissance rend sceptique et rend critique”
“Ce que l’esprit humain a créé, l’esprit humain peut le remplacer”

À retenir comme encouragement à combattre la primitivité intellectuelle et la brutalité des affirmations politiques simplistes de notre temps !

Voilà une femme comme de nombreuses femmes de son âge, atteinte par la maladie, qui accepte de se montrer changée physiquement, sur ses cannes, en train de vider une vieille maison de ses souvenirs dans des cartons. Qui ne connaît ?… Mais une femme épluchant des légumes devant une caméra, même non scientifique honoraire, c’est rare ! Enfin, amoureuse de chanson, on la voit sur un banc avec son médecin complice, évoquer Henri Salvador et les paroles de “ton père n’est pas ton père…”, non incongrues en ethnologie.

Si des personnalités s’engagent dans la vie de la cité avec leur expérience et leur notoriété, c’est généralement pour le faire savoir. Mais on découvre, 20 ans plus tard, que F. Héritier avait été nommée présidente du Conseil national du Sida créé par F. Mitterrand. Bien loin d’un titre purement formel, cette fonction a permis à l’anthropologue féministe d’enquêter et d’agir.

Le bilan qu’elle en tire avec l’historienne Michelle Perrot est édifiant : le CNS a obtenu (entre autres) que la médecine pénitentiaire, dépendant du ministère de l’Intérieur, soit rattachée à la Santé (ministère, pas prison !). C’était la victoire du droit au secret de la vie privée, dont elles avaient découvert l’absolue nécessité après avoir rencontré des prostituées, des femmes détenues. Toutes deux soulignant que la plus forte privation de liberté a toujours été celle des femmes.

Voilà des universitaires-femmes qui ont mis leur savoir, leur expérience, leur autorité, au service d’un engagement féministe. C’est-à-dire au service, solidaire, des femmes dont elles font partie. Toutes deux soulignent que ce 20e siècle avec la contraception a permis aux femmes, si longtemps soumises, de devenir sujets agissantes de leurs vies.

Françoise Héritier, comme beaucoup de femmes, a porté des noms différents selon le cours de sa vie : et elle s’est fait ces noms-là successivement, sous lesquels nous l’avons connue au fil de sa carrière : Françoise Izard, puis Héritier-Augé, puis simplement SON nom : Héritier (un masculin ! mais ça n’empêche rien). Quels hommes célèbres ont eu à garder une notoriété avec des noms successifs, qui sont simplement d’usage ? (On avait déjà connu le cas d’Alice Picard, première “recteur”, devenue Alice Saunier-Seïté, ministre)
Si elle avait gardé son nom sans porter celui de ses maris, on en aurait perçu toute la symbolique aussi, dans son domaine de recherche sur les filiations. Mais on la voit justement avec son ex et collègue, mais mieux que beaucoup de couples, retracer un bilan et parler avec intelligence.

Tous ces petits détails abordés en moins d’une heure ne marquent pas un grand écart entre une carrière professionnelle exceptionnelle et une vie de femme comme d’autres. Au contraire l’expérience de la chercheure nous incite à nous prendre en main, comme elle a utilisé son savoir pour aider les autres femmes.
Un détail parmi d’autres : elle n’hésite pas à faire remarquer que tout au long de sa leçon inaugurale au Collège de France, il y a 25 ans, elle libérait son angoisse et son trac en manipulant un mouchoir en boule… Même à ce niveau, une femme seule devant un auditoire d’hommes connaît la même expérience que les autres. Trivialité hors de propos ? non. Elle-même l’assume et nous invite à bouger.

Cette femme du commun et hors du commun a tenu à laisser une filiation et un lien pour l’action future : les associations de femmes gardent le souvenir ébloui - et amical - des interventions de Françoise Héritier pour les inciter à continuer, mettant son savoir à leur disposition comme outil de réflexion.

On l’avait retrouvée aussi parmi 200 intellectuels appelant à soutenir la candidate Ségolène Royal et démolissant, il y a deux ans dans Le Monde, les arguments misogynes.

AInsi n’y a t-il aucune excuse pour le genre qui chipote “oh non, JE ne suis pas féministe”. Ah bon ? et JE veux tout quand même ? S’il n’y avait pas eu de féministes, comment aurais-JE eu la contraception et mille petites libertés acquises difficilement ? Comment pourrais-JE espérer - un jour ?! - un poste, un salaire, une retraite, les conditions de vie que je mérite ?

Ces grandes universitaires si discrètes montrent l’exemple et nous incitent à “garder espoir dans la capacité humaine de changer” le monde.


Françoise Héritier souligne la nécessité d’abolir la hiérarchie homme-femme millénaire et en tous lieux : moyen de “rendre le monde meilleur, car c’est la première hiérarchie” et son abolition entraînera les autres progrès.
Elle nous invite à “l’espoir pour ce siècle”, “une époque formidable”.

Optimiste en plus, par les temps qui courent… Il y a des femmes formidables ! à nous de les mériter. Engageons-nous ; et les filles, faites des études !

Voir ici :

Empreintes - Françoise Heritier

lundi 12 janvier 2009

Micheline Calmy-Rey s'exprime sur la violation des conventions de Genève à Gaza


Micheline Calmy-Rey

Mise au Point émission de la TSR, télévision suisse romande, recevait ce 11 janvier Micheline Calmy-Rey, cheffe du DFAE, femme politique, féministe, membre du parti socialiste suisse, conseillère fédérale chargée des affaires étrangères, présidente de la confédération en 2007.
Elle s'exprime sur la violation des conventions
de Genève de la part du gouvernement israélien, mettant en exergue le désir d'extension de l'état hébreu qui cherche dans le Hamas une légitimité à une violation de territoire, à une expropriation manu militari, massacrant sans la moindre vergogne des centaines de civils!
Mais écoutez-la, il est possible d'évoquer la p
olitique étrangère sans langue de bois!
Vous voyez de qui je veux parler, je ne le nomme même
pas, il n'en vaut vraiment pas la peine!

L'émission c'est par ici :
http://www.tsr.ch/tsr/



vendredi 12 décembre 2008

Au risque des 1001 nuits de Camille Delnoy


Edouard Boubat

"La petite fille aux feuilles mortes" 1947

Frère regarde

Ce soir, les nuages qui longent

Les lèvres du Nil

Ne pourront plus être aimées;

Ce soir le ciel du Rub'al-khâli

A la bouche pleine de sable.

Dans un désert frère, mon frère

Les grandes pyramides se taisent

Du poids des siècles et des traditions

Sur les hurlements barbelés

D'une enfant qu'on excise

D'une fleur de femme qu'on infibule.

C'est la loi du silence, du désert

Et du droit de l'Homme

Sur l'entre-jambe.

Frère, écoute

Ce chuchotement lointain

Qui meurt au détour d'une main

De dune.

Camille Delnoy, Au risque des 1001 nuits, in Faits divers, poésie, La Longue Vue

Lu sur photoeurdetrouble

mardi 9 décembre 2008

Faites des très courts - Make very short movies

Donc réalisatrices en herbes toutes à vos caméras pour un p'tit court

puisque le festival inaugure cette année une nouvelle catégorie :

Paroles de Femmes - Women's Words

Ma petite sélection des éditions précédentes...les auteurs des réalisations des prénoms masculins...

Je t’aime

http://www.trescourt.com/?page=fr_film&id_rubrique=371

Double soupir

http://www.trescourt.com/?page=fr_film&id_rubrique=207

Cirugía

http://www.trescourt.com/?page=fr_film&id_rubrique=356

Not so small talk

http://www.trescourt.com/?page=fr_film&id_rubrique=377

It’s a man’s world

http://www.trescourt.com/?page=fr_film&id_rubrique=370

Sémaphore

24-25-26 avril 2009

11e édition des Très Courts

Les inscriptions à la 11e édition du festival International des Très Courts sont ouvertes, et vous avez jusqu'au 10 février 2009 pour proposer vos nouvelles créations très courtes.

La compétition internationale est ouverte à tous, elle regroupe le meilleur et le plus court de la production internationale.

Une nouveauté cette année : l’ouverture d’une compétition intitulée
Paroles de femmes, réservée aux réalisatrices de tous pays, mais aussi aux réalisateurs dont le film aura pour sujet principal la femme.

Aux côtés de ces 2 compétitions phares, 7 autres compétitions nationales ou régionales seront aussi proposées cette année.

Et bien sûr, toujours la même et unique règle,
3 minutes max, hors titre et générique.

Formulaire et règlement sont disponibles directement sur le site du festival.

April 24-25-26, 2009

Very Shorts Festival 11th edition

Registrations to the 11th edition of the Very Shorts International Festival are open. You have until February 10th, 2009 to propose your new very short creations.

The International Competition is open to all. It gather the best and the shortest of the international production.

New this year: opening of a competition named Women's Words reserved to women directors of all countries, but also to any movie with the woman as main subject.

Beside those two main competitions, 7 other competitions, either national or regional, are also available this year.

And of course, still the same immutable rule:
3 minutes max, without title and credits.


Registration form and Festival's rules are directly available on the Festival's website.

jeudi 13 novembre 2008

Vous êtes membre/s du PS, vous êtes féministe/s lire et signer la contribution des égalEs avant le congrès de Reims!


Avant le congrès de Reims, il vous est instamment demandé de réfléchir aux notions de parité et d'égalité.
Aussi, je vous invite à lire et à soutenir la contribution des égalEs en la signant et en la diffusant autour de vous ;
pour que ce congrès de Reims soit le symbole d'un changement manifeste et tant attendu au sein de l'appareil du parti dont les répercutions iront bien au delà!...

Le PS ne peut se réclamer être un parti féministe s'il ne respecte des engagements concrets quand les voeux pieux ne sont là que pour faire taire nos revendications!

La représentativité des femmes en politique est un enjeu majeur pour les sortir de l'ostracisme séculaire dans lequel l'habitus patriarcal les maintient.

Ce combat est un atout essentiel pour lutter contre le conditionnement des femmes à rester invisibles et muettes, pour lutter contre le sexisme insultant, méprisant dont des responsables du parti ont pu nous montrer combien cette vermine était virulente dans les mentalités pachydermiques qu'il est grand temps de réformer!
Sémaphore

signez cette contribution thématique autonome des autres propositions et motions
http://www.egales. org/spip. php?article1


(extrait de leur contribution)

Le congrès de Reims ouvre une ère nouvelle qui peut être celle de tous les meilleurs possibles. Les femmes du Parti Socialiste ont des attentes précises de ce congrès. En particulier celle d’être reconnues comme membres à part entière de leur parti.

Nous devons traiter ce problème ici et maintenant et non pas nous contenter une nouvelle fois, comme lors de nos précédents congrès, de brosser un panorama à la Zola du sort réservé aux femmes dans les différentes sphères de la société.

A quoi cela sert- il si nous n’avons aucune marge d’action politique ? L’urgence est de régler une fois pour toutes la question de la place légitime des femmes au sein du Parti Socialiste, de la parité dans nos instances.

Alors, et seulement alors, nous aurons les moyens de faire pour les femmes et avec elles ce que nous disons, et avec elles nous engager à changer les choses.


Parce que, comme citoyennes, la loi de la République nous a faites les égales des hommes en droits et en devoirs,

Parce que nous ne sommes ni plus ni moins qu’eux, ni meilleures, ni pires, mais tout de même la moitié de l’humanité,

Parce que nous sommes « socialistes et donc féministes »,

Parce que nous sommes européennes tout autant qu’attachées à notre pays,

Parce que nous sommes militantes politiques, syndicalistes, associatives,

Parce que faire de la politique, pour nous aussi, c’est exercer des responsabilité s politiques,

Parce que nous travaillons, gagnons nos vies, prenons notre part des charges domestiques, des soins et de l’éducation de nos enfants, des soins de nos parents,

Parce que nous contribuons à la richesse économique et culturelle de notre pays,

Parce que nous portons le même poids de responsabilité collective que les hommes dans les choix qui sont faits,

Parce que nous avons acquis les mêmes compétences, intellectuelles et professionnelles, que nous avons les mêmes capacités à progresser, et que nous savons aussi bien qu’eux nous adapter aux nouvelles tâches et aux nouveaux outils,

Parce que nous donnons du temps pour notre parti, et cela jusqu’au bout de notre vie,

Parce que nous en avons assez d’être les invisibles, les gentilles auxiliaires, bonnes pour les corvées, celles que l’on appelle et qu’on renvoie selon les besoins du moment, ou que l’on remplace par des inconnues qui ne vont rien déranger, mais qui sont recommandées par tel mari, tel père, tel protecteur,

Nous ne voulons plus de ce Parti socialiste-là pour nos filles, pas plus que pour nos garçons, qui ont été ensemble sur les bancs de l’école et qui ne se reconnaissent pas dans ce monde politique, coupé de la société, figé par des décennies de culture patriarcale.

Nous ne sommes pas dupes. Nous savons les lieux - dont nous sommes exclues - et où s’exerce le véritable pouvoir.

Le congrès de Reims devra mettre un terme à ces procédures d’un autre âge, à ces semblants de démocratie, si notre parti veut être celui de l’avenir.

(...)

lundi 10 novembre 2008

La morale puritaine bourgeoise et la sexualité des femmes... Yolande Geadah


LE CORPS SUBLIME
Un documentaire de Jérôme de Missolz

« La morale puritaine bourgeoise, inspirée du christianisme, interdit les relations sexuelles libres pour les femmes, mais tolère ou encourage la prostitution »
Yolande Geadah

(citation lu chez Chaminou : http://www.blogg.org/blog-54474.html)

dimanche 9 novembre 2008

We have a dream : a woman President !


C'est un homme de gauche qui vient d'être élu aux USA, un homme soucieux du peuple, soucieux des plus démunis, outre-atlantique être de gauche entraînera-t-il des réformes, des actes en adéquation avec les discours...

Parce qu'en France être de Gauche... Les définitions font dans l'éclectisme...et pour l'adéquation : elle n'a pas la simplicité des jouets éducatifs pour le premier âge !

Mais déjà plane l'annonce d'une ouverture faite aux républicains...

En outre, songer que des sommes colossales ont été remises aux différentes chaînes de télé aux seules fins d'être omniprésent...que d'offrandes à la déesse médiacratie pour que vos prières soient entendues!...Quand celles des miséreux restent sans réponses!

(J'espère qu'il n'a pas l'intention de remercier Sarah Palin de lui avoir fait bénéficier des voix des partisans d'Hilary Clinton!... Cynique moi?!...)

Les USA pays où la ségrégation raciale et sociale est toujours très vivace vit ce jour un moment historique.

Les mariages interraciaux étaient encore interdits quand Barack Obama voit le jour, il y a 47 ans.

Un rappel
1964 : le droit de vote des noirs aux USA, c'était hier!
"En 1964 est promulguée aux États-Unis la loi sur le vote des Noirs. Jusqu'à cette date, dans la plupart des États du sud des États-Unis, les Noirs devaient prouver l'ancienneté de leur appartenance à la nation américaine et être capables de commenter la Constitution de 1787."

Barack Obama élu 44ème président des États Unis brillant orateur a mentionné l'anecdote de cette femme noire de 106 ans qui est allée voter, soulignant toutes les évolutions sociales dont elle avait été le témoin, évoquant les droits âprement acquis, son investiture ne sera effective qu'en janvier 2009, rédigeant ceci je pense à la possibilité d'un attentat, passent les spectres des assassinats de John F. Kennedy et de Martin Luther King,... le pays où tout est possible nous rappelle Barack Obama dans son premier discours de président, Martin Luther King voit son rêve prendre forme....qu'il ne devienne une cible.

Un homme noir à la maison blanche c'est un puissant symbole pour cette nation esclavagiste, ségrégationniste ; une victoire que je tiens à souligner, cependant je ne peux oublier le sexisme de la campagne vis à vis d'Hilary Clinton, pourquoi toujours autant de réticences à voir un pays gouverné par une femme, là aussi les préjugés, les mentalités doivent évoluer.

Sa compagne Michelle , vice-présidente de l'hôpital universitaire de Chicago, issue d'un milieu modeste, pragmatique et forte d'une repartie qui ne donne jamais dans la langue de bois, fut sagement, savamment écartée par les conseillers en communication... ou comment même une future first lady est muselée quand la spontanéité n'est pas de bon aloi!

L'esclavage des femmes est tellement perçu comme une chose "naturelle" de part le monde!
Leur participation sur la scène politique, très souvent décriée, est si peu représentative de l'évidente réalité de la population!

Or le sexisme semble avoir de beaux jours devant lui quand les femmes doivent quémander l'acquisition de droits fondamentaux comme celui de voter, les femmes des citoyens de seconde zone, les femmes suspectée de ne pas être des adultes à part entière pouvant vivre autonomes sans la protection d'un homme.

Le mépris à l'encontre des femmes fait tellement partie du décors qu'il en devient invisible parfois aux yeux de ses premières victimes elles-mêmes!...

Un fait historique qui parle de lui-même sur ces petits mâles qui nous gouvernent car même si nous sommes au XXI siècle ce sont les mêmes qu'hier ceux qui décrétaient que le droit de vote des femmes pouvait attendre, d'abord l'accorder aux hommes noirs à partir de 1869 ; les femmes, elles devront attendre 1920 pour que ce droit qui leur attribue la faculté de discernement soit effectif dans tous les états ...

L'apartheid des femmes par la caste masculine est le mieux partagé étant donné qu'elle s'est octroyée le seul droit d'accéder aux postes décisionnels!

Sémaphore




lire cet article
http://mauvaiseherbe.etats-unis-plutot un noir qu'une-femme/

vendredi 24 octobre 2008

Corps rêvés ou corps agissants ? par Françoise Hatchuel

Corps rêvés ou corps agissants ?

Au-delà de l’imaginaire social
26 novembre 2002 par Françoise Hatchuel

Les désirs sur le corps sont si nombreux qu’on pourrait y voir le signe même de notre liberté individuelle : imaginer le corps de l’autre, le sien, créer et entretenir ses désirs. La réalité est plus complexe : le désir, nos désirs, ne résultent-ils pas d’un savant dosage, mêlant pouvoir et intérêts économiques ? Françoise Hatchuel démonte ce mécanisme de la construction de l’imaginaire social du corps, et dresse quelques pistes pour que nous puissions nous réapproprier nos désirs.

Parce qu’il constitue notre ancrage dans la réalité, le corps nous pose la question du rapport entre cette réalité et notre imaginaire, qui lui-même nous renvoie au désir.

Pourtant, l’imaginaire n’est pas le désir. En un sens, on pourrait dire qu’il en est une forme appauvrie et normativisée. Car le désir est trop divergent et explosif pour ne pas être cadré : il est nécessaire de lui poser certaines limites, dont nous verrons tout à l’heure quelles formes elles peuvent prendre.

Mais dans le même temps, ces limites nécessaires sont bien souvent le prétexte à une mise en images et aux normes du désir par la société de consommation : tentative de nous dire ce que nous devons désirer, dépossession de nos désirs, et donc de nos corps, rabattement du désir sur la marchandisation et par là, renforcement des oppressions car l’imaginaire préformaté entrave la créativité réelle, et donc l’action. La société de consommation nous dit que nous serons bien plus heureux en adoptant les rêves prêts à consommer qu’elles nous livre et qu’elle satisfera (avant de nous créer de nouveaux besoins), qu’en agissant pour changer nos vies. Le corps devient donc le lieu d’un investissement sur le mode de l’image et de l’imaginaire et non plus celui de notre rapport au monde et de l’action. Nous nous mettons au service de notre corps et de l’image que nous en avons au lieu de mettre notre corps, passerelle entre nous et le monde, au service de nos projets.

C’est nous qui devenons la passerelle entre les prescriptions consuméristes du monde et notre corps qui devient le but et non l’outil. Il y a donc urgence à libérer nos désirs des imaginaires formatés, à y retrouver la subversion de l’absolu liberté. Pourtant, face à la montée des égoïsmes et des individualismes, on ne peut faire l’apologie du seul désir sans être attentif/ves aux limites à lui poser. Si nous ne les trouvons plus dans les normes sociales, c’est dans la nécessité de l’attention permanente au désir de l’autre, miroir et barrière de notre propre désir, qu’il faut chercher les réponses. Je ne fais plus ce que l’on me dit de faire, mais ce que je veux dans la mesure ou je peux intégrer non pas les normes et les automatismes mais le sens de l’autre et du collectif dans mon désir. Cela s’appelle savoir faire des compromis.

Du désir à l’imaginaire

Au moins depuis Georges Bataille sinon depuis Sade, on sait que si le sexe est subversif c’est avant tout comme lieu de créativité hors de toute norme sociale où tout est à inventer dans la géographie des corps puisque, en théorie, il ne s’agit que de deux individus aux prises avec leur propre désir et celui de l’autre, dans l’intimité, c’est-à-dire sans irruption de l’extérieur. De la même façon, M. Foucault voyait en l’homosexualité un refus des normes sexuelles et familiales, de la stabilisation par l’enfant, une primauté du désir sur l’ordre (ce qui pose d’ailleurs la question de la revendication de stabilisation des couples homosexuels).

On voit donc à quel point on est loin de la pornographie marchande qui nous dit quoi penser, rêver, fantasmer et comment jouir, alors que le désir est multiforme, changeant, mobile, et ne se laisse justement pas mettre en image. Il est adaptation permanente à la réalité alors que l’image est fixe.

Mais l’image est attirante car elle peut être parfaite et coller à notre désir du moment (même si elle le fige) alors que la réalité résiste. C’est, bien entendu ce qui en fait la richesse et l’intérêt (que serait un monde soumis perpétuellement à nos désirs ?), mais il est tellement plus facile de rêver à l’acte que de se colleter au réel ! L’imaginaire nous paraît toujours plus beau que la Nature car il est virtuellement parfait alors que l’imperfection, la finitude nous terrifient. L’imaginaire, qui fige le désir, est aliénant car il nous enferme dans l’institution imaginaire de la société et nous empêche de concevoir des solutions concrètes, réelles et applicables à nos questionnements.

Imaginaire et capitalisme

Et ce d’autant plus que l’imaginaire constitue une formidable proie pour le capitalisme. La société marchande joue en effet sur les phénomènes psychiques d’envie et de mimétisme qui nous poussent à vouloir ce que veut l’autre et ce qu’il/elle n’a pas. Francis Hofstein décrit un monde où il s’agit de "s’empiffrer pour ignorer la faim (.) [et où] l’être humain a peur de ses sensations et s’angoisse à l’idée même de l’angoisse. Il se bourre donc de médicaments (.) et veut sa vie aussi lisse que du verre" à l’image du bonheur poisseux et sans désir, que l’on nous vend sur catalogue. Parce que le connu nous rassure, la société marchande évite soigneusement de nous encourager à dépasser cette peur (l’inconnu se fabrique difficilement en série..) et nous abreuve consciencieusement de compilations et autres souvenirs préfabriqués tueurs de désir. De la même façon, les médias nous montrent ce que nous avons a priori envie de voir, c’est-à-dire ce qui ressemble le plus à ce que nous avons déjà vu. P. Bourdieu a bien montré en quoi tout ce système contribue à forger nos habitus et surtout à les rendre prégnants, insidieux, multiformes, se nichant dans les moindres détails : l’habitus, c’est notre façon de manger, de parler, d’entrer en rapport avec l’autre, de se situer, de chercher (ou de ne pas chercher), de découvrir (ou de ne pas découvrir), etc. Il s’inscrit dans le corps et l’agir et cadre notre façon de faire et de penser et c’est bien pour cela qu’il est si difficile à combattre.

Pourtant, nous savons bien que si nous voulons nous libérer un tant soit peu des pesanteurs, chaque collectif doit faire ses choix en fonction de ses propres objectifs et non pas attendre des solutions de l’extérieur (patronat, élites gouvernantes et autres directeur/trices de marketing) : éthymologiquement, être autonome, c’est bien créer ses propres lois. Pour ce faire, il nous faut donc chercher inlassablement à maintenir un espace pour la nouveauté, mais une nouveauté pensée et réfléchie. Or, même l’inventivité est rabattue sur sa valeur marchande au lieu d’être entendue en terne d’éthique et de progrès politique. Car une des caractéristiques du système capitaliste réside dans l’unicité du système de valeur : il n’existe qu’une seule valeur, celle fournie par les marchés, au détriment de toute autre considération. Cette vision manichéenne est extrêmement néfaste car elle nous pousse à hiérarchiser l’ensemble des phénomènes sociaux : s’il n’y a qu’une seule échelle de valeurs, on est forcément au- dessus ou en dessous, et pour être égal il faut être identique. Alors que la coexistence de plusieurs échelles de valeurs permet d’accepter la différence et la variabilité des jugements. Ce rabattement sur une unique échelle empêche donc l’individu de choisir ce qui, pour lui/elle, fait sens, et donc d’agir sa vie en fonction de ses critères propres. Nous allons en voir quelques exemples concernant l’imaginaire du corps.

Imaginaire du corps et oppressions

Le premier exemple est celui du tchador à la mini-jupe. Symboles extrêmes d’une soi-disant libération sexuelle opposée à une oppression dépassée, le tchador et la mini-jupe m’apparaissent en fait comme les deux faces (simplement adaptées à des sociétés différentes) d’une même vision du féminin et du corps des femmes conçu uniquement comme objet du désir des hommes. Qu’il s’agisse de les cacher ou au contraire de les exhiber, et dans tous les cas de les entraver et d’empêcher leurs mouvements, les corps des femmes sont, dans les deux cas, ravalés au rang d’images tentatrices et plus ou moins interchangeables. Pour M. Donzel, cela revient à nous faire haïr notre corps réel et donc bien entendu à ne pas pouvoir l’investir : pas facile d’agir quand vous devez être sans cesse en train de vous demander ce que les autres pensent de vous et si votre mèche de cheveux est bien en place. Les hommes n’ont bien évidemment pas ce type de problèmes : ils portent un uniforme protecteur et confortable qui ne les positionne pas comme objets de désir. Les homosexuels l’ont d’ailleurs bien compris, qui ont pris l’habitude, davantage peut-être que les autres hommes, d’adapter leurs vêtements à leurs activités, marquant la différence entre l’espace public, dédié à l’action, et l’espace privé, lieu de la séduction. Et si l’espace public sans séduction peut nous apparaître comme triste, c’est bien parce qu’on le dépouille de ce qui en fait sa richesse, à savoir l’autonomie et la responsabilité.

Le deuxième exemple, évoqué dans l’article de C. Delphy, c’est bien sûr l’imaginaire autour de la sexualité et de ce qu’elle "doit" être. Sexualité prescrite, automatisée, niant toute la dimension (et la complexité) de la rencontre entre deux êtres humains et de la liberté qu’elle ouvre. La soi- disant libération sexuelle, c’est avant tout le libre-échangisme sexuel, c’est-à-dire comme tout libre-échangisme, la loi du plus fort, et donc la porte ouverte à "ce surcroît d’esclavage du corps qu’est la traite des femmes" [1]. Se soumettre à l’imaginaire social, c’est se soumettre à une vision de la sexualité essentiellement construite par et pour les hommes et admettre que, de toutes façons, nous n’avons pas pouvoir de définir nous- mêmes nos sexualités. Prises en tenaille entre des tabous traditionnels qui les empêchent de dire "oui", et une pseudo-libération sexuelle qui les oblige à dire "oui", bon nombre de jeunes filles et jeunes femmes, notamment issues de milieux dominés, se retrouvent dans l’incapacité de construire leurs choix et de se positionner pour et par elles-mêmes. C’est- à-dire que la libération sexuelle existe bel et bien, mais pour les hommes et les classes dominantes.

Le troisième exemple aborde la question du rapport au réel, à travers la disqualification du travail concret, matériel, physique, au profit du travail intellectuel et immatériel. Ce mépris du travail pratique, c’est avant tout un mépris du corps et, encore une fois, de l’imperfection de la réalité face aux sirènes de notre imaginaire. Pourtant, c’est bien sur la réalité que s’exerce notre pouvoir de transformation du monde. Comme le dit V. Marange, le matérialisme ne s’oppose pas à l’utopie. J’ajouterai même qu’au contraire, le matérialisme est la condition même de la réalisation de l’utopie, et que c’est bien en acceptant de nous colleter à la réalité que nous pourrons avancer un peu sur le chemin de nos rêves les plus fous, et par là même continuer à rêver. C’est toute une conception du travail et de la division des tâches qui est à revoir en admettant une bonne fois pour toutes que la réalisation matérielle d’une idée a au moins autant d’importance que sa conception. Inutile de dire évidemment, que tout ce travail déconsidéré, invisible, non pris en compte (à commencer par le travail domestique qui n’est, par exemple, pas comptabilisé dans les indicateurs de production de richesses) est effectué essentiellement par les femmes et les dominé/es, les élites étant, elles, bien au-dessus des basses contingences et des lois.

Le quatrième exemple sera abordé rapidement : il s’agit de la réflexion de Jacques Robin sur l’information. Celui-ci souligne qu’aujourd’hui une bonne partie du pouvoir réside non plus dans la maîtrise de la réalité matérielle mais dans celle du virtuel (information par exemple). Or le virtuel, parce qu’il n’a pas la même épaisseur, la même résistance que la réalité est encore plus facilement manipulable et creuse donc les écarts : face à la réalité, même les plus puissants doivent composer un minimum. Face à la virtualité, tout est permis !

Des pistes pour agir

Trois pistes apparaissent alors pour une meilleure réappropriation du corps comme lieu de l’action par chacun/e :

La première consiste à séparer espace public et espace privé. Le corps séducteur ne peut être le même que le corps agissant. On retrouve ici, incarnée dans les corps, la distinction de G. Mendel entre les registres affectif et socioprofessionnel. Une grande erreur des réflexions des années 70 sur la consommation a peut-être été de vouloir privilégier l’être sur l’avoir en oubliant que l’être passe par le faire. C’est par nos actes que nous nous situons.

Ensuite, il faut travailler, individuellement, collectivement et sans relâche à une résistance non violente mais têtue face aux sirènes. Nous demander et nous redemander sans cesse, pourquoi nous consommons, pourquoi nous acceptons qu’un voyage sous les cocotiers soit le summum du cadeau idéal, ce qui nous tient vraiment à coeur et si nos choix a priori banals nous correspondent vraiment.

Enfin, parce que l’action ne peut être que collective, nous devons mettre en place les conditions concrètes d’émergence des compromis, qui doivent être suffisamment inventifs pour permettre de respecter ce qui est essentiel pour chacun/e : c’est en ce sens que les compromis peuvent ne pas être des compromissions. Mais le processus est complexe car il pose trois conditions : premièrement, être capable d’élaborer individuellement son projet et de dire, a contrario, ce qui est pour nous inacceptable ou dangereux [2]. Deuxièmement, de reconnaître aux autres le droit d’avoir un projet différent, et de prendre réellement en compte leur différence, alors qu’en général, soit on la disqualifie (et on retombe sur les méfaits des échelles de valeurs uniques), soit on l’ignore (sous couvert de "tou/tes ensemble"). Enfin il faut parvenir à élaborer collectivement cette rencontre au quotidien, c’est-à-dire pouvoir à la fois s’ouvrir à l’autre et poser des limites. Il s’agit donc, au final, de n’entendre notre propre désir qu’en tant que (et jusqu’au point où) nous sommes capables d’entendre en même temps celui de l’autre. C’est peut-être là que réside la différence entre autogestion et libéralisme.

Si l’on revient à notre question introductive, c’est donc bien nous-mêmes, en tant que collectif, qui devons nous protéger de notre propre envie d’égoïsme et donner un cadre à nos désirs. C’est la Loi collective, issue de mon propre désir quand il rencontre celui de l’autre, et pas un état impersonnel, qui me protège de moi-même et de l’autre.

Texte publié dans EcoRev’ no. 4

Notes

[1] A. Fouque, " si c’est une femme ", Informations sociales, n°80, 1999.

[2] C’est-à-dire qu’il s’agit d’assurer soi-même sa propre protection, et non de l’attendre de l’extérieur. Psychiquement, c’est aussi cela, l’autonomie, processus permanent de désengagement des conditionnements et des attentes.

jeudi 23 octobre 2008

Femmes sans domicile, 2de partie

Realisateur : Eric Guéret


Durée : 18:22

Femmes sans domicile, 1ière partie

Realisateur : Eric Guéret


Femmes sans domicile Partie 1
envoyé par Francki94

Durée : 18:36

lundi 13 octobre 2008

Isabelle Affolter, auteure de : Accueillir des femmes en détresse Le quotidien d'un centre d'hébergement, rencontre ce Mardi 14 octobre 08

«Il pleut des hommes» (extrait)

Paperasserie, courriers administratifs, cahiers de comptes, bref, bureau encombré. L. frappe et entre, s'assied en face de moi, le regard sur ses pieds ; elle tire ses mèches de cheveux devant ses yeux et s'agite.
J'ai toujours laissé les femmes de l'appartement thérapeutique entrer dans mon bureau, sauf pendant les entretiens bien évidemment, circulation appa­remment aléatoire, angoisse à dire ou à montrer, sta­tion rituelle dans des trajets.
Ces apparitions me rappellent pourquoi je me coltine à toute cette gestion qui encombre mon bureau et parfois ma tête ; une institution ça se gère, mais les murs servent à abriter des humains.
L. tripote ses cheveux et dit : «Et en plus les Algériens nous ont déclaré la guerre.»
Je continue mes écritures en pensant que cette phrase n'est pas dans le registre habituel du délire de L. Elle est en général poursuivie par des membres de sa famille dont elle ne sait plus s'ils sont vivants ou morts, elle trébuche sur l'identité de ses compagnes d'appartement qu'elle prend l'une pour sa mère, l'autre pour sa soeur, pense avoir été violée par le fils d'un rocker vieillissant, mais n'est pas très préoccupée par les événements politiques ; elle mène une autre guerre avec la part d'elle, qui l'assaille en voix.
«Et en plus il pleut des hommes.»
Je lève la tête, moi qui me pique d'entendre ce qu'elle tente d'articuler dans son délire pour soutenir son existence, je ne comprends pas ce qu'elle raconte... il pleut des hommes...
Le téléphone sonne, un collègue parti faire un accompagnement en voiture et qui écoute la radio m'informe que des avions viennent de s'écraser sur des tours à New York.
L. et moi, nous nous retrouvons devant la télévision de l'appartement qui marche quasi non-stop et je vois une pluie d'hommes qui tombent.
11 septembre 2001 ; qui délire ?

Mardi 14 octobre de 17h à 19h à l'amphi Y. Barat de l'IRTS Montpellier


l'IRTS, Psychasoc et les éditions Erès organisent un débat
Travail social : les enjeux cliniques, institutionnels, politiques
•Isabelle Affolter, auteure de : Accueillir des femmes en détresse Le quotidien d'un centre d'hébergement, présentera son ouvrage et son expérience de direction
•Jean-François Gomez fera une exploration de ses différents ouvrages et travaux en questionnant plus particulièrement l'écriture professionnelle, non seulement comme espace d'élaboration et de transmission de la pratique, mais aussi comme condition incontournable de la reconnaissance des travailleurs sociaux.
•Les deux intervention seront suivies d'un débat plus large sur les enjeux du travail social aujourd'hui.
•Joseph Rouzel, animera cette rencontre, en présence de représentants de l'IRTS et des CEMEA.

jeudi 18 septembre 2008

« Je suis dans le poing et dans la plaie... Claude Cahun



« Je suis dans le poing et dans la plaie ;
je me reconnais ici, là et partout. »
Claude Cahun


Soit une définition du féminisme!
Humaine et Rebelle
Mais ce serait réduire la diversité des lectures...
Sémaphore

Non à l'excision - Tiken Jah Fakoly


3 millions de fillettes excisées chaque année
150 millions de femmes mutilées dans le monde
28 pays d'Afrique concernés par la pratique
Au Mali, plus de 90% de femmes concernées

Non à l'excision, Tiken Jah Fakoly - kewego

vu sur le féminin l'emporte le groupe ivoirien Tiken Jah Fakoly, présent lors de la fête de l'huma, dont Emelire nous invite à voir le clip, puisse son message être entendu pour que cesse enfin cette pratique.
Le respect de l'individu prévaut à l'observance de toutes traditions pour le moins barbares!


Non à l'excision, texte de Magyd Cherfi (Zebda),
musique de Geoffrey Oryema, tourné et réalisé au Mali par Jessy Nottola.

Avec le soutien de l'ONG belge RESPECT http://respect-ev.org

La fête de l'Humanité vient de se terminer. par Calamity Jack

La fête de l'Humanité vient de se terminer.

Chaleureuse, fraternelle, bigarée, pétillante, elle a rassemblée 600 000 personnes. C'est une fête à la Prévert, pleine d'inventivité, de générosité. C'est une fête du livre (il y en a partout) et des artistes. C'est une fête africaine, maghrébine, cubaine, viietnamienne.... un vrai village du monde brassant sourires et bonne humeur, d'Angela Davis aux potes à Mandela et à la palestine.Un moment de fraternité rare, unique par son ampleur. C'est un foisonnement festif de débats politiques, animés par des communistes, dans des confrontations et des échanges larges et ouverts, qui donne l'image exemplaire de ce que pourrait être une vraie démocratie. Et donc c'est une formidable espérance pour une vraie politique de gauche.
De cela, nos médias n'en disent rien, trop occupés à relayer l'homélie obscurantiste d'un pape menant croisade contre l'émancipation humaine et la liberté de pensée et à pourchasser ses chrétiens progressistes.
Trois images sur la fête, trois mots tirés de leur contexte qui ne veulent plus rien dire.
De ce foisonnement d'idées et d'échanges, rien.
Du discours de Marie-Georges Buffet, abordant l'augmentation des salaires, la casse du secteur public, la défense des sans papiers, la dénociation du fichier Edvige discriminant gays, personnes malades, syndicalistes, pacifistes,militants de gauche et des droits de l'homme, libres penseurs de toute sorte, vous ne saurez rien.
De ses positions pour défendre la palestine, la bolivie, le vénézuela ou pour le retrait des troupes d'Irak pas davantage.

Je vous invite donc, si cela vous chante, à en prendre connaissance pour mesurer la distance abyssale entre ce que disent les médias et la réalité des faits .
Assertion exagérée?
En langage journalistique, on appelle cela vérifier l'info en allant à la source. C'est la base de la démarche d'investigation. Ouvrez cette belle page d'Humanité sur : http://www.pcf.fr/ d'un clic sautez dans l'action pour exercer sa si précieuse liberté de pensée.et profitez-en également, si vous aimez le mouvement, pour visiter les allées de la fête car je sais que nombreux sont ceux qui souhaitaient s'y rendre ou ont la curiosité de la connaître.

Belle journée ensoleillée et musicale à tous.
Rabbi Jacot, c'est mon nom de code en résistance car je suis poursuivi par Edvige!

Calamity Jack

samedi 13 septembre 2008

VERSUS



Versus du féminisme
à lire "Pépite" masculiniste
http://perrinesexprime.canalblog.com/archives/2008/09/12/

(ajouts)

jeudi 11 septembre 2008

Les couloirs de la vie



Illustration de Nathalie Novi


Ce drame qui a bouleversé ma vie est toujours en moi.
Parfois, ce
souvenir douloureux m’envahit et c’est comme un coup de poignard ; d’autres fois, c’est comme des lueurs mortes qui m’embrument l’esprit.
J’en ai tellement pleuré que mes yeux sont
secs, mon corps est vide de larmes.
Quel dommage ! Les larmes
c’est chaud, ça réconforte.

Une nouvelle de Linda Baaziz (15 ans) dédiée par son auteure aux femmes et aux enfants victimes d’abus sexuels, écrite en 1998 dans le cadre d'un atelier d'écriture du Collège Jean Moulin d'Alès accompagné par Thierry Lenain.

http://thierrylenain.free.fr/blog/linda.pdf


mercredi 10 septembre 2008

Le meilleur de l’Europe pour les femmes

« Pour l’instant, cette Union européenne a un caractère assez néolibéral, mais au lieu de nous contenter de jérémiades, nous devons nous atteler à participer au façonnement concret de cette réalité. Le projet de la clause de l’Européenne la plus favorisée est un outil splendide pour construire cette Europe tout en développant des aspects qui, s’ils auront une incidence certaine sur le marché et l’économie, partiront des femmes, c’est-à-dire des citoyennes, mettant au centre les êtres humains. C’est un outil politique qui nous permet de travailler de l’extérieur vers le centre, de reproduire de bonnes pratiques existantes et éprouvées. »

Elfriede Harth (Allemagne), représentante en Europe de Catholics For a Free Choice.

« Je pense que ces règles devraient être formulées par les femmes elles-mêmes, car les lois existantes ne peuvent jamais être les meilleures possibles. Par exemple, l’idéal serait de ne pas avoir de loi sur l’avortement du tout, et de le considérer comme une procédure médicale normale couverte par les lois et règles sur la médecine dans chaque pays. »

Rebecca Gomperts, présidente-fondatrice de Women on Waves, association néerlandaise qui pratique des avortements sur un navire stationné dans les eaux internationales au large des pays où l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est interdite.

« Souvent, les bonnes lois, bien qu’essentielles, ne suffisent pas à améliorer la condition des femmes : elles finissent par rester lettre morte si elles ne s’accompagnent pas de changements profonds dans les rapports sociaux. Nous vivons un moment très critique de l’histoire, qui est une régression par rapport au XXe siècle. Cela ne vient pas seulement de nos gouvernements mais de la société elle-même, et il est nécessaire de repartir de là. Il ne suffit pas de conquérir la majorité dans les Parlements pour obtenir les meilleures lois : il convient avant tout de reconquérir l’âme et l’imagination des femmes. »

Luciana Castellina, cofondatrice du quotidien Il Manifesto, ancienne députée du Parti communiste italien (PCI) et de Rifondazione Comunista.

« Comparer les lois dans tous les pays de l’Union européenne est un travail très important. Mais, même si la loi espagnole sur la violence contre les femmes, par exemple, est l’une des meilleures en Europe, il me semblerait judicieux de faire de la clause de l’Européenne la plus favorisée un exemple de loi idéale, une sorte de “rêve devenu réalité” qui considérerait tous les aspects d’un point de vue féministe. »

Tanja Auvinen, secrétaire générale de Nytkis, coalition des associations féministes finlandaises.

lundi 8 septembre 2008

Racisme et préférence pour l’identique : du clonage culturel dans la vie quotidienne par Philomena ESSED

Racisme et préférence pour l’identique : du clonage culturel dans la vie quotidienne

Philomena ESSED

Traduit de l’anglais par Brigitte Marrec

∗

Ceci est une version revue et abrégée de l’article « Rasism och preferens för

sammahet : om kulturell kloning i vardagslivet », publié dans K. Mattsson and I.

Lindberg (eds.), Rasismer i Europa – kontinuitet och förändring (Racisms in

Europe – Continuity and Change), 2004, Stockholm, Agora, pp 78-107.

source : http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=AMX_038_0103


Dans cet essai, j’envisage le problème du racisme sous trois

angles : du point de vue de ses manifestations dans la vie quotidienne

d’abord, du point de vue du genre ensuite, et pour finir, comme

instrument de clonage culturel. La première approche montre que les

exclusions et les humiliations raciales et ethniques font système et se

manifestent dans les pratiques les plus courantes de la vie de tous les

jours. Le racisme au quotidien est un phénomène banal, qui s’exprime

le plus souvent non pas en termes de « race », mais renvoie à de préten-

dues insuffisances liées à la culture et à l’origine ethnique. Et comme il

est communément admis que seuls relèvent du racisme les propos les

plus abrupts du genre « les-noirs-sont-d’une-race-inférieure », le

racisme au quotidien n’est que très rarement dénoncé. De plus, le refus

répété de reconnaître la nature raciste de certains propos est en lui-

même une forme non négligeable de racisme au quotidien (van Dijk

1993). Le deuxième angle d’approche fait apparaître que le racisme

opère en liaison étroite avec d’autres systèmes ordonnateurs de la

société et à travers eux, des systèmes tels que le genre, le statut socio-

économique, l’identité nationale, l’aptitude physique (Brah 1996 ;

Yuval-Davis 1997 ; Markus 2002). Dans cette partie, je m’intéresse sur-

tout au rapport entre racisme et genre, ce que j’ai appelé le racisme

genré (Essed 1996). Les concepts de racisme au quotidien et de racisme

genré permettent tous deux de comprendre comment la différence

ethnique et raciale est construite, problématisée, pathologisée puis

utilisée pour marginaliser l’Autre (dans ses dimensions raciales,

ethniques et genrées).

Ceux qui dénoncent les injustices de l’exclusion appellent souvent

à prendre des résolutions et des contre-mesures qui permettraient

d’inclure la différence sur un plan d’égalité. Or les luttes pour plus de

justice sociale (entre les « races », les sexes, les situations

économiques…) ont été entamées il y a longtemps, mais n’ont guère

permis d’inclure l’Altérité en l’affranchissant de sa relégation aux

marges. Les notions habituellement utilisées pour traiter de l’inclusion

de la différence sont la tolérance, la participation institutionnelle,

l’égalité, l’équité et la diversité. Aucun de ces concepts ne problématise

de manière satisfaisante l’autre côté de l’exclusion, c’est-à-dire celui de

l’inclusion au quotidien qui se produit sur la base d’un identique (perçu

comme tel) – d’une appartenance définie par des constructions

imaginaires qui postulent à tort des homogénéités de « races », de

cultures et de sexes. De plus, comme je le montre au cours de cet essai,

se focaliser sur l’inclusion de l’Altérité a pour conséquence de

minimiser un problème sous-jacent pourtant intimement lié au

problème de l’inclusion : à savoir que l’injustice sociale, ce n’est pas

seulement l’exclusion de l’Altérité ; c’est aussi l’inclusion sélective, et

surtout l’inclusion de plus de même. C’est cette idée et cette pratique de

la préférence pour l’identique que j’ai appelées clonage culturel. Cette

notion de clonage culturel, à laquelle je consacre la plus grande partie

de mon article, me permet d’envisager le racisme comme instrument de

clonage de positions et de sphères privilégiées, seules accessibles à qui

remplit un certain nombre de critères : être un homme (se revendiquant)

blanc, physiquement apte, de statut social élevé et de la bonne

nationalité.

Le clonage au sens culturel est un concept nouveau (Essed 2002)

qui trouve son origine dans les exigences sociétales de la modernité et

en est le produit. Dans la mesure où la « race » et le genre sont

constitutifs de la modernité (Goldberg 2001), la culture du clonage se

retrouve dans la construction d’espaces privilégiés (en termes de

« race », d’ethnicité, de sexe et de statut social) qui profitent des

retombées et des valeurs des marqueurs-clés de la modernisation :

mondialisation, haute technologie, consommation de masse et

productivisme (Essed et Goldberg 2002).

Parallèlement au clonage culturel, et en liaison avec lui, se déve-

loppent également des tendances qui s’opposent à ces forces d’homogé-

nisation. De plus, les systèmes de valeurs et de technologies spécifiques

(dont les systèmes forgés par le clonage culturel font partie) produisent

aussi leurs propres modes d’opposition. Ainsi, grâce aux technologies

de communication rapide, ceux qui travaillent sur le racisme peuvent se

mettre en rapport les uns avec les autres, s’épauler, partager le savoir,

les idées, la colère et les stratégies d’opposition au racisme quotidien.

Ce qui nous amène au premier angle d’approche.


Le racisme au quotidien

Il y a quelques années, une jeune femme d’Afrique du Sud, à

l’époque étudiante dans une université de Suède, a pris contact avec

moi par internet. Un sentiment de marginalisation raciale l’oppressait

sans relâche, sans qu’elle puisse trouver « nulle part où y échapper »,

selon ses propres termes ; elle avait eu l’occasion de lire mes publica-

tions sur le racisme au quotidien et voulait me faire partager son expé-

rience. Il y eut un échange de courriels. L’invisibilité des femmes

noires dans la théorie, la littérature et la vie universitaire l’indignait et

l’attristait. Déterminée à ne pas se laisser marginaliser en tant qu’étu-

diante femme et noire, elle décida de prendre le problème à bras le

corps et de consacrer sa thèse au racisme dans le monde universitaire.

Elle s’entendit alors dire par son directeur, que la nature « militante »

de son texte pourrait « poser problème ».

Il n’est pas rare que la lutte contre le racisme soit découragée, voire

réprimée ; au contraire, cette tendance est plutôt symptomatique du déni

général du racisme en Suède et dans d’autres pays européens (de Los

Reyes 2001). Cette étudiante a quitté la Suède, ayant obtenu un poste en

Australie où elle se sentait plus libre de mener à bien ses recherches et

sa lutte contre le racisme…

Et puis l’autre jour, tout à fait par hasard, je trouve sur internet une

référence à un ouvrage intitulé Discrimination à l’Université en Suède :

ethnicité, « race », culture et relativité de la loi, d’Ingrid Tufvesson

(Tufvesson 2001). C’était elle !

Les instruments de répression peuvent inclure des réponses d’auto-

rité (mort, violence, emprisonnement) tout comme des formes plus

douces (harcèlement dans les media, moqueries, isolement au sein de

ses pairs) (Essed et Goldberg 2002b). Intimidations quotidiennes et

appels à la tolérance peuvent aller de pair, et faire ainsi accroire que la

tolérance est l’antidote du racisme ; que le racisme relève de l’idéologie

plutôt que de la pratique ; et que le racisme ne peut qu’être un mythe

puisque la « race » n’est pas un concept biologique. En pratique, la

tolérance se transforme souvent, si ce n’est toujours, en indifférence

vis-à-vis de la discrimination, ou en absence de réaction lorsque des

commentaires insultants sont proférés à l’encontre de groupes raciaux

ou ethniques, ou que des actes de discrimination sont commis

insidieusement, ou que préférence est donnée en toute bonne

conscience à ceux qui affirment être de vrais Européens, qui affirment

être des Hollandais authentiques, des Allemands authentiques, des

Français authentiques, ou des Italiens authentiques. Le terme

« authentique » correspond généralement au fait d’être blanc, et d’avoir

un sentiment d’appartenance à une nation – construction de

l’homogénéité en rapport avec le langage, la religion, la culture, la

nation, le sentiment d’appartenance géographique (Balibar 1991 ;

Oommen 1997).

Pourquoi distinguer le racisme du racisme au quotidien ? Le

racisme au quotidien ne renvoie pas à des actes extrêmes ou excessi-

vement violents. Sa caractéristique principale est de pouvoir se produire

à tout moment, dans les situations les plus diverses, de manière

répétitive, à l’improviste. Il fait partie intégrante des micro-événements

de la vie de tous les jours, ne s’identifie pas aisément, et pris isolément,

ne semble guère avoir d’importance. Mais l’accumulation de ces inci-

dents provoque des traumatismes sociaux, économiques et émotionnels,

et finit par devenir un fardeau dont il est impossible de se défaire, voire

même un risque pour la santé psychologique et physique de l’individu

(Fulani 1988 ; Jackson 1996). Relèvent du racisme au quotidien les

refus à répétition, l’exclusion, les humiliations fondées sur des caracté-

ristiques de phénotypes ou de cultures qui trouvent souvent leur

justification dans une prétendue supériorité morale et culturelle de « la

race blanche » et de « l’Occident » sur « les autres », à savoir la vaste

majorité du monde.


Le racisme genré

Ni la « race », ni l’ethnicité ne sont neutres du point de vue du

genre ; au contraire, elles intègrent des aspects concernant le masculin

et le féminin qui varient selon les « races » et les ethnies. Le racisme est

intimement lié au genre et renvoie à des constructions où s’imbriquent

la « race », l’ethnicité et le genre : c’est ce que j’ai appelé le « racisme

genré » (Essed, 1991), concept qui a été utilisé et approfondi dans un

certain nombre de travaux (Benokraitis 1997 ; St. Jean et Feagin 1998).

La manière dont est perçue la sexualité hétérosexuelle des Asia-

tiques et des Africains en est un excellent exemple. Les idéologies et les

histoires spécifiques à chaque groupe ethnique ont un impact sur la

façon dont les hommes et les femmes sont sexualisés et pathologisés.


Les Européens pensent généralement que les Africains jouissent d’une

virilité hors du commun, que les Africaines multiplient les partenaires,

que les Asiatiques sont passives et exotiques, et les femmes des com-

munautés musulmanes atrocement exploitées. Le sentiment anti-

islamique se manifeste dans la diabolisation des cultures musulmanes

qui sont dénoncées comme hyper-sexistes, alors que sont minimisées,

dans les cultures Européennes, la persistance de la violence (sexuelle),

du plafond de verre et d’autres formes d’exclusion (Salih 2000). Cette

influence qu’ont les images racistes sur la critique du genre peut poser

problème aux femmes de couleur qui se battent pour la libération des

femmes. Ainsi se trouvent-elles prises au piège, lorsque les luttes

qu’elles mènent de l’intérieur, contre les abus physiques et les con-

traintes sociales imposées par leurs propres communautés, sont défor-

mées, de l’extérieur, par des propos racistes qui affirment, par exemple,

que le « voile » symbolise les rapports sociaux de sexes « d’un autre

temps » caractéristiques des cultures musulmanes. L’alternative qui

consisterait à ne rien dire contre la communauté aurait pour effet de

légitimer la subordination des femmes dans leurs propres cultures.

La thèse qui soutient que les cultures et les catégories sociales ne

sont pas homogènes et que les systèmes de domination sont imbriqués

les uns dans les autres, gagne du terrain auprès des spécialistes des

questions de « race » et de genre (Crenshaw 1991 ; Harding 1993 ;

Yuval-Davis 1997 ; Collins 1998 ; Gilman 1999 ; McClaurin 2001 ;

Twine and Blee 2001 ; Essed et Goldberg 2002 ; Goldberg et Solomos

2002 ; Essed et Goldberg 2002b). Mais dans le domaine de la pratique,

il y a encore beaucoup à faire. Les politiciens, les décideurs et les

penseurs dominants s’en tiennent à des différences tranchées et à des

catégories hermétiques lorsqu’ils abordent les questions d’équité : les

femmes (la catégorie de référence sous-entendue étant les femmes

blanches); les « minorités ethniques » (la norme implicite étant : les

hommes) ; les « handicapés » (nécessairement blancs), etc.


Le clonage culturel

La discrimination positive, la formation à la diversité culturelle, les

programmes de lutte contre le racisme, les exigences nouvelles concer-

nant l’intégration du genre ou la diversité, ont peut-être fait diminuer

les formes les plus patentes de pratiques discriminatoires, mais n’ont

pas fait disparaître les discriminations fondées sur le sexe, la « race »,

l’ethnicité. Ni la discrimination positive, ni l’action positive, ne

tiennent compte du fait qu’une femme ou un individu de couleur ne

sont pas seulement en concurrence avec d’autres candidats, mais

doivent aussi lutter contre des images collectives négatives en termes de

sexe, de « race » et d’ethnicité, dans un contexte où les compétences

attribuées au masculin et à la couleur blanche sont sur-évaluées. Les

profils recherchés, surtout pour les postes à haute responsabilité, que ce

soit dans le public ou dans le privé, sont surtout ceux qui répondent aux

critères de « race » blanche (masculine) et de masculinité (blanche). En

problématisant ainsi la préférence pour l’identique comme instrument

de normalisation et de clonage culturel, je souhaite que l’attention se

focalise moins sur l’approche exclusivement différentialiste (où la

différence et l’intégration de la diversité jouent un rôle essentiel) que

sur celle qui s’intéresse au problème plus complexe et moins bien défini

de la préférence pour l’identique et de la construction de l’homogénéité

comme instrument de renforcement d’espaces de privilège. Les deux

exemples qui suivent illustrent mon propos de manière peut-être plus

concrète.


Cas n° 1 : les clones culturels sont des répliques d’une image

normative

Je me rends à un rendez-vous prévu à 9 heures du matin dans le

sud-est d’Amsterdam, dans un endroit où les entreprises de haute-

technologie (trans)nationales sont nombreuses et forment une enclave

privilégiée au sein de la zone multi-ethnique la plus vaste de tous les

Pays-Bas, et où la population, essentiellement constituée de minorités

ethniques souffre de forts taux de chômage. Le long des artères déga-

gées qui mènent à des immeubles de style élégants, chacun se presse

dans la même direction. Tout à coup, je prends conscience que je suis

seule à porter une jupe. Vision de dizaines de costumes, tous ou presque

bleu foncé ou gris, de mallettes noires et de bagages de cuir marron

portés par des corps peu sportifs, cravates, tirant le plus souvent sur le

rouge, sur des poitrines d’homme, sous des visages blancs. Stupé-

faction. Je travaille sur le clonage culturel dans l’entreprise, et voilà que

sous mes yeux, le concept prend vie : tous ces hommes, tous blancs,

tous vêtus à l’image du « dirigeant », comme autant de clones du

prototype normatif.

Une étude plus poussée aurait pu révéler de subtiles différences,

dans le choix des chaussettes et des chemises, dans celui de la taille et

des motifs des cravates, ou encore de la marque et du style des cos-

tumes, autant de signes indiquant la place occupée dans la hiérarchie.

Mais au-delà des coupes et des tailles, le complet veston fait le lien

entre des masculinités spécifiques et des postes de direction (Collison et

Hearn 1996). L’image de masculinités homogènes, renvoyant donc à de

l’identique en termes de genre, est également définie et renforcée tout à

la fois par la race et l’ethnicité, comme le montre le témoignage suivant.


Cas n°2 : le clonage opère par préférence pour l’identique

Même lieu géographique. Un groupe de conseil international, bien

connu dans le domaine de la direction des ressources humaines, veut

acheter les droits commerciaux d’un concept porteur de formation à la

gestion de la diversité, qu’une petite agence de conseil hollandaise,

spécialisée dans la gestion de la diversité, a mis au point. La directrice,

qui est blanche, me raconte l’histoire. Le processus de négociation se

déroule sans heurts jusque la phase finale. Une partie du marché

concerne en particulier le transfert, de la petite entreprise au groupe de

conseil, d’un consultant en gestion de la diversité particulièrement

important. Ce consultant, dont la langue maternelle est l’anglais, mais

qui parle le hollandais presque couramment, a obtenu d’excellents

résultats aux tests d’évaluation organisés par le groupe international.

Une semaine plus tard, le contrat de transfert des droits de propriété

intellectuelle et du consultant en question doit être signé. C’est alors

que la direction masculine du groupe international fait marche arrière.

Le vendeur veut savoir ce qui s’est passé ; l’acheteur reste vague ; le

vendeur insiste, jusqu’à ce que l’acheteur finisse par céder : ils ne

veulent pas recruter le consultant auquel ils ont fait subir les tests.

Pourquoi ? Ses résultats n’étaient-ils pas excellents ? Si, mais c’est

seulement lorsqu’il est venu pour l’évaluation qu’ils se sont rendu

compte qu’il était noir. Il aurait été le premier consultant noir, et ils

pensaient qu’une personne de couleur n’avait pas sa place dans leur

organisation. De plus, les clients préfèreraient un consultant blanc parce

que tous les autres consultants étaient également blancs.

Ces scènes révèlent comment fonctionne le clonage culturel :

comment des imaginaires culturels et des pratiques de préférence pour

l’identique renforcent et reflètent des catégories inégales en terme de

genre, de « race », d’ethnicité et de statut social. Le deuxième exemple,

qui montre le fonctionnement du racisme au quotidien comme

instrument de clonage d’environnements culturels blancs, n’est qu’un

exemple des pratiques de préférence et d’exclusion marquées qui vient

compléter le premier tableau (tous les cadres sont des hommes de

« race » blanche) (Tilly 1998).

Les travaux sur les mécanismes d’exclusion ne manquent pas, mais

la réflexion sur les formes structurelles d’exclusion liées à la « race »,

l’ethnicité, le genre, la classe, la nationalité, etc. commence à peine et

l’image normative au regard de laquelle « les Autres » apparaissent

différents ou déviants reste à analyser. Grâce au concept de clonage

culturel, j’espère que les études à venir se focaliseront moins sur

l’exclusion (de ceux à qui on a attribué un statut inférieur) fondée sur la

différence perçue (par exemple, la « race », l’ethnicité, le genre, la

nationalité), et s’intéresseront plus à la préférence pour l’identique,

surtout lorsqu’elle vise à reproduire l’homogénéité (imaginaire) des

positions de statut élevé. La préférence pour l’identique renvoie pour

moi à l’homogénéité construite ou prétendue qui sélectionne des

individus aux formes de pensée identiques, à l’apparence identique, qui

font comme partie d’une même famille et sont autant de clones des

« types » valorisés. J’espère ne pas rebuter le lecteur avec cette notion

de clone, que je n’utilise bien évidemment pas dans un sens positif. Et

je vais montrer dans la suite de cet essai que le « clonage » au sens

culturel est une pratique bien établie d’accès au privilège.

J’ai quelque raison de croire que la préférence pour l’identique, qui

construit des homogénéités, se retrouve chaque fois dans les explica-

tions plus anciennes des processus générateurs d’inégalité de « race »,

d’ethnicité, de genre, etc. La manière dont certains se sont approprié

l’intelligence dite supérieure, l’amenant à signifier (tout à la fois)

« race » blanche, masculinité, et privilège socio-économique me semble

en être un excellent exemple. On remarquera que l’intelligence telle

qu’elle a été définie néglige l’intelligence des émotions pour ne retenir

que l’intelligence cognitive (Goleman 1995) ; et qu’au cours de l’his-

toire moderne, le besoin de légitimer ces frontières artificielles de

l’intelligence en postulant le biologique comme vecteur de transmission

de l’intelligence a été un enjeu important. Troy Duster souligne à juste

titre l’origine sociale privilégiée des scientifiques qui défendent le

phénomène appelé « intelligence humaine » :

…« ces scientifiques [Philomena Essed : ayant une image d’eux-

mêmes comme supérieurement intelligents] dont les recherches visaient

à montrer que les QI élevés se transmettaient génétiquement et se

retrouvaient dans les milieux aisés, étaient eux-mêmes dans la plupart

des cas issus des couches supérieures de la classe moyenne ; en

revanche, les scientifiques qui défendaient la position contraire, celle en

faveur de l’importance de l’environnement, venaient plus souvent de

milieux plus modestes » (Duster 1990, pp. 19-20).

Clonage culturel et culture du clone : la culture du clonage

La préférence pour l’identique et pour le ressemblant peut être

considérée comme un instrument de clonage culturel à l’œuvre dans le

temps et dans l’espace (Essed 2002). Le concept de clonage culturel a

deux aspects. Le premier concerne les relations sociales et les pratiques

culturelles ; le second, le clonage, au sens de clonage biologique. Avant

d’approfondir le concept de clonage culturel, intéressons-nous d’abord

au contexte historique et culturel du clonage biologique.

La « race » comme principe ordonnateur est constitutive de la

modernité, de sa nature même comme de sa construction (Goldberg

2001). Le terme de « clonage » évoque les images sordides des

expérimentations nazies sur les Juifs. Les populations noires ont

également été soumises à des expériences médicales au nom de la

science médicale occidentale, mais dans des conditions différentes. Les

injustices du passé ne peuvent se comprendre que dans le cadre plus

global des systèmes d’inégalités passés et présents (O’Brien et Howard

1998). L’anti-sémitisme est encore fréquent dans de nombreux pays

d’Europe (Wodak 2001) et le racisme anti-noir continue de faire

problème (Solomos et Back 1996) de l’Europe à l’Amérique latine

(Wade 2001). Formes anciennes et formes nouvelles de racisme se

refondent (Cohen 1999), et le sentiment anti-islamique, qui décrit les

Musulmans comme des barbares, s’intensifie et s’exprime plus

ouvertement (Freedman 2001).

Tout cela s’applique également au genre. La masculinité moderne

requiert la construction d’identités dominantes rationnelles, qui refou-

lent leurs émotions, et la reproduction de ces images de masculinité de

génération en génération (Seidler 1997). Trente années de féminisme

n’ont pas effacé les privilèges des hommes (spécifiques à chaque

culture) et le dénigrement des femmes, dans les sociétés à travers le

monde (Twine et Blee 2001). De plus, en dépit de l’amélioration des

structures pour les personnes handicapées, la vie de ces dernières est

généralement perçue comme moins riche (Linton 1998). Qui s’éton-

nera, avec de tels principes ordonnateurs, que le clonage biologique des

êtres humains se fasse à partir de types de prédilection (masculin, blanc,

physiquement apte, hétérosexuel, très intelligent) ou dans la même

logique, qu’on cherche aussi à produire un type de clone féminin

soumis et des clones de couleur de moindre intelligence et de moindre

assurance, bref, parfaitement serviles.

Ce prototype préféré et, de fait, normatif, se déduit également des

politiques européennes en vigueur. Les discours abondent en distinc-

tions entre les « aptes et compétents » et ceux qui ont besoin « d’aide »

ou de « structures appropriées ». La première catégorie, la norme, n’est

que rarement identifiée comme telle. Ce qui n’est pas le cas de la

seconde catégorie. On estime généralement que les femmes, les mino-

rités ethniques, les réfugiés, les jeunes, les personnes âgées, handica-

pées, ou sans instruction ni compétences spécifiques, c’est-à-dire la

plus grande partie de la population, présentent des problèmes que devra

résoudre l’organisme qui les recrutera (Essed et de Graaff 2002). Le

profil du candidat à l’embauche idéal est différent : homme, blanc,

physiquement apte, très diplômé, pas encore au sommet de la hiérar-

chie, mais pas trop jeune, et pour les postes de pouvoir les plus élevés,

surtout pour les postes à haute responsabilité, les plus importants dans

l’entreprise, retraité. Plus le statut de l’emploi est élevé, plus la position

est recherchée, et plus ces critères de choix s’appliqueront de manière

rigide. Les comités de direction européens sont presque exclusivement

masculins et blancs.

Si le clonage biologique, qui rencontre beaucoup d’hostilité, n’est

encore qu’au stade de l’expérimentation, le clonage culturel est lui

pratique courante. Et pourtant, il ne se suscite pas la même indignation

que le clonage biologique, alors la préférence pour le même perpétue

les avantages économiques et statutaires de l’individu (européen)

masculin et blanc dans presque tous les domaines du public et du privé,

notamment aux échelons les plus élevés, en politique comme au travail,

dans les média comme dans les sciences. Ce qui m’intéresse, ce n’est

donc pas le cas extrême du clonage biologique, mais comment, au

quotidien, les imaginaires culturels représentent le genre et la « race »,

entre autres « évidences », et comment les pratiques courantes

définissent en conséquence les positions de statut élevé en privilégiant

des combinaisons de caractéristiques qui signifient : masculinités,

élitisme socio-économique, « race blanche » et appartenance nationale.

Opter pour l’identique ne résulte pas que d’un choix rationnel.

Certaines caractéristiques de groupes et certaines valeurs ont été inté-

grées par le processus de modernisation comme « plus essentielles » et

supérieures. La préférence pour le ressemblant, surtout lorsqu’elle vise

à protéger un certain statut social, contribue par là-même à perpétuer

des systèmes d’inégalité sociale. Parmi les marqueurs de clonage

culturel, on trouve, ancrées dans le passé, des constructions de modèles

de comportement idéal, de perfection esthétique, de compétence pour

des emplois ségrégés (de statut élevé et inférieur), ainsi que la

discipline des corps et des caractères que ces images normatives

impliquent (Essed et Goldberg 2002a). La quête de la perfection pour

correspondre à une image normée soulève des questions d’esthétique en

rapport avec la « race » et le genre très complexes. Ainsi, la chirurgie

plastique du nez, que ce soit parmi les Juifs de la Diaspora (Gilman

1999), les adolescentes syriennes en Suède (Ellburg 2000), ou les

artistes afro-américains Michael et Janet Jackson (Davis 2001), a

toujours la même fonction : normaliser et discipliner le corps pour qu’il

soit en adéquation avec les représentations occidentales (blanches) des

formes idéales. Il en va de même pour les femmes au Japon et en Chine

et pour les adolescentes coréennes et vietnamiennes aux Etats-Unis qui

se font débrider les yeux, et pour les femmes (blanches) qui souffrent

d’anorexie (Gilman 1999).

Le clonage des privilèges avec sa mécanique d’inclusion sélective

fait partie du phénomène plus vaste de la culture du clone. Le clonage

comme modalité de la culture est un élément essentiel de la modernité,

qui est particulièrement obsédée par le désir de contrôler la nature de

manière absolue (et de la détruire), le désir de contrôler la créativité et

même la vie, au moyen de technologies de plus en plus sophistiquées et

de réseaux de mondialisation. Le clonage comme modalité de la culture

renvoie à la reproduction de modèles choisis de (semi)perfection :

pensez aux semences, aux Nike, aux hamburgers de chez McDonald,

aux modèles de citoyenneté et de démocratie. Ces modèles sont

reproduits à volonté et commercialisés à des fins de profit mercantiles,

sociaux et politiques.

Paradigmes du progrès, les modèles occidentaux de développement

humain reproduits et disséminés partout dans le monde comme autant

de marqueurs de « civilisation », renvoient à un phénomène plus large

que nous avons appelé la culture du clone (Essed et Goldberg 2002a).

Par la (ou les) « culture(s) du clone », nous entendons les processus

sociaux qui permettent la reproduction de l’identique, sa répétition, sa

perpétuation et sa propagation. Dans ces processus sociaux se

retrouvent les normes et les valeurs intégrées, ainsi que l’organisation

de la société et les structures qui permettent à cette reproduction de

s’effectuer. Les modes de reproduction sont évidents dans la

production, la consommation, les pratiques de représentation et les

images, y compris esthétiques (Essed et Goldberg 2003).

Le clonage comme modalité de la culture est manifeste dans

l’organisation de la société moderne, qui agence les relations humaines

et matérielles uniformément dans le cas des instituts (écoles, univer-

sités, hôpitaux) et des sections (disciplines, administration, services), et

en paires le plus souvent inégales pour les catégories humaines :

inégalités de fonction (employeurs/employés, enseignants/étudiants,

parents/enfants) et inégalités bio-sociales en termes de genre, « race »,

ethnicité, âge, compétences (hommes/femmes, noirs/blancs, etc.). Ces

concepts reposent sur des processus d’émulation (les écoles se ressem-

blent toutes), et des catégories d’identification réelles ou imaginaires

(nation, hommes, femmes, professeurs, chirurgiens, et infirmières). La

culture du clone s’enracine dans le réductionnisme de la science

moderne, que celle-ci ne cesse d’informer. Et le rejet, la pathologi-

sation, et l’exploitation des Autres en termes de « race », de culture, de

physique et de sexe ont été au cœur même de ce processus.


Conclusions

Dans la première partie de cet essai, j’ai mis en évidence le fait que

le déni du racisme s’est révélé un moyen de plus en plus efficace pour

intimider la critique et à la faire taire par crainte de représailles.

Etouffer la lutte quotidienne contre le racisme est tout aussi déshuma-

nisant que le racisme lui-même, et le déni du racisme est également une

forme de racisme. A la lumière de ces constatations, il importe de

dénoncer sans relâche les nombreuses formes de racisme cachées dans

la vie courante et de publier sur ce sujet. Rejeter le racisme verbalement

est une chose ; agir en conséquence en est une autre, qui demande du

courage. Il est nécessaire de mettre plus en évidence le fait que beau-

coup de gens ordinaires se comportent de manière extraordinaire en

refusant d’accepter les discriminations, les commentaires racistes et les

autres comportements qui portent atteinte à la dignité humaine. Il y a

des femmes, pleinement conscientes de l’existence de multiples discri-

minations, qui franchissent les frontières ethniques et raciales et sont à

l’origine de remarquables initiatives en faveur de la paix et de la justice

sociale (Cockburn 1998 ; Gobodo-Madikizela 2003).

J’ai souligné ensuite que le fait de se focaliser sur la « race », les

aspects « raciaux » et le « racisme » est générateur de tensions dans la

mesure où les approches uni-dimensionnelles ne peuvent rendre compte

de manière satisfaisante des complexités de l’injustice liée à la « race ».

J’ai affirmé que le racisme comporte également des aspects liés au

genre. Mais à elle seule la combinaison genre/race ne permet pas de

comprendre toute la complexité du phénomène du racisme. Avec la

notion de clonage culturel, que j’ai enracinée dans une culture du

clonage produite par la modernité, j’ai voulu insister sur le fait que les

divers éléments de domination sont liés les uns aux autres, se

renforcent, font partie constitutive les uns des autres et s’unissent pour

former les principes plus généraux de la modernisation. J’ai distingué le

clonage culturel (la préférence pour plus de même dans le but de

s’assurer des espaces de privilèges) de la culture du clone, culture régie

par la volonté de contrôler toutes les formes de création (le vivant, la

nature, les corps, la vie elle-même) et qui vise à fabriquer des proto-

types commercialisables à des fins de profits. L’inégalité durable

s’enracine profondément dans la nature même de la culture du clone :

valeurs qui sous-tendent la science moderne (le réductionnisme), orga-

nisation de nos sociétés (qui dissèquent, divisent et répartissent en

diverses catégories), transformation du temps en valeur marchande,

commercialisation et privatisation de la production du savoir (standar-

disation et approche coûts-bénéfices) et pratiques déshumanisantes qui

découlent de tout cela (érosion de la qualité, de l’authenticité et de la

créativité à l’université).

Grâce au concept de clonage culturel et au contexte plus vaste de

culture du clone, j’ai problématisé la relation entre les systèmes de

valeurs dominants et les distorsions qui en découlent dans l’attribution

des positions de statut social. Cette approche critique n’est pas

nouvelle. Mais là où cet essai innove, c’est lorsqu’il insiste sur le fait

qu’on ne peut lutter contre le racisme sans mettre en question et ré-

évaluer l’ensemble plus vaste des normes, valeurs et pratiques prônées

par la culture du clonage et transformer ainsi (certaines de) ses caracté-

ristiques fondamentales.


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