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lundi 10 novembre 2008

La morale puritaine bourgeoise et la sexualité des femmes... Yolande Geadah


LE CORPS SUBLIME
Un documentaire de Jérôme de Missolz

« La morale puritaine bourgeoise, inspirée du christianisme, interdit les relations sexuelles libres pour les femmes, mais tolère ou encourage la prostitution »
Yolande Geadah

(citation lu chez Chaminou : http://www.blogg.org/blog-54474.html)

dimanche 24 août 2008

Sur la relation entre genre et pauvreté

article publié le 29/11/2002

auteure : Marty Christiane

Dans la dernière décennie, le concept de " féminisation de la pauvreté " a fait son apparition et a même été officiellement consigné dans la Plate-forme d’action de la 4ème Conférence Mondiale des Femmes de Pékin. "70% des pauvres sont des femmes " : ce chiffre est maintenant dans le domaine public, reconnu ou utilisé par de nombreux organismes, mais il est difficile d’en établir exactement l’origine. Que signifie-t-il, quelle est sa cohérence, et plus généralement quel est le lien entre genre et pauvreté ?

Sur la relation entre genre et pauvreté

Si tout le monde a une idée de ce qu’est la pauvreté, cette notion a fait l’objet depuis de nombreuses années d’une réflexion approfondie qui a abouti récemment à un élargissement de sa définition. Le concept de " féminisation de la pauvreté " a également fait son apparition et a même été officiellement consigné dans la Plate-forme d’action de la 4ème Conférence Mondiale des Femmes de Pékin (1995). " 70% des pauvres sont des femmes " : ce chiffre est maintenant dans le domaine public, reconnu ou utilisé par de nombreux organismes, mais il est difficile d’en établir exactement l’origine. Il est surtout primordial lorsqu’on veut traiter de la pauvreté, de savoir ce que recouvre cette notion, comment la mesurer et comment y remédier. " Il y aura toujours quelqu’un de plus pauvre que l’homme le plus pauvre : c’est sa femme " au delà de l’éloquence de l’image, qu’en est-il exactement ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de revenir sur la définition de la pauvreté

1- Concepts définissant la pauvreté [1]

La pauvreté signifiait traditionnellement la " pauvreté de revenu et de consommation ", c’est à dire un " manque d’accès aux ressources, aux biens productifs et au revenu résultant d’un état de privation matérielle ". Mettant l’accent sur la privation de consommation, la pauvreté a été définie par un seuil minimal de consommation par personne. Cette approche privilégiait la pauvreté absolue plutôt que relative. Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) a largement contribué au développement de la discussion sur le concept de la pauvreté, ses mesures et ses évaluations, et le concept a été élargi. L’approche définissant la pauvreté par le seul manque de revenu/consommation a été critiquée : de nombreuses réflexions ont suggéré de prendre en compte les ressources collectives et la fourniture de services par l’Etat, et d’inclure dans la notion de pauvreté le manque de dignité et d’autonomie. Dans cette nouvelle approche multidimensionnelle, la pauvreté est vue comme un processus et non plus comme un concept statique. De plus, cette approche plus qualitative que quantitative a également mis l’accent sur les critères de la pauvreté vue par les pauvres eux-mêmes. L’implication des personnes pauvres, la prise en compte de leurs propres solutions et surtout le renforcement de leur pouvoir d’action économique (empowerment) sont considérés comme essentiels pour le succès de l’élimination de la pauvreté.

En particulier l’approche développée par Amartya Sen [2] a amélioré la compréhension du phénomène de pauvreté et de celui de vulnérabilité. Selon cette approche, la pauvreté se caractérise par " l’absence des capacités fondamentales pour fonctionner ", pour " être et faire ". Cette approche sur les " capacités " réconcilie les notions de pauvreté absolue et relative, puisque un manque relatif de revenus et de biens peut conduire à un manque absolu des capacités minimales. Le concept de " pauvreté humaine " qui a été introduit par le PNUD dans son Rapport sur le développement humain de 1997, ainsi que le concept de " développement humain soutenable ", sont basés sur cette approche des " capacités " d’Amartya Sen. Distincte de la " pauvreté de revenu ", mais néanmoins liée, la " pauvreté humaine " fait référence à la dénégation des opportunités et des choix pour accéder à une vie tolérable. La pauvreté est vue comme multidimensionnelle. De plus, la pauvreté est un phénomène relatif : même dans un pays riche où la pauvreté monétaire est moins fréquente, la pauvreté monétaire "relative" peut engendrer une pauvreté "absolue" dans certaines dimensions du développement humain telles que l’estime de soi ou la capacité à trouver un emploi décent. Le concept de " pauvreté humaine " permet donc d’appréhender les causes de la pauvreté et pas simplement ses symptômes. Un index de pauvreté humaine (IPH) a été construit par le PNUD afin de mesurer la privation de " développement humain " élémentaire, à travers l’absence de capacités, comme une faible espérance de vie, le manque d’éducation de base, le manque d’accès aux ressources publiques et privées, le manque d’accès à l’eau potable et aux soins de santé. Malgré les difficultés inhérentes à une telle mesure, le développement de ce nouvel indicateur sur la pauvreté est très utile pour évaluer la situation actuelle et son évolution ; il est regrettable que l’IPH ne soit pas sexué.

2- Quelle est la relation entre le genre et la pauvreté ?

Le concept de "pauvreté de revenu " ne permet pas d’approfondir la relation entre le genre et la pauvreté : les mesures quantitatives basées sur ce concept considèrent le ménage comme une unité homogène, et supposent une répartition équitable entre ses membres. Les promoteurs de la croissance pour lutter contre la pauvreté veulent faire croire que les bénéfices de la croissance se répandent automatiquement sur les ménages les plus pauvres, ce qui est largement démenti par les faits. De même, le concept de " pauvreté de revenu" laisse supposer que le bénéfice d’un revenu est réparti également entre les membres du ménage. C’est ignorer les conflits, inégalités et relations de pouvoir bien réelles à l’intérieur des ménages. Partout la loi, la tradition ou la religion désigne l’homme comme le chef de famille et lui attribue le pouvoir de décision sur l’ensemble des biens et décisions concernant le ménage. Non seulement l’homme dispose le plus souvent de la décision sur l’utilisation des ressources, mais il ne les utilise pas de la même manière : des études ont mis en évidence les différences suivant que c’est l’homme ou la femme qui dispose des ressources : contrairement à l’homme, la femme consacre la plus grande part de ses ressources à la santé des enfants et à une meilleure nutrition (Unifem, rapport sur le progrès des femmes, 2000). Le concept de "pauvreté de revenu " reproduit donc les carences des théories économiques classiques qui assimilent le ménage à une unité indivisible, avec une répartition égalitaire des ressources et des capacités, il est inapte à fournir une analyse et une mesure de la ’féminisation’ de la pauvreté.

Le concept de " pauvreté humaine " permet d’éclairer la relation entre le genre et la pauvreté. Le ménage reste une unité très importante pour l’analyse de la pauvreté, mais il est décomposé pour permettre d’évaluer la pauvreté et le bien être relatif de chacun de ses membres. Cette approche met en évidence les inégalités entre les hommes et les femmes concernant la privation d’éducation de base, d’accès aux soins, l’espérance de vie, ainsi que les contraintes sociales pesant sur les femmes, que ce soit dans le cadre, mais aussi hors du cadre du ménage, les contraintes sur les castes les plus basses, les minorités, etc...

A la question " les femmes sont elles plus pauvres que les hommes ? ", l’approche selon la perspective de la " pauvreté humaine " et des capacités :

- d’une part permet de répondre,
- d’autre part montre que les femmes sont effectivement plus pauvres dans la plupart des sociétés, et dans la plupart des dimensions constituées par les différentes " capacités " comme l’éducation et la santé.

Les femmes et filles, on l’a dit, sont très souvent pénalisées dans l’allocation des ressources à l’intérieur des ménages à cause du système patriarcal. Il est plus difficile pour elles de transformer leurs " capacités " en revenus ou bien être. Dans toutes les cultures et quel que soit le niveau de développement, les femmes assument le travail non rémunéré de reproduction et de soins. Partout, leur temps total d’activités payées et non payées est plus important que celui des hommes (PNUD 1997). En moyenne, les femmes travaillent plus, ont moins de revenus, moins de contrôle sur leur revenu, de grandes difficultés d’accès aux crédits et à la formation ; elles travaillent le plus souvent dans le secteur informel, ces activités leur permettent de combiner leur travail payé et celui non payé de reproduction, mais secteur informel signifie aussi absence de protection sociale, d’assurance maladie et de droit à la retraite. Les normes sociales peuvent les empêcher de prendre un travail payé, ou les contraindre à une mobilité réduite, les conséquences des guerres font que femmes et enfants constituent la grande majorité des réfugiés. Enfin les violences envers les femmes sont une réalité dont on mesure de plus en plus l’ampleur à l’échelle mondiale : le problème de la violence constitue un handicap très lourd à l’autonomie et à la dignité des femmes Pour toutes ces raisons, les femmes voient leurs " capacités " restreintes, et elles sont à la fois plus pauvres et plus " vulnérables " à la pauvreté chronique.

3- Evaluation qualitative et/ou quantitative de la pauvreté

La nouvelle conceptualisation de la pauvreté basée sur les " capacités " permet donc de mettre en évidence pourquoi et en quoi les femmes sont plus pauvres. Etant multidimensionnelle, cette approche de la pauvreté est essentiellement une méthode qualitative et montre comment les méthodes strictement quantitatives reproduisent les biais sexistes (cf la répartition des ressources dans le ménage). L’analyse quantitative, toujours nécessaire, doit être menée dans le cadre de cette approche qualitative, et en référence avec ses différentes dimensions. Ainsi l’examen des statistiques qui existent [3] permet d’appréhender la situation comparée des hommes et des femmes concernant différents aspects de la pauvreté. Même si elles sont encore insuffisantes, des données sexuées existent dans beaucoup de pays, elles concernent les " capacités " reconnues indispensables pour vaincre la pauvreté, comme l’alphabétisme, l’accès à la scolarisation (primaire, secondaire, supérieur), les salaires (à défaut de statistiques exactes sur les revenus), l’espérance de vie, la santé, la mortalité maternelle, l’anémie des femmes enceintes, la malnutrition des enfants de moins de 5 ans, ... Ces données sont éloquentes : les filles représentent les 2/3 de l’ensemble des enfants non scolarisés dans le monde, et les femmes 70% des adultes analphabètes. (Cependant, dans certains pays d’Europe et d’Amérique du Sud, la scolarisation des filles est équivalente à celle des garçons dans l’enseignement primaire et secondaire et même plus forte dans l’enseignement supérieur) Les salaires des femmes varient suivant les pays entre 44 et 84% de ceux des Hommes. 80 à 90 % des familles pauvres sont des ménages avec des femme seules et des enfants (familles monoparentales) L’espérance de vie est la seule dimension où les femmes bénéficient "normalement" d’un avantage analysé comme biologique et estimé à environ 5 ans. Mais dans la plupart des pays, l’avantage réel est inférieur à 5 ans, ce qui traduit le fait que les femmes n’ont pas accès aux soins au même titre que les hommes. Dans certaines sociétés, l’espérance de vie des femmes est même inférieure à celles des hommes [4] :
- à cause d’une forte mortalité due à la maternité - à chaque minute une femme meurt en couches par manque de soins-,
- à cause de la malnutrition et du manque de soins accordés aux filles et aux femmes (Pakistan, Népal, Bangladesh)
- à cause de l’infanticide des filles (10 000 cas recensés chaque année en Inde)
- et de la progression du sida qui touche de plus en plus les femmes (Zimbabwe, Namibie, Lesotho, Botswana)
Ces données montrent que dans toutes les dimensions correspondant aux "capacités" identifiées pour échapper à la pauvreté, les femmes sont pénalisées. Une mesure quantitative qui synthétiserait l’ensemble de ces dimensions est très difficile : il faut bâtir un indice normé et attribuer une pondération à chacune des dimensions, ce qui a peu de sens, ou un sens différent selon le " profil " de pauvreté et selon les situations. On mesure les limites d’une démarche qui réduit la notion de pauvreté à une grandeur unique. L’IPH (indicateur de pauvreté humaine) est une évaluation qui a le mérite d’exister, mais il n’est pas sexué.

Néanmoins, au vu des données disponibles, et avec les réserves qui ont été présentées, on comprend les sources de l’évaluation usuelle de 70% pour la féminisation de la pauvreté : elle reprend les statistiques concernant la non- scolarisation des filles, l’analphabétisme des femmes, leur manque d’accès aux ressources et aux soins, leur handicap vis à vis des salaires, leur prépondérance dans les ménages monoparentaux frappés par la pauvreté. Compte tenu de ces diverses dimensions, l’évaluation de 70% représente un ordre de grandeur cohérent.

Quelle est l’évolution de la pauvreté et de la part des femmes dans la pauvreté ? Globalement à l’échelle mondiale, la pauvreté monétaire a à peine évolué au cours de la dernière décennie : de 1.28 milliard de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour en 1990, on est passé à 1.15 milliard en 1999 [4]. Où sont les bienfaits annoncés de la mondialisation financière et du libre échange ? Si la situation s’est améliorée en Asie de l’Est, ou est restée à peu près stable en Amérique latine et Caraïbes (sauf dans la dernière année où elle s’est dégradée en Argentine), elle a subi une forte régression en Afrique et en Europe Centrale et Orientale. La question de la dette et les plans d’ajustement structurels imposés à ces pays ont pesé lourd dans l’aggravation de leur situation à travers les restrictions des dépenses publiques de santé, d’éducation et de protection sociale. L’impact de ces politiques a particulièrement touché les femmes : lorsque l’éducation est devenue payante, on a observé dans de nombreux pays un recul de la scolarisation des petites filles qui est considérée comme moins importante que celle des garçons. De même, les femmes étant majoritaires dans les emplois du secteur public, elles ont été beaucoup plus touchées par les licenciements dans ce secteur.

Etant en charge des soins aux enfants et personnes âgées, elles sont au premier plan concernées par la dégradation des politiques de santé et de protection sociale. L’aggravation des conditions de vie des femmes dans des régions comme l’Afrique et l’Europe de l’Est, directement liée à la mondialisation libérale, est une des causes du développement de la traite des femmes et de leur prostitution. Les inégalités entre les hommes et les femmes dans la vie économique et le manque de participation des femmes aux décisions constituent une des causes de la pauvreté chronique de tous les membres d’un ménage.

La pauvreté mondiale ne reculera que si on associe étroitement la lutte contre les inégalités de genre à la lutte contre la mondialisation libérale. L’objectif d’égalité entre les sexes est une condition préalable à l’élimination de la pauvreté mondiale.

Notes [1] Voir l’étude Gender and poverty de Nilufer Cagatay, May 1998- Working Paper Series- UNDP [2] Amartya Sen, 1990. Poverty and famines, an essay on entitlement and deprivation- Oxford University press [3] données du PNUD, Banque Mondiale, BIT, WISTAT (base de données des Nations unies sur les femmes) [4 ] chiffres PNUD, 2002

source : http://www.france.attac.org/spip.php ?article1425

mercredi 6 août 2008

Conséquences psychiques et physiques de la prostitution par Judith Trinquart

Conséquences psychiques et physiques de la prostitution

article publié le 23/10/2002
auteur-e(s) : Trinquart Judith

Les conséquences psychiques et physiques de la situation prostitutionnelle sont très graves pour la personne prostituée et ne se distinguent pas à la base des conséquences de la traite. Il est très important de noter également que le lien entre antécédents de violences sexuelles ) et entrée en prostitution est très fort : selon différentes sources, entre 80 et 95% des personnes prostituées présenteraient de tels antécédents. L’article de Judith Trinquart, médecin, propose des solutions pour une prise en charge efficace et appropriée des personnes prostituées.


Conséquences psychiques et physiques de la situation prostitutionnelle – Implications en termes de prise en charge socio-sanitaire

Cconséquences psychiques

Les conséquences psychiques de la situation prostitutionnelle se manifestent par des troubles psychiques de types dissociatif, c’est-à-dire un véritable clivage ou dissociation psychique entre la personnalité prostituée et la personnalité « privée » de la personne prostituée, constituant l’aspect psychique de la décorporalisation.

Ce clivage est un mécanisme de défense psychique contre les agressions et violences vécues dans la situation prostitutionnelle ; la première de ces violences est de subir des rapports sexuels non désirés de manière répétitive.

Les notions fondamentales en matière de sexualité sont celles de désir, de plaisir et de partage, conséquent de la bilatéralité de la relation. Dans la situation prostitutionnelle, ces notions se trouvent complètement perverties, et la notion de bilatéralité de l’échange disparaît totalement. La situation prostitutionnelle n’est donc pas un échange ou une relation à caractère humain, pas plus qu’une forme de sexualité.

Le fait de subir ces rapports sexuels de manière répétitive et non désirée entraîne une dissociation psychique afin de pouvoir départager les deux univers de la personne, et surtout protéger le domaine privé des atteintes vécues dans le domaine prostitutionnel en se coupant de ce qui est éprouvé dans ce dernier. Celui-ci est totalement factice : c’est une situation simulant une relation humaine mais où tout est artificiel ; les sentiments et les émotions n’existent pas, ils sont refoulés car considérés comme des obstacles par l’acheteur de services sexuels. L’absence de tout affect humain (autre que négatif, tel que mépris de la personnalité, déni de ses désirs, ignorance de son identité humaine, assimilation à un objet sexuel totalement soumis, en résumé tout ce qui fait le caractère humain unique d’une personne est nié et doit disparaître au bénéfice du rapport strictement commercial) est extrêmement destructeur pour toute personne vivant cette situation.

Une étude américaine faite dans 5 pays (USA, Zambie, Turquie, Afrique du Sud et Thaïlande) auprès de personnes prostituées a montré la présence de troubles psychiques (dont fait partie la dissociation psychique) analogues à ceux diagnostiqués chez les vétérans de la guerre du Vietnam, chez 67% de ces personnes prostituées : c’est ce que l’on appelle le PTSD (Post Traumatic Stress Disorder), dans lequel peut s’intégrer une décorporalisation.

Conséquences physiques

La dissociation existant sur le plan psychique va se manifester aussi sur le plan physique, car on ne peut dissocier de manière contrôlée le ressenti physique de ce qui se passe dans la tête de la personne ; ces troubles perturbent le fonctionnement de la sensibilité corporelle des personnes prostituées, et sont aussi un mécanisme de défense : ne plus ressentir physiquement ce qui n’est pas désiré.

Les manifestations physiques essentielles vont être des troubles de la sensibilité nociceptive (ou coenesthésique), c’est – à –dire de la sensibilité à la douleur et aux sensations tactiles (du toucher), dus à la dissociation « tête – corps », non – organiques.

Seuil de tolérance à la douleur supérieur à la moyenne et très élevé. Elles sont capables de supporter des douleurs nettement supérieures à celles que peut tolérer la population moyenne. Tolérance importante de symptômes d’alerte ou inquiétants.

Hypoesthésie. Sensibilité tactile et à la douleur inférieure à celle de la population moyenne d’une manière diffuse et générale.

Anesthésie. Plus la situation prostitutionnelle se prolonge dans le temps, plus l’hypoesthésie va se transformer en anesthésie.

Troubles de la sexualité : elle est tronquée, dysfonctionnelle, ou absente. Les subterfuges utilisés pour se protéger des sensations physiques liées à la relation sexuelle dans la situation prostitutionnelle « contaminent » la vie privée, et détruisent la qualité des relations sexuelles privées que ces personnes peuvent avoir.

Il est très important de bien comprendre la signification de l’ensemble de ces symptômes, non seulement sur le plan médical, mais aussi relationnel, social, psychologique et humain d’une manière générale :

Sur le plan médical, toute tentative de proposer des structures ou des actions de soins comme on le fait pour la population générale est vouée à l’échec : n’ayant plus la possession pleine et entière de leur propre corps, le concept même de soin n’évoque rien par rapport à un objet ou un instrument ; le soin se donne à un être vivant. Si le concept de corps dynamique et sujet disparaît, les concepts de soin et de santé disparaissent également. Ce qui n’est plus symbolisé n’est plus réel. L’absence de soins médicaux notamment, découlant de l’auto-négligence corporelle, se fait ressentir de façon importante dans l’évaluation de l’état de santé des personnes prostituées (données françaises, mais résultats similaires dans d’autres pays européens et les USA) :

D’ordre gynécologique : peu ou pas de suivi, de surveillance ou de dépistage pour les MST (dont le sida), pour les cancers gynécologiques, pour les problèmes péri – ménopausiques, pour la contraception, pour les grossesses,….

D’ordre infectieux : mauvaise prise en charge des problèmes infectieux en général (broncho – pulmonaires, ORL, cutanés, …).

D’ordre traumatique : conséquences physiques et psychiques des violences corporelles et sexuelles (coups à mains nues, avec objets contondants, blessures par armes blanches, viols par les proxénètes et les acheteurs) dans la prostitution et la traite, et des violences verbales (menaces, injures,…).

D’ordre psychologique : prise en charge inexistante des conséquences d’antécédents de violences sexuelles et familiales (80% à 95%des personnes prostituées auraient de tels antécédents, selon les enquêtes réalisées sur le sujet), et des conséquences de la pratique prostitutionnelle : dépressions, angoisse, phobies,…aggravant la négligence à prendre soin de son corps et de sa santé.

Aggravation de troubles ou de maladies à composante psychosomatique : dermatoses (eczéma, psoriasis), gastropathies (ulcère gastrique ou duodénal, reflux gastro –oesophagien), problèmes rhumatismaux.

D’ordre addicitf (toxicomanies) : aux drogues dures, aux psychotropes, à l’alcool. Si la toxicomanie peut être primaire, elle est aussi souvent secondaire ou maintenue par la pratique prostitutionnelle, car les personnes prostituées expliquent que cela les aide à supporter leur activité de prostitution et les effractions sexuelles à répétition.

Mauvais suivi en général sur le plan de la santé : réduction quantitative et qualitative des soins de santé.

Ce dernier résulte pour une part des difficultés matérielles et pratiques d’accès aux soins (problème de couverture sociale, problèmes de titres de séjour et de papiers d’identité, problèmes d’inadéquation du personnel et des lieux de soins, problème de stigmatisation sociale) qui sont bien réelles mais dont l’importance a toujours été grossie par rapport à l’autre facteur, plus difficile à identifier : la décorporalisation due à la pratique prostitutionnelle, qui est une perte de la possession pleine et entière de son propre corps, et qui se manifeste par les symptômes psychiques et physiques décrits ci-dessus. La douleur et le ressenti physique ayant disparu, le symptôme n’existe plus lui non plus. Il n’est pas ressenti, et les personnes ne vont plus se faire soigner, parvenant à des états de santé dramatiques avec des maladies très évoluées.

Toutes ces conséquences physiques médicales sont aggravées par l’exercice de violences très graves dans le contexte de la traite des êtres humains, mais on ne peut faire de différence à la base entre les conséquences physiques de la prostitution et celles de la traite. Seule la forme se modifie, mais pas le fond.

La prostitution est le phénomène principal générateur de ces troubles, et la traite des Etres Humains à des fins d’exploitation sexuelle et la prostitution infantile n’en sont que des phénomènes secondaires. C’est l’existence d’un marché pour l’utilisation à caractère sexuel du corps humain qui rend possible les extensions de marché que représentent la traite et la prostitution enfantine. Les conséquences physiques et psychiques mentionnées dans cette intervention sont bien celles de la prostitution, même sans violence physique telles que coups ou blessures, même sans contrainte de proxénètisme ou violence verbale ou psychologique ; d’autres types de violences peuvent se surajouter. Mais encore une fois, la violence primordiale est celle de l’acte sexuel non désiré qui s’apparente à une violence sexuelle compensée par de l’argent.

Sur le plan humain et psychologique, toute relation suivie et vraie est difficile, voire quasiment inexistante. La dissociation et l’éloignement des affects et des sentiments pour se protéger rendent très difficile à construire une relation humaine nécessitant ces éléments. Il y a une ambivalence de la parole et un discours paradoxal, simplement parce que le psychisme est dissocié et la personnalité clivée ; il ne s’agit pas de mensonge ou de manipulation, mais d’alternance très rapide de temps et de lieux différents dans lesquels la parole ou le sens des mots n’ont pas la même valeur ou signification. La signification d’un moment et du lieu est toujours réelle pour la personne.

La constance et la permanence de l’écoute de cette parole sont donc indispensable pour construire une relation de confiance ; il faut savoir écouter tous les aspects d’une même parole pour pouvoir en retrouver le fil conducteur. Deux discours contradictoires chez une même personne prostituée ne sont pas révélateurs d’une simulation ou d’une dissimulation, mais d’une dissociation psychique provoquée par la situation prostitutionnelle.

Sur le plan social, toute action ou aide demande un investissement à long terme, avec présentation répétitive de l’offre d’aide ; le découpage psychique conduisant au découpage du temps et de l’espace en petites unités aléatoires rendent difficile un travail d’une traite, avec un suivi optimal des différentes phases dans l’ordre chronologique. Le travail social ne peut démarrer qu’au moment ou l’offre d’aide tombe dans le bon temps ; la chronologie peut être très désorganisée, le suivi chaotique. Il peut y avoir reprise répétitive d’un travail amorcé sans parvenir à dépasser un stade donné pendant un certain temps.

Liens avec les antécédents de violences sexuelles

Il est très important de noter également que le lien entre antécédents de violences sexuelles (inceste, pédophilie, viols quel que soit l’âge de la victime) et entrée en prostitution est très fort : selon différentes sources, entre 80 et 95% des personnes prostituées (de souche française, chiffre n’ontégrant pas les personnes victimes de la traite à des fins d’exploitation sexuelle) présenteraient de tels antécédents.

Si on ne retrouve pas d’antécédents d’inceste et de pédophilie chez toutes les personnes prostituées, on retrouve dans tous les cas des antécédents de famille « déstructurée » avec une image du père très dévalorisée (souvent sur le versant violent) et une image maternelle inexistante ou inconsistante. La mère a un rôle favorisant dans la mauvaise image que l’enfant se constitue de lui-même ; on parle d’injonction maternelle consciente ou inconsciente, c’est-à-dire que c’est la mère elle- même qui place son enfant dans une position où il pense que sa seule valeur est celle d’objet monnayable.

Nous voyons donc une continuité entre ce qui se passe dans l’enfance et ce qui se poursuit dans la vie adulte : on ne devient pas prostituée brutalement, du jour au lendemain. Il n’y a pas une frontière nette entre l’enfance et l’âge adulte.

Les conséquences psychiques des violences sexuelles et de la prostitution sont similaires ; dans la prostitution, nous voyons apparaître en plus des troubles physiques liés à la permanence de la situation d’agression sexuelle.

Nous devons prendre en compte cette continuité des situations de violence sexuelle, et savoir que même lorsque nous ne voyons pas de contrainte directe (comme le proxénète ou les trafiquants), il existe des contraintes psychiques invisibles à l’œil nu, mais tout aussi efficaces. Ces contraintes invisibles mais pourtant réelles montrent que la position de certaines personnes qui considèrent qu’il existe une prostitution « volontaire » ou « libre » n’est pas réaliste.

Quelles solutions pour une prise en charge efficace et appropriée ?

La première chose pour stopper le processus de décorporalisation est l’arrêt de l’activité prostitutionnelle. Pour effectuer une réhabilitation médicale de la capacité et de l’autonomie de prise en charge sanitaire des personnes prostituées, on peut proposer :

Restauration de la parole de la personne prostituée : lieux d’écoute psychologique spécialisée avec des intervenants formés pour écouter et surtout comprendre la parole de ces personnes. L’idéal serait un suivi par un même et unique écoutant pour ne pas rajouter de la rupture dans un milieu où il y en a déjà suffisamment.

Dévictimation : La prise de la parole de la personne prostituée doit s’accompagner d’un processus de dévictimation, terme criminologique désignant l’accompagnement des personnes victimes de toutes formes de violences et traumatismes et leur permettant de passer de la place de victime à une place de personne active ayant réintégré son schéma et son image corporels. La réparation passe par la reconnaissance sociale, les soins, sans oublier la prévention de nouveaux cas de prostitution et la lutte contre les instances qui favorisent le développement de situations prostitutionnelles. Chaque étape de ce difficile parcours peut être l’occasion d’une survictimation (aggravation de la stigmatisation sociale et de situations imposées où la personne est considérée comme passive et non – décisionnaire). Un tel travail d’accompagnement et de soins ne peut se concevoir qu’en mobilisant un réseau d’intervenants variés : justice, psychiatres et psychologues, médecins, association de victimes ou service d’aide aux victimes ". La création notamment de groupes de paroles de survivantes de la prostitution pourrait constituer un bon support de dévictimation en permettant à leur parole de s’exprimer directement, plus librement, avec des possibilités d’être entendues sur la place publique.

Recorporalisation : (permet à la personne de se réapproprier son corps, d’être de nouveau à l’intérieur et en un seul « morceau ») : restauration de l’intégrité corporelle par des soins physiques appropriés, appelés thérapies à médiation corporelle :

soins kinésithérapeutiques permettant de recouvrer le fonctionnement du corps, de réintroduire les perceptions corporelles dans l’espace par des jeux sollicitant la sensibilité profonde et superficielle ; les massages, la fungothérapie peuvent également être utiles pour restaurer la sensibilité cutanée.
activités sportives en groupe, qui sollicite l’interaction de la personne avec les autres participants, la réintègre dans un vrai jeu social, permettant une communication corporelle.
Les activités comme le théâtre, la comédie dans un contexte thérapeutique (art- thérapie) peuvent aussi être intéressantes. Des expériences de théâtre ou de composition littéraire ont été menées par des écrivains et des acteurs auprès de petits groupes de personnes en situation d’exclusion, et les résultats avaient été très positifs, ces personnes se sentant capables, par les rôles ou l’écriture qu’on leur avait confiés, d’être autre chose que des corps passifs et exclus.

Ces propositions sont coûteuses en temps et en argent , mais elles sont incontournables et indispensables si on veut pouvoir réhabiliter physiquement les personnes prostituées.

En même temps que ce travail de recorporalisation, le bilan médical et les soins pourront être entrepris, ces mots pouvant de nouveau prendre un sens sur un corps qui se remet à exister par une image et un schéma corporels en restauration, les soins venant alors s’intégrer eux – mêmes à ce processus pour le favoriser.

L’ensemble de ces propositions thérapeutiques pourrait être mis en place dans le cadre d’un Centre de Victimologie, qui permettrai d’une part de ne pas stigmatiser ces personnes (ce type de centre accueillant des victimes de tout genre de violences), de mettre en pratique les récentes avancées françaises incluant la prostitution comme une violence à l’encontre des femmes, et d’autre part de réunir dans un même lieu toutes les phases du processus de restauration psychique et physique spécifique à ce type de violence afin de ne pas mettre en péril la cohésion et donc la réussite de ce processus. Les professionnels intervenant dans ce cadre pourraient bénéficier d’une formation appropriée et spécifique à la prise en charge des personnes survivantes de la prostitution ; enfin, ce type de processus permettrai de compléter de façon indispensable les actions de réduction de risques existant déjà à l’heure actuelle, mais qui ne suffisent pas à prendre en charge les problèmes spécifiques liés à la situation prostitutionnelle. 1

lundi 2 juin 2008

POUVOIR ET VIOLENCE SEXISTE Andrea Dworkin


POUVOIR ET VIOLENCE SEXISTE Andrea Dworkin

mai 16, 2008

source : http://mauvaiseherbe.wordpress.com/2008/05/16/pouvoir-et-violence-sexiste-andrea-dworkin/

D’autres lectures m’ont entraînée à retarder celle de ces derniers chapitres de “Pouvoir et violence sexiste” D’Andrea Dworkin.

Et je dois dire que ces quelques pages ont perturbé largement mon sommeil. Impossible de m’endormir sans m’acquitter de ce qui venait alors de s’imposer comme une impérieuse nécessité. Ces lignes de Dworkin, sont venues me brutaliser avec une âpreté comparable à celle du regard que l’on pose sur le traître (ces longues heures de veille à taper une à une chaque lettre de ce large extrait, m’apaiseront peut-être de ce que je ressens comme ma profonde indignité). Je déteste l’indulgence avec laquelle j’ai abordé ce débat concernant la pornographie. J’ai honte de ma lâcheté et de ma complaisance qui m’ont entraînée à m’éloigner des fondamentaux de mon combat politique, ces égarements formalistes dans lesquels j’ai accepté de museler la voix de ma révolte et avec elle, mon rêve d’une révolution. Accepter de considérer un système d’exploitation tel que celui de la pornographie comme plus respectable sous prétexte que certaines femmes s’en sortent moins mal que d’autres, c’est une compromission intolérable. Avez-vous déjà lu les témoignages des femmes sorties du marché de la pornographie? Ils sont comparables à ceux des femmes utilisées dans la prostitution. Et comme le dit Dworkin, l’acteur pornographique ne peut en aucun cas être mis au même niveau que l’actrice, pas dans un système patriarcal.

Pour répondre à “Marianne”, avant de lui répondre plus largement par la voix de Dworkin, être de gauche ce n’est pas négocier avec le pouvoir, c’est le terrasser!

Je sais un peu plus aujourd’hui pourquoi, sinon pour le seul motif révolutionnaire d’aider une femme de gauche à devenir présidente, je ne voterai plus jamais socialiste. Mon féminisme me défriche le chemin de ma gauche. Je ne veux plus me compromettre dans le soutien d’une gauche complaisante, mon ambition politique sera à la mesure de mon féminisme désormais, mon choix est fait : elle sera Révolutionnaire!

Mauvaise herbe

POUVOIR ET VIOLENCE SEXISTE (extraits)

(…) Le thème principal de la pornographie comme genre est le pouvoir masculin, sa nature, son ampleur, son usage, son sens. Le pouvoir masculin, tel qu’il s’exprime dans et par la pornographie laisse discerner plusieurs motifs distincts mais entrelacés, qui se consolident : le pouvoir du soi, le pouvoir physique exercé sur et contre les autres, le pouvoir de la terreur, le pouvoir de nommer, le pouvoir de propriété, le pouvoir de l’argent et le pouvoir du sexe. Ces motifs du pouvoir masculin sont intrinsèques à la substance et au mode de production de la pornographie, et les modalités de la pornographie sont les modalités du pouvoir masculin. L’harmonie et la cohérence des valeurs haineuses, valeurs perçues par les hommes comme neutres et normales lorsque appliquées aux femmes, sont ce qui caractérise le message, la chose et l’expérience de la pornographie.

Les motifs du pouvoir masculin s’incarnent dans la forme et dans le contenu de la pornographie, dans le contrôle économique et la répartition de la richesse qui caractérisent l’industrie, dans l’image ou dans le récit en tant qu’objet, dans le photographe ou le rédacteur en tant qu’agresseur, dans la critique de l’intellectuel qui, en nommant, assigne la valeur, dans l’utilisation concrète faite des modèles, dans l’application de ce matériau dans ce qu’on appelle la vraie vie (que les femmes se voient ordonner de considérer comme distincte du fantasme) . Un sabre qui pénètre un vagin est une arme; l’est aussi la caméra ou la plume qui le représentent; l’est aussi le pénis auquel le sabre sert de substitut (en latin, vagina signifie littéralement “fourreau”). Les personnes qui fabriquent l’image sont également des armes, tout comme les hommes déployés à la guerre deviennent personnellement des armes. Ceux qui défendent ou protègent l’image sont, au même sens, des armes.

Les valeurs inhérentes à la production pornographique sont aussi manifestes dans tout ce qui l’entoure. La valeur accordée aux femmes dans la pornographie est un thème accessoire, dans la mesure où la dégradation des femmes existe pour postuler, exercer et célébrer le pouvoir masculin. En dégradant les femmes, le pouvoir masculin est avant tout soucieux de lui même, de sa perpétuation, de son expansion, de son intensification et de son élévation. Dans son essai sur le Marquis de Sade, Simone de Beauvoir décrit la sexualité de Sade comme “autiste”. Elle fait du mot un usage figuratif puisqu’un enfant autiste n’a pas besoin d’un objet extérieur à violenter (la plupart des enfants autistes sont de sexe masculin). Le pouvoir masculin exprimé dans la pornographie est autiste au sens où Beauvoir applique le mot à Sade: il est violent et obsédé de lui même; aucune perception d’un autre être n’arrive jamais à modifier son comportement ou a le persuader d’abandonner la violence comme forme d’auto-gratification.

Le pouvoir masculin est la raison d’être de la pornographie; la

dégradation de la femme est la façon de réaliser ce pouvoir.

Prostitution et domination masculine

En 1992, Dworkin interpelle les universitaires sur le fossé entre leur réalité et celle des femmes en prostitution lors d’une conférence organisée par la faculté de droit de l’Université du Michigan: “Prostitution: From Academia to Activism.”

C’est un grand honneur pour moi que d’être ici aujourd’hui avec mes amies et mes paires, mes soeurs au sein de ce mouvement.

Mais je ressens aussi d’énormes déchirements à être ici, parce qu’il est très difficile de penser à ce qu’on peut dire de la prostitution dans un cadre universitaire.

Les a priori du monde universitaire arrivent à peine à imaginer la réalité de la vie des femmes en prostitution. La vie universitaire a pour prémisses la notion qu’il existe un demain et un surlendemain et une journée après cela; ou que l’on peut se mettre à l’abri du froid et étudier; ou qu’il existe un certain discours à propos des idées et qu’on dispose d’une année de liberté où exprimer des désaccords sans y risquer sa vie. Ces prémisses sont la réalité quotidienne des personnes qui étudient ou qui enseignent ici. Mais elles sont l’antithèse même de la vie des femmes qui sont en prostitution ou qui y ont été.

Si vous avez été en prostitution, vous n’avez pas demain à l’esprit parce que demain, c’est très très loin. Vous ne pouvez prendre pour acquis que vous serez encore vivante dans la minute qui vient. Vous ne le pouvez pas et vous ne le faites pas. Si vous le faites, vous êtes stupide, et être stupide dans le monde de la prostitution, c’est être blessée, c’est être morte. Aucune femme qui est prostituée ne peut se permettre d’être stupide au point de prendre demain pour acquis.

Je ne peux réconcilier ces différentes prémisses. Je peux seulement vous dire que les prémisses de la femme prostituée sont les miennes. C’est sur leur base que j’agis. C’est sur elles que mon travail est basé depuis toutes ces années. Je ne peux accepter -parce que je ne peux croire- les prémisses du féminisme issu de l’université: le féminisme qui dit que nous allons écouter toutes les parties, année après année, et qu’ensuite, un jour, dans l’avenir, par quelque processus que nous n’avons pas encore trouvé, nous allons décider de ce qui est juste et de ce qui est vrai. cela n’a aucun sens pour moi. On me dit que cela a du sens pour beaucoup d’entre vous. Je parle en travers du plus large fossé culturel de ma vie. Il y a vingt ans que j’essaie de parler en travers de ce fossé, avec un succès que je qualifierais de marginal.

Je veux nous ramener aux éléments de base. La prostitution: qu’est-ce que c’est?

C’est l’utilisation du corps d’une femme pour du sexe par un homme; il donne de l’argent, il fait ce qu’il veut. Dés que vous vous éloignez de ce que c’est réellement, vous vous éloignez du monde de la prostitution pour passer au monde des idées.

Vous vous sentirez mieux; ce sera plus facile; c’est plus divertissant: il y a plein de choses à discuter, mais vous discuterez d’idées, pas de prostitution. La prostitution n’est pas une idée. C’est la bouche, le vagin, le rectum, pénétrés d’habitude par un pénis, parfois par des mains, parfois par des objets, pénétrés par un homme et un autre et encore un autre et encore un autre et encore un autre. Voilà ce que c’est.

Je vous demande de penser à vos propres corps -si vous arrivez à vous abstraire du monde que les pornographes ont créé dans vos esprits, celui où flottent un aplat, sans vie, des bouches, des vagins et des anus de femmes. je vous demande de penser concrètement à vos propres corps, utilisés de cette façon. Est-ce sexy? Est-ce agréable? Les gens qui défendent la prostitution et la pornographie veulent que vous ressentiez un petit frisson pervers à chaque fois que vous pensez au fait de plonger un objet dans une femme. Je veux que vous ressentiez ses tissus délicats que l’on maltraite ainsi. Je veux que vous ressentiez ce qu’on ressent quand cela se produit encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore; parce que c’est cela la prostitution. La répétition vous tuera si ce n’est pas l’homme qui le fait.

Voilà pourquoi - du point de vue d’une femme qui est en prostitution ou d’une femme qui a été en prostitution- les distinctions que font d’autres gens entre l’événement qui a lieu au Plaza Hotel et celui qui a lieu à un endroit moins élégant ne sont pas les distinctions qui comptent. Ces perceptions sont irréconciliables, leurs prémisses irréconciliables. Pourtant, dites-vous, les circonstances doivent bien avoir de l’importance. Non, elles n’en ont pas, parce que nous parlons de l’utilisation de la bouche, du vagin et du rectum. Les circonstances n’atténuent pas, ne modifient pas ce qu’est la prostitution.

Alors, plusieurs d’entre nous disons que la prostitution est intrinsèquement violente. je tiens à être claire: je vous parle de la prostitution en soi, sans autre violence, sans violence supplémentaire, sans qu’une femme soit frappée, sans qu’une femme soit bousculée. La prostitution à elle seule constitue de la violence contre le corps d’une femme. Celles d’entre nous qui disons cela sont accusées de simplisme. Mais la prostitution est très simple. Et si vous ne la regardez pas simplement, vous ne la comprendrez jamais. Plus vous viserez une pensée complexe, plus vous prendrez vos distances de la réalité -plus vous serez en sécurité, plus vous serez heureuses, plus vous aurez de plaisir à discuter du thème de la prostitution.

Dans la prostitution, pas une femme ne demeure entière. Il est impossible d’utiliser un corps humain de la façon dont le corps des femmes est utilisé en prostitution et d’avoir encore un être humain entier au bout du compte, ou au milieu ou près du début. Et pas une femme ne redevient entière plus tard, après.

Les femmes qui ont été violentées dans la prostitution ont des choix à faire. Vous avez vu ici des femmes très courageuses poser certains choix très importants: utiliser ce qu’elles savent, essayer de vous communiquer ce qu’elles savent. Mais personne de redevient entière parce qu’on vous en enlève trop quand l’invasion a lieu à l’intérieur de vous, quand la brutalité a lieu sous votre peau. Chacune d’entre nous essaie si fort de communiquer aux autres cette douleur.

Nous plaidons, nous tentons des analogies. La seule analogie qui me vienne à l’esprit concernant la prostitution est que ça ressemble plus à un viol collectif qu’à quoi que ce soit d’autre.

Oh! Dites-vous, mais le viol collectif, c’est tout à fait autre chose!

Une femme innocente déambule dans la rue et elle est agrippée par surprise… Toutes les femmes sont agrippées par surprise. Une prostituée est, dans sa vie, agrippée par surprise encore et encore et encore et encore. Son viol collectif est ponctué par un échange d’argent, c’est tout.

C’est la seule différence.

Mais l’argent a une qualité magique, n’est-ce pas?

Vous donnez de l’argent à une femme et soudain, quoi que vous lui ayez fait, elle l’a voulu, elle l’a mérité.

Pourtant, nous comprenons la dynamique du travail masculin. Nous comprenons que les hommes font des choses qu’ils n’aiment pas en échange d’un salaire. Lorsque les hommes vivent un travail d’usine aliénant, nous ne disons pas que l’argent transforme l’expérience pour eux de sorte qu’ils ont aimé cela, qu’ils ont eu du plaisir et, en fait, qu’ils n’aspiraient à rien d’autre. Nous voyons la routine, l’absence d’horizon; nous reconnaissons que la vie d’un homme devrait sûrement valoir mieux que cela.

La fonction magique de l’argent est genrée, en ce sens que les femmes ne sont pas censées avoir de l’argent, parce que, quand les femmes ont de l’argent, on présume que les femmes peuvent faire des choix, et un des choix que peuvent faire les femmes est celui de ne pas être avec les hommes. Et si les femmes font le choix de ne pas être avec eux, alors les hommes seront privés du sexe auquel ils ont le sentiment d’avoir droit. Et s’il est nécessaire que toute une classe de personnes soit traitée avec cruauté, indignité et humiliation, placée en condition de servitude, pour que les hommes puissent avoir le sexe auquel ils pensent avoir droit, alors c’est ce qui arrivera. Voilà l’essence et le sens de la domination masculine. La domination masculine est un système politique.

Il est toujours extraordinaire, quand on regarde cet échange d’argent, de réaliser que dans l’esprit de la plupart des gens, l’argent vaut plus que la femme. Les dix dollars, les trente dollars, les cinquante dollars valent beaucoup plus que sa vie entière. L’argent est réel, plus réel qu’elle.

L’argent permet à l’homme d’acheter une vie humaine et d’effacer sans importance de tous les aspects de la reconnaissance civique et sociale, de la conscience et de la société, des protections de la loi, de tout droit de citoyenneté, de tout concept de dignité humaine et de souveraineté humaine. Cinquante maudits dollars permettent à n’importe quel homme de faire cela.

Si vous deviez chercher une façon de punir les femmes d’être des femmes, la pauvreté suffirait. La pauvreté est dure. Elle fait mal. Ces salopes regretteraient d’être des femmes. C’est dur d’avoir faim. C’est dur de ne pas avoir un logis vivable.

On se sent vraiment désespérée. La pauvreté est toute une punition. Mais la pauvreté ne suffit pas, parce que la pauvreté à elle seule ne fournit pas aux hommes un bassin de femmes à baiser sur demande.

Si affamées que soient les femmes, la pauvreté ne suffit pas à créer ce bassin de femmes. Alors, dans différentes cultures, les sociétés s’organisent différemment pour obtenir le même résultat: non seulement les femmes sont-elles pauvres, mais la seule chose de valeur que possède une femme est ce qu’on appelle sa sexualité, qui, en même temps que son corps, a été transformée en produit marchand. Ce qu’on appelle sa sexualité, devient la seule chose qui ait de l’importance; son corps devient la seule chose que quiconque veuille acheter.

On peut alors formuler un a priori: on peut tenir pour acquis que si elle est pauvre et a besoin d’argent, elle vendra du sexe. L’a priori peut être faux. L’a priori ne crée pas à lui seul le bassin de femmes prostituées. Il faut plus que cela. Dans notre société, par exemple, dans la population des femmes qui sont aujourd’hui prostituées, nous avons des femmes qui sont pauvres, issues de familles pauvres; elles ont aussi été victimes d’agressions sexuelles dans l’enfance, d’inceste en particulier; et elles sont maintenant sans abri.

L’inceste est la filière de recrutement. C’est là qu’on envoie la fille pour lui apprendre comment faire. Donc, bien sûr, on n’a pas à l’envoyer nulle part, elle y est déjà et elle n’a nul autre endroit où aller. On l’entraîne. Et l’entraînement est spécifique et il est crucial: on l’entraîne à ne pas avoir de véritables frontières à son propre corps, à être bien consciente qu’elle n’est valorisée que pour le sexe, à apprendre au sujet des hommes ce que l’agresseur, l’agresseur sexuel, lui apprend. Mais même cela ne suffit pas puisque, après l’entraînement, elle s’enfuit et se retrouve dans la rue, sans abri, itinérante. L’une et l’autre de ces formes de destitution doit avoir lieu pour la plupart des femmes en prostitution.

J’ai beaucoup réfléchi, ces dernières années, à ce que signifie l’itinérance pour les femmes. Je crois qu’il s’agit, littéralement, d’une condition préalable, comme l’inceste et la pauvreté aux Etats-Unis, servant à créer une population de femmes qui peuvent être prostituées. Mais être sans abri a un sens plus vaste. Demandez-vous où n’importe quelle femme dispose réellement d’un abri. Aucune enfant n’est à l’abri dans une société où une fillette sur trois va être agressée sexuellement avant d’atteindre dix-huit ans.

Aucune épouse n’est à l’abri dans une société où des statistiques récentes semblent indiquer qu’une femme mariée sur deux est violentée ou l’a déjà été.

Nous sommes les ménagères, nous aménageons et entretenons des abris, mais nous n’y avons pas droit nous-mêmes. Je crois que nous avons eu tort de dire que la prostitution était une métaphore. Je crois que chaque femme est dépossédée d’un lieu de vie qui soit sécuritaire, qui lui appartienne en propre, un lieu de souveraineté non seulement sur son propre corps mais sur sa vie sociale concrète, que ce soit en famille ou entre amies. Dans la prostitution, une femme demeure sans abri.

Mais il y a quelque chose de très particulier au sujet de l’état de prostitution, quelque chose que j’aimerais tenter d’aborder avec vous.

Je veux souligner que dans ces conversations, ces discussions au sujet de la prostitution, nous cherchons toutes un langage. Nous cherchons toutes des façons de dire ce que nous savons et aussi de découvrir ce que nous ne savons pas. Il existe dans la classe moyenne un a priori selon lequel on sait tout ce qui vaut la peine d’être su. La plupart des femmes prostituées ont pour a priori, elles, que l’on ne sait rien qui vaille la peine d’être su. En fait, ni l’une ni l’autre de ces prémisses ne sont vraies. Ce qui importe ici, c’est de tenter d’apprendre ce que sait la femme prostituée, parce que cela a une valeur immense. Ce qu’elle sait est vrai et cela a été dissimulé. Cela a été dissimulé pour une raison politique: l’apprendre, c’est se rapprocher un peu d’une façon de démanteler le système de domination masculine qui pèse sur nos vies à toutes.

Je crois que les femmes prostituées vivent une forme spécifique d’infériorité. Les femmes sont en général considérées comme sales. La plupart d’entre nous vivons cela comme une métaphore et, oui, quand les choses vont vraiment mal, quand arrivent les choses terribles, quand une femme est violée, quand une femme est battue, oui, vous reconnaissez alors que votre vie de classe moyenne est sous-tendue par des préjugés qui vous tiennent pour sale du seul fait d’être une femme. Mais une prostituée vit littéralement cette condition de la femme sale. Il n’y a pas de métaphore. Elle est la femme souillée, en ce sens que chaque homme qui lui monte dessus y laisse une partie de lui même. Elle est également la femme qui, dans le système de domination masculine, a une fonction purement sexuelle, de sorte que, dans la mesure où les gens considèrent la sexualité comme sale, les gens considèrent les femmes prostituées comme de la saleté.

Cependant, la femme prostituée n’est pas statique dans cet état de souillure. Elle est contagieuse. Contagieuse parce qu’un homme puis un autre puis un autre éjacule sur elle et puis s’en va. Par exemple, quand les gens parlent du sida, la femme prostituée est perçue comme la source de l’infection. Ce n’est qu’un exemple particulier. Car la femme prostituée est généralement perçue comme la source et l’origine de tout ce qui est mauvais, qui va mal et qui est pourri au sujet de la sexualité, au sujet de l’homme, au sujet des femmes. Elle est perçue comme quelqu’une qui mérite d’être punie, non seulement à cause de ce qu’elle “fait” - et je mets le mot fait entre guillemets parce qu’il s’agit surtout de choses qu’on lui fait- mais à cause de ce qu’elle est.

Ce qu’elle est, c’est, bien sûr, l’incarnation ultime de la femme anonyme. Les hommes adorent cela. Alors qu’elle en est à son vingt-quatrième pseudonymes -chérie, baby, poulette, tartelette, quel que soit le truc de marketing de la semaine chez les pornographes - son anonymat dit à l’homme: “Elle n’est pas réelle, je n’ai pas à traiter avec elle, elle n’a même pas de nom de famille, je n’ai pas à me souvenir de qui elle est, elle n’est personne de particulier pour moi, elle est l’incarnation générique de la femme”. Elle est perçue comme, traitée comme - et je veux que vous vous souveniez de cela, c’est réel- de la glu vaginale. Elle est sale, beaucoup d’hommes sont passés par là. Il y a eu beaucoup de sperme, beaucoup de lubrifiant vaginal. Cela est viscéral, réel, c’est cela qui se passe vraiment.

Son anus est souvent déchiré par la pénétration anale, il saigne.

Sa bouche est un réceptacle pour le sperme, c’est ainsi qu’elle est perçue et traitée.

Toutes les femmes sont considérées comme sales à cause du sang menstruel, mais elle saigne à d’autres moments, à d’autres endroits. Elle saigne parce qu’on lui a fait mal, elle saigne et son corps porte des ecchymoses.

Lorsque les hommes utilisent les femmes dans la prostitution, ils expriment une haine absolue pour le corps des femmes.

Ce sentiment est aussi absolu que tout ce qui existe ou a jamais existé sur terre.

C’est un mépris si profond, si profond que toute une vie humaine s’en trouve réduite à quelques orifices sexuels et que l’homme peut faire tout ce qu’il veut.

D’autres femmes qui sont à cette conférence vous l’ont dit, et je veux que vous le compreniez, que vous les croyiez: c’est vrai.

Il peut faire tout ce qu’il veut. Elle n’a aucun recours. Il n’y a pas de policier auquel porter plainte; le policier peut bien être l’homme qui lui fait cela. L’avocat qu’elle va voir veut se faire payer en nature. Lorsqu’elle a besoin de l’aide d’un médecin, elle découvre encore un client.

Comprenez-vous? Elle n’est, littéralement, rien.

Il arrive à beaucoup d’entre nous de vivre des situations où nous avons l’impression de compter pour rien, où nous savons que quelqu’un nous considère comme rien ou moins que rien, sans valeur, mais pour une femme en prostitution, c’est la réalité qu’elle vit jour après jour.

Lui, le champion, le héros, l’homme de la situation, il est occupé, entre temps, à se lier à d’autres hommes par l’utilisation qu’il fait du corps de cette femme.

Une des raisons pour lesquelles il est là est qu’un homme a été là avant lui et qu’un homme sera là après lui.

Ce n’est pas de la théorie. Quand vous le vivez vous constatez que c’est vrai.

Les hommes se servent du corps des femmes dans la prostitution et dans le viol collectif pour communiquer entre eux, pour exprimer ce qu’ils ont en commun.

Et ce qu’ils ont en commun, c’est le fait de ne pas être cette femme.

Elle devient donc pour chacun le véhicule de sa masculinité et de son homoérotisme, et il se sert des mots pour le lui dire.

Il partage avec d’autres hommes le caractère sexuel des mots, comme celui des actes, dirigés contre elle.

Tous ces mots obscènes sont simplement les mots qu’il utilise pour lui dire ce qu’elle est. (Et j’ ajoute que, du point de vue de n’importe quelle femme qui a été prostituée - si elle devait exprimer ce point de vue, ce qu’elle est peu susceptible de faire- le combat que mènent les artistes masculins pour le “droit” d’utiliser des mots obscènes est une des blagues les plus tordues et les plus cruelles au monde parce qu’il n’existe aucune loi, aucune règle, aucune étiquette, aucune courtoisie qui arrête aucun homme d’utiliser chacun de ces mots contre n’importe quelle femme prostituée; et les mots ont le mordant qu’ils sont censés avoir, parce qu’en fait, ils décrivent cette femme). Elle est jetable. C’est drôle: elle n’a pas de nom. Elle est une bouche, un vagin et un anus - qui a besoin d’elle en particulier quand il y en a tant d’autres? Quand elle meurt, à qui manque-t-elle? Qui la pleure? Quand elle disparaît, est-ce que quelqu’un part à sa recherche? Je veux dire, qui est-elle?

Elle n’est personne.

Historiquement, lors du génocide, par exemple, les nazis ont qualifié les Juifs de poux et ont dit: nous allons les exterminer. Dans l’histoire du massacre des peuples indigènes des Amériques, les décideurs ont dit: ce ne sont que des poux, tuez-les. Catharine MacKinnon a qualifié tantôt de “nettoyage sexiste” (gender cleansing) l’assassinat des femmes prostituées. Elle a raison.

Les femmes prostituées sont les femmes qui sont là, offertes à la tuerie gynocidaire. Et les femmes prostituées sont tuées tous les jours, sans que nous ayons l’impression de faire face à quelque chose qui soit de l’ordre d’une urgence.

Pourquoi le ferions-nous? Elles ne sont personne.

Quand un homme tue une prostituée, il se sent vertueux. C’est un meurtre commis par vertu. Il vient d’éliminer de la saleté, et la société lui dit qu’il a raison.

Il existe aussi un genre particulier de déshumanisation vécue par les femmes qui sont prostituées. Oui, toutes les femmes vivent le fait d’être des objets, d’être traitées comme des objets. Mais les femmes prostituées sont traitées comme un type particulier d’objet, à savoir une cible. Une cible n’est pas n’importe quel objet. On peut prendre relativement soin de certains objets que l’on a à la maison. Mais une cible, on la prend d’assaut. On lui plante la fléchette dans le trou. C’est à cela que sert la prostituée. Cela devrait nous apprendre le niveau d’agression qui entre dans ce que fait un homme lorsqu’il cherche, trouve et utilise une femme prostituée.

Un des déchirements que je ressens à parler ici, à être ici, est ma crainte que la moindre chose un tant soit peu abstraite que je dirai détournera immédiatement l’esprit de tout le monde du problème fondamental. Et le problème fondamental, c’est ce qui est fait aux femmes qui sont en prostitution, ce qu’est la prostitution exactement. Mais je dois prendre ce risque parce que je veux vous dire que vous ne pouvez penser à la prostitution à moins d’être prêtes à penser à l’homme qui a besoin de baiser la prostituée. Qui est-il? Que fait-il? Que veut-il? Que lui faut-il?

Il est tout le monde. je veux que vous preniez une heure de votre temps, ce lundi.

Je veux que vous parcouriez votre école et je veux que vous regardiez chaque homme. Je veux que vous le déshabilliez des yeux. Je veux que vous le voyiez la queue rigide. Je veux que vous l’imaginiez couché sur une femme, avec de l’argent sur la table à côté d’eux. Chaque homme: le doyen de cette faculté de droit, les professeurs, les étudiants, tout le monde.

Si vous vous rendez au département d’urgence d’un hôpital, je veux que vous le fassiez. Si vous avez un infarctus, je veux que vous le fassiez avec le médecin qui s’occupera de vous. Parce que voilà le monde où vivent les femmes prostituées.

C’est un monde où quoi qu’il vous arrive, il y a toujours un homme de plus qui veut un bout de votre peau. Et si vous avez besoin de quelque chose venant de cet homme, , vous devez lui donner ce bout de peau.

Les hommes qui utilisent les prostituées se croient vraiment grands et vraiment braves. Ils sont très fiers d’eux-mêmes - ils se vantent beaucoup,. Ils écrivent des romans, ils écrivent des chansons, ils écrivent des lois - ils sont très productifs- et ils ont le sentiment d’être très aventureux et héroïques. Et pourquoi croient-ils cela?

Parce que ce sont des prédateurs qui “vont aux femmes” - ils se frottent à une femme qui est sale et ils survivent pour en parler. Oui, merde, ils survivent presque toujours. Quoi qu’ils aient fait, quel que soit le tort qu’ils ont fait à cette femme - ils survivent pour en parler, pour chanter ou écrire à ce sujet, pour signer des reportages télé et des films. Je veux vous dire que ces hommes sont des lâches, que ces hommes sont des brutes, que ces hommes sont des imbéciles que, si ces hommes arrivent à faire ce qu’ils font, c’est à cause du pouvoir de la classe des hommes, un pouvoir qu’ils s’arrogent parce que les hommes utilisent la force contre les femmes. Si vous voulez une définition de ce qu’est un lâche, c’est avoir besoin de réprimer toute une classe de gens de façon à pouvoir leur marcher dessus. Les sociétés sont organisées de façon à fournir aux hommes le pouvoir dont ils ont besoin, celui d’utiliser les femmes comme ils le veulent.

Les sociétés peuvent être organisées de diverses façons et continuer à créer une population de femme qui sont prostituées. Par exemple, aux Etats-Unis, les femmes sont pauvres, les femmes sont surtout les victimes d’inceste, les femmes sont sans abri. dans certaines parties de l’Asie, elles sont vendues en esclavage à l’âge de six mois parce qu’elles sont des femmes. Cela n’a pas à être fait de la même façon partout pour être la même chose.

La domination masculine signifie que la société crée un bassin de prostituées par tous les moyens nécessaires, afin que les hommes aient ce que les hommes ont besoin d’avoir pour garder le dessus, pour se sentir grossir, au sens littéral, au sens métaphorique, à tous les sens.

Et pourtant, les hommes sont notre norme de ce qu’est l’humain. Nous disons vouloir le statut d’êtres humains. Nous disons vouloir qu’ils nous traitent comme des êtres humains. Mais dans une société de domination masculine, ce sont eux qui sont les êtres humains. Je tiens à vous signaler que nous utilisons le mot “humain” au sens métaphorique. Nous ne parlons pas de la façon dont les hommes agissent. Nous parlons d’une idée, d’un rêve, d’une vision que nous avons de ce qu’est un être humain. Nous disons que nous ne voulons pas qu’ils nous marchent dessus; nous disons aussi implicitement qu’ils ne sont pas une norme suffisante de ce qu’est un être humain parce que regardez comme ils nous traitent. Nous ne pouvons vouloir être comme eux parce qu’être comme eux signifie utiliser les gens comme ils utilisent les gens - à la seule fin d’établir leur importance et leur identité.

Ce que je dis c’est que les hommes sont en partie une figure mythologique à nos yeux lorsque nous parlons d’eux comme êtres humains. Nous ne parlons pas de la façon dont les hommes se comportent réellement. Nous parlons de la mythologie qui fait des hommes les arbitres de la civilisation. Notre mouvement politique inclut la compréhension que les qualités humaines que nous attendons d’une vie collective ne sont pas celles que démontre le comportement réel des hommes.

Ce que fait la prostitution des femmes, dans une société de domination masculine, c’est établir un fond social au-dessous duquel il n’y a pas de fond. Et tous les hommes sont au dessus de ce fond. Ils ne sont peut-être pas très loin au dessus, mais même les hommes qui sont prostitués sont au-dessus du fond que définit la condition des femmes et des filles prostituées. Chaque homme vivant dans cette société bénéficie du fait que des femmes sont prostituées, que cet homme-là utilise ou non des femmes en prostitution. C’est une chose qui devrait aller sans dire mais qui doit encore être dite: la prostitution tient à la domination masculine, pas à la nature féminine. C’est une réalité politique qui existe parce qu’un groupe de gens possède et maintient le pouvoir sur un autre groupe de gens.

J’insiste là-dessus parce que je veux vous dire que la domination masculine est cruelle. Je veux vous dire que la domination masculine doit être détruite. La domination masculine mérite qu’on y mette fin, pas simplement qu’on la réforme, pas qu’on la rende un peu plus douce, pas qu’on la rende un peu plus douce pour certaines femmes. Il nous faut regarder le rôle des hommes -l’examiner vraiment, l’étudier, le comprendre- le rôle qu’ils jouent en maintenant des femmes dans la pauvreté et des femmes dans l’itinérance et des filles dans le viol, et donc en créant une classe de prostituées, une population de femmes qui seront utilisées en prostitution.

Il nous faut regarder le rôle que jouent les hommes dans la romantisation de la prostitution, dans l’occultation culturelle de son coût pour les femmes, dans l’utilisation du pouvoir de cette société -le pouvoir économique, le pouvoir culturel, le pouvoir social- pour créer du silence, pour créer du silence entre celles qui ont été blessées, le silence de femmes qui ont été utilisées.

Il nous faut regarder le rôle que jouent les hommes dans la création d’une haine des femmes, dans la création de préjugés contre les femmes, dans l’utilisation de la culture pour soutenir, promouvoir, glorifier et célébrer l’agression des femmes.

Il nous faut regarder le rôle des hommes dans la notion politique d’une liberté qu’ils sont en fait les seuls à pouvoir détenir.

Que-ce que la liberté? Deux mille ans de discours pour arriver à nous en tenir à l’écart. Quel monologue incroyablement complaisant ils se sont payés là!

Il nous faut regarder le rôle des hommes dans la création de systèmes politiques qui asservissent les femmes; et cela signifie qu’il nous faut regarder le rôle que joue les hommes dans la création de la prostitution -les façons dont s’y prennent les forces de l’ordre, dont s’y prennent les journalistes, les avocats, les artistes. Il nous faut connaître les façons dont tous ces hommes se servent des prostituées et, ce faisant, détruisent la dignité humaine des femmes.

Le remède de ce problème est politique. Cela veut dire enlever le

pouvoir aux hommes. C’est une affaire sérieuse, une affaire grave. Ils

ont trop de pouvoir. Ils ne l’utilisent pas correctement. Ce sont des

tyrans. Ils n’ont aucun droit à ce qu’ils possèdent, et cela veut dire

qu’il faut le leur enlever.

Il nous faut leur enlever le pouvoir qu’ils ont de nous utiliser. Il nous

faut leur enlever le pouvoir qu’ils ont de nous faire mal. Il nous faut

leur enlever leur argent.

Ils en ont trop. Tout homme qui a assez d’argent pour le dépenser à

avilir la vie d’une femme en prostitution a trop d’argent. Il n’a pas

besoin de ce qu’il a en poche.

Mais une femme quelque part en a besoin.

Il nous faut leur enlever la domination sociale, qu’ils exercent sur nos

vies. Nous vivons sous une tyrannie de menteurs, d’hypocrites et de

sadiques.

Il va vous en coûter pour les combattre. Il faut les soulever et les

enlever du corps des femmes, les en débarrasser,

me comprenez-vous?

Ce qui est indépassable en matière de prostitution, c’est la

domination masculine. Et c’est à la domination masculine qu’il faut

mettre fin pour que les femmes ne soient plus prostituées.

C’est à vous, a vous d’affaiblir et de détruire chaque institution qui

participe aux façons dont les hommes dominent les femmes. Et ne

vous demandez pas si vous devriez le faire. La question n’est pas si

mais comment. Comment? Faites une chose, au lieu de passer votre vie

à débattre si vous devriez faire ceci ou si vous devriez faire cela et

est-ce qu’ils le méritent vraiment et est-ce vraiment juste?

Juste? Est-ce vraiment juste? Mes chéries, nous pourrions sortir les

mitrailleuses ce soir. Juste? Nous nous brisons le coeur avec ces

questions.

Est-ce juste? Ne respectez pas leurs lois. Non. Ne respectez pas leurs

lois. Il est temps que les femmes créent des lois. J’espère que

Catharine MacKinnon et moi avons donné un exemple. Nous avons

essayé. Il n’existe aucune raison pour qu’une femme, n’importe quelle

femme, où que ce soit au monde joue essentiellement le rôle de

fellatrice du système juridique actuel.

Mais c’est en grande partie ce que l’on vient apprendre à faire dans

les facultés de droit.

Voici, je l’espère, ce que vous retiendrez: le moindre vestige de

hiérarchie sexuelle, le moindre, voudra dire que des femmes, quelque

part, sont en train d’être prostituées. Si vous regardez autour de vous

et que vous voyez la domination masculine, vous savez qu’à un endroit

que vous ne pouvez voir, une femme est en train d’être prostituée,

parce que chaque hiérarchie a besoin d’un échelon de base et la

prostitution est l’échelon de base de la domination masculine. Alors

lorsque vous faites des compromis, lorsque vous acceptez de fermer

les yeux, vous collaborez.

Oui, je sais que votre vie est aussi un jeu mais oui, vous collaborez

-les deux énoncés sont vrais- à la destruction de la vie d’une autre femme.

Je vous demande de faire de vous des ennemies de la domination

masculine, parce-que celle-ci doit être détruite pour que prenne fin le

crime de la prostitution -le crime contre la femme, le crime contre les

droits humains qu’est la prostitution.

Et tout le reste n’a rien à voir: c’est un mensonge, une excuse, une

apologie, une justification. Et tous les mots abstraits sont autant de

mensonges -la justice, la liberté, l’égalité, ce sont des mensonges.

Tant que des femmes sont prostituées, ce sont des mensonges. Vous

pouvez redire ces mensonges et, dans cet établissement, on vous

apprendra comment le faire; ou vous pouvez employer votre vie à

démanteler le système qui crée et puis qui préserve cette agression.

Vous, une personne dotée d’une formation, pouvez vous ranger avec

l’agresseur ou vous pouvez vous ranger avec la rebelle, la résistante,

la révolutionnaire.

Vous pouvez vous ranger avec votre soeur, à qui il fait cela; et si vous

êtes brave, vous pouvez tenter de vous interposer entre lui et elle, de

façon à ce qu’il doive vous passer sur le corps pour l’atteindre. Voilà,

en passant, le sens d’un mot souvent mal utilisé, le mot choix. Voilà

des choix.

Je vous demande de poser un choix

Andrea Dworkin

jeudi 1 mai 2008

" Mon corps est à moi " ? par Florence Montreynaud


" Mon corps est à moi " ? par Florence Montreynaud (*)

Article paru le 5 septembre 2002
source : http://www.humanite.fr/Tribune-libre-Florence-Montreynaud

" Mon corps est à moi, j’en fais ce que je veux ", disent certaines femmes prostituées en revendiquant la dignité de leur " métier ", et l’appellation de " travailleuse du sexe " ou de " vendeuse de services sexuels ". Peut-on pousser aussi loin la logique de la revendication féministe des années soixante-dix - " le droit de disposer de son corps " ? Si " mon corps est à moi ", c’est dans la limite d’une acceptation sociale qui, en Occident, va croissant. Je n’ai pas le droit de sortir nue dans la rue, ni de déféquer en public, mais je peux me mutiler, et je peux me suicider. En revanche, le corps d’autrui ne m’appartient pas. Il est interdit de mutiler quelqu’un ou de l’aider à se suicider. Refuser un rapport sexuel non désiré est un droit humain, et la connaissance de ce droit est l’un des progrès de la conscience humaine dus aux féministes. Renoncer à ce droit, en vendant l’accès à son sexe sans désir, en traitant son propre corps comme un moyen, est un acte qui ne concerne pas seulement une personne. C’est un marché qui engage deux personnes et, au-delà d’elles, une société qui le tolère, l’organise ou l’interdit. C’est un échange qui touche à une valeur universelle : la dignité humaine.

Il y a, en France, des millions de " viandards ", de ces hommes qui louent un orifice d’un autre corps, de femme, d’homme, ou d’enfant, sans se soucier de ce qui a amené à se prostituer des personnes à l’itinéraire souvent marqué par des violences. Acheter l’accès au corps d’autrui serait-il l’un des droits de l’homme, ou plutôt du mâle français ? L’argent donne-t-il tous les droits ? Non, car le corps humain ne peut pas faire l’objet d’un marché. Non, car le corps humain n’est pas une marchandise. C’est un principe du droit français : le corps humain est inaliénable, c’est-à-dire que nul ne peut ni le vendre, ni l’acheter, ni le louer, en totalité ou en partie. Le Conseil d’État a déclaré illégale la location d’utérus (les " mères porteuses "). Sur quels fondements pourrait-on admettre, et à plus forte raison organiser, la location d’un vagin, d’un anus ou d’une bouche, le commerce de viande humaine ? Louer un orifice de son corps pour un usage sexuel n’est ni un service ni un métier comme les autres. Certains défendent le droit de se prostituer, et le nomment prostitution " libre " ; ils se limitent à condamner le fait d’être prostitué(e), appelé prostitution " forcée ". Pourtant, une exploitation indigne, même consentie, même présentée par la victime comme le résultat d’une décision personnelle, reste une exploitation indigne.

Que des femmes prostituées cherchent à renforcer leur estime d’elles-mêmes par des déclarations d’autovalorisation, cela peut se comprendre. Quand des personnes non prostituées leur font écho, il arrive qu’elles se laissent duper par des proclamations d’indépendance, souvent fallacieuses, car aucune prostituée ne peut reconnaître en public qu’elle est sous la coupe de proxénètes.

Un des exemples les plus frappants est celui d’Ulla, meneuse de la révolte des prostituées lyonnaises en 1975 ; elle prétendait se prostituer librement, mais, quand elle changea de vie, elle s’étonna :

" Comment avez-vous pu me croire ? "

Se prostituer ne peut pas être un droit. Le droit qu’il faut gagner pour tous les humains est celui de ne pas se prostituer, tout en obtenant que les personnes prostituées aient des droits en tant que personnes et non en tant que prostituées. Il faut affirmer le droit de se soustraire à l’exploitation sexuelle et aider ceux qui cherchent à y échapper. Il faut contester le droit que se donnent certains, de par leur argent, d’accéder au sexe d’autres personnes.

Il faut expliquer les causes premières de la prostitution :

la demande des " viandards ", et la marchandisation de la sexualité.

Il faut dire qu’une personne n’est pas une marchandise.

Mais qu’une personne est une personne.

(*) Fondatrice et présidente de l’association Les Chiennes de garde. Dernier ouvrage paru : Bienvenue dans la meute !, La Découverte, 2001, collection Cahiers libres, 250 pages, 17,53 euros.

jeudi 10 avril 2008

Canada : trafic humain

Des centaines de personnes auraient été victimes du trafic humain au pays


source : corusnouvelles.com (Québec)

Mercredi 09 avr 2008


LA PRESSE CANADIENNE

MONTREAL - Des défenseurs des droits de la personne affirment que des trafiquants d'êtres humains vendent des jeunes filles en tant qu'esclaves sexuelles pour aussi peu que 2000 $ au Canada, une situation que les gens n'imaginent pour la plupart possible qu'à l'étranger.

Joy Smith, députée du Parti conservateur qui milite contre le trafic humain, a indiqué mercredi que l'augmentation de ce genre d'activité au pays était passée largement inaperçue parce que les Canadiens croient que les jeunes filles choisissent elles-mêmes de devenir travailleuses du sexe.

Mme Smith a avancé que certaines filles étaient vendues pour 2000 $ à Montréal.

Des observateurs internationaux ont décrit le trafic humain comme étant l'un des crimes connaissant la croissance la plus forte au monde. Le Canada n'échappe pas au phénomène.

Mme Smith a affirmé qu'il s'agissait-là du secret le mieux gardé au Canada, ajoutant que ce secret était honteux.

La députée conservatrice doit prononcer une allocution à ce sujet, à Montréal, dans le cadre d'une conférence sur le trafic humain d'une durée de quatre jours devant débuter ce jeudi.

L'ONU estime que 2,5 millions de personnes en provenance de 127 pays ont été déplacés à travers le monde sous une forme ou une autre de servitude, incluant le travail forcé ou l'ablation d'organes à des fins de trafic.

Ces activités rapporteraient des milliards de dollars.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) dit croire que de 800 à 1200 personnes ont été victimes du trafic humain au pays. Certains défenseurs des droits de la personne croient cependant que ce chiffre atteint 1500.

lundi 7 avril 2008

Manifeste pour une société sans prostitution


NOW mail art par Maryam Shams


Une pétition vient d’être mise en ligne à l’initiative du mouvement du nid.

Il importe de la signer et de la relayer le plus largement possible.

Ce manifeste était attendu par tous ceux et celles qui militent pour l’abolition de la prostitution, pour son éradication!

Toute société tolérant cet esclavage sexuel est complice de crime envers ses citoyens et plus particulièrement envers les femmes et les enfants qui la constituent.

Sémaphore

Pétition en ligne :

http://www.pourunesocietesansprostitution.org/

nb : remerciements à Emelire féministe aux aguets, comme il se doit!


Manifeste pour une société sans prostitution

Au moment où la société marchande parvient à recycler l’exploitation sexuelle d’autrui en simple "loisir", nous lançons un appel à la résistance.

Le Mouvement du Nid refuse la prostitution comme il refuse la misère, l’exclusion, l’esclavage, la torture, la traite, qui en sont inséparables.
Il appelle à un engagement politique, social et culturel, un front de refus face à l’ensemble du système prostitutionnel.
Ni "mal nécessaire", ni "fatalité", ni "métier", lieu de prédilection de la violence, du sexisme et du racisme, la prostitution est un archaïsme au cœur de nos sociétés.

Un constat

- La prostitution transforme en marchandises des millions d’êtres humains, femmes, hommes, enfants, transgenres, en France et dans le monde.

- La traite en vue de la prostitution explose sur l’ensemble de la planète pour répondre aux prétendus "besoins irrépressibles" des clients prostitueurs.

- Le corps des femmes demeure un lieu de défoulement, un "repos du guerrier" lors de manifestations à travers le monde (sportives, militaires, professionnelles, politiques, touristiques...).

Un appel

- Au moment où la société marchande parvient à recycler l’exploitation sexuelle d’autrui en simple "loisir", nous lançons un appel à la vigilance. Refusons la marchandisation de tout être humain !

- Gardons l’optimisme et les valeurs de la déclaration des Droits de l’Homme : entrons en résistance contre la dictature de la société marchande !

Des exigences pour une politique cohérente, ici et maintenant

- La suppression du délit de racolage qui pénalise les personnes prostituées.

- L’inclusion dans le droit du principe de la responsabilité des clients prostitueurs et la mise en place de sanctions éducatives à leur égard.

- L’application réelle de la loi sur la répression du proxénétisme et la fin des complaisances pour ses nouvelles formes moins visibles (salon de massage, bars à hôtesses, internet, petites annonces...).

- La mise en œuvre dans les programmes scolaires d’une véritable politique d’égalité entre filles et garçons et d’une éducation à la sexualité fondée sur la notion de désir partagé et de respect de l’autre.

- La mise en place d’une politique réelle de prévention du risque prostitutionnel en direction de tout public.

- La proposition d’alternatives crédibles et solides à la prostitution et des moyens pour favoriser les démarches de réinsertion.



Pétition en ligne :
http://www.pourunesocietesansprostitution.org/

Nous recueillons également des signatures par courrier. Téléchargez ici le texte du Manifeste, qui comporte un espace pour les signatures. Vous pourrez les renvoyer au

PDF - 77.7 ko
Manifeste pour une société sans prostitution

Mouvement du Nid
8 bis rue Dagobert
92114 BP 63 Clichy Cedex

Attention, pour être valides les signatures doivent être sur le même document que le texte du Manifeste !