lundi 14 juillet 2008
Un film X...[video] dédicace aux mateurs et amatrices qui se disent féministes! N'accusez pas votre chat!...(je ne poserai le féminin!)
Un film X...[video] N'accusez pas votre chat!...(je ne poserai le féminin!)
Dédicace aux mateurs et amatrices qui se disent féministes!
Qu'est-ce qu'un film X ?
Qu'est-ce que la pornographie en regard de la sexualité entre deux êtres épris l'un de l'autre ?
Comment peut-on se dire féministe et promouvoir cette industrie du sexe ?
N'y a-t-il plus aberrant grand écart entre des valeurs, un engagement prônant le respect des individus et cette complicité ostentatoire des amateurs de pornographie qui dans leur position de spectateur sont dans le déni absolu de la violence qui est faite aux femmes, aux enfants, à ces corps baisés dont ils jouissent de leur réduction génitale?
Ce sont bien des autistes, "au sens où Simone de Beauvoir applique le mot à Sade"* que la violence et la souffrance excitent. (*cf. citation d'Andrea Dworkin)
Leur conscience, vaste trou noir d'où éjacule la négation de l'Autre dans une libido égocentrique aveugle et avide du sordide, soit tout le contraire d'une relation.
Le torride d'une passion s'ancrant dans le charnel ne saurait s'accoupler ni avec la vulgarité, ni le mépris, ni jouir du sadisme surtout!...
L'attrait envers la pornographie stigmatise une sexualité conditionnée par l'injonction viriarcale du "jouir sans entrave" dont le maître mot est la dégradation de la femme, en la rabaissant, en la souillant.
C'est faire fi de cette volonté destructrice dont les ravages pervers dénaturent cet autre langage propre au désir partagé.
C'est oublier que la pornographie est un viol commercialisé, la transaction financière ne la saurait laver de ses fondements criminels, bien au contraire elle en marque l'impunité, celle d'une société où l'argent roi vomit son avilissement des êtres.
Pensez-vous aux chairs qu'il faut recoudre?
Songez-vous aux traumatismes pourrissants dans une schizophrénie de secours?
Si "l'enfer c'est les autres", l'enfer c'est VOUS!
Vous, dans votre répugnante collaboration à ce système abject!
Qu'est-ce que la pornographie sinon l'acmé de l'humiliation?!
sémaphore
p.-s. :
Gratifiantes n'est-ce pas les dénominations telles que "salopes", "chiennes" etc...
La jouissance du mâle ne connaîtrait-elle son paroxysme que dans le mépris, les femmes qui disent apprécier contribuent à l'exploitation, au conditionnement d'autres femmes dans un monde androcentré qui ne se soucie de la moindre notion de respect.
L'excitation fouille vos poubelles!
La réduction d'un être en objet sexuel doit être perçu comme un crime, parce que c'est un crime!
L'industrie du sexe est une honte, un outrage, un affront à toute idée de civilisation!
* "Le pouvoir masculin exprimé dans la pornographie est autiste au sens où Simone de Beauvoir applique le mot à Sade : il est violent et obsédé de lui-même ; aucune perception d'un autre être n'arrive jamais à modifier son comportement ou à le persuader d'abandonner la violence comme forme d'auto-gratification.
Le pouvoir masculin est la raison d'être de la pornographie ; la dégradation de la femme est la façon de réaliser ce pouvoir."
Andrea Dworkin
in Pouvoir et violence sexiste, éd. Sisyphe, p.73
> lire :
les dessous du porno
http://antiporno.canalblog.com/archives/2007/11/index.html
L'exploitation sexuelle sur internet
http://antiporno.canalblog.com/archives/2007/11/16/6907276.html
mardi 1 avril 2008
Salo ou les 120 jours de Sodome - Pasolini avait du cœur. Et vous ?
Peinture du fascisme et du sadisme encore à ce jour inégalée. Pasolini sera torturé et assassiné trois jours après la sortie Salo ou les 120 jours de Sodome.
Lorsque Pasolini découvre la grande scène d’orgie nazie, et le massacre qui s’en suit, dans Les Damnés (1968) de son compatriote Luchino Visconti, il n’a qu’une idée en tête : réaliser un film dépeignant, du début à la fin, une orgie sadique et fasciste. Ce film sera Salo ou les 120 jours de Sodome.
Librement inspiré du divin marquis de Sade, Salo décrit en huis clos, dans un château, l’esclavage sexuel de neuf jeunes femmes et neuf jeunes hommes par quatre dirigeants fascistes en pleine République de Salo (proclamée par le Duce en 1943). Le film se (dé)compose en trois tableaux : "Le cercle des passions", "Le cercle de la merde" et "Le cercle du sang". Chaque partie surrenchérissant dans l’horreur.
"Cette dénonciation du fascisme donne un film dégradant, insupportable et dont chaque spectateur se sentira sali, quel que soit le talent évident du cinéaste." [1] La critique internationale en veut beaucoup au film et, bien souvent, à Pasolini lui-même. Personne ne sait comment prendre Salo. Par quel côté l’envisager en effet ?
Pour Roland Barthes et quelques autres, Sade ne devrait même pas être adapté au cinéma car selon lui : "Le fantasme s’écrit, il ne peut se décrire." [2] Les plus grands s’y perdent. Peut-on filmer, doit-on filmer, la scatologie, la torture ? Voir en plan serré une jeune femme forcée à manger des excréments, comporte-t-il un quelconque intérêt ? Où est l’éthique ? Le cinéma, et plus généralement l’art, doit-il s’imposer des limites à ne jamais franchir ?
La limite du cinéma ne résiderait-elle pas dans le corps et la cervelle des spectateurs ? La salle obscure comme terreau, l’écran comme soleil, l’âme comme océan, pourrait-on écrire. Salo de Pasolini est peut-être un "cri moral qui frôle le délire" [3], il reste en tout cas un film qui ne peut laisser indifférent. Cette indifférence à la base même du totalitarisme. Indifférence, mode des absentionnistes, monde de terreurs jamais avouées, trop rarement labourées.
Comment écouter et regarder jusqu’au bout Salo sans avoir le cœur au bord des lèvres ? Sans être transpercé par ce film en flèche ? Au fond, c’est bien d’amour dont nous parle l’ange Pasolini, appelant toutes nos fibres émotionnelles, reconvoquant notre cœur souvent trop occulté, réveillant notre conscience endormie, déliant nos langues par amour de la parole libérée et du cri de révolte, vital. Pasolini avait, lui, un cœur bien accroché à ses nerfs et à ses veines, un cœur de poète, ouvert, entier, intègre, foncièrement courageux, avec plus de sang bouillonnant que les autres mortels peut-être. Une chose est sûre : Pasolini avait du cœur. Et vous ?
dimanche 30 mars 2008
Pornographie : libération ou asservissement ?
Pornographie : libération ou asservissement ?
par Jocelyne,
Source : http://increvablesanarchistes.org/
Posté par Miaramaou sur antiporno
La plupart des dictionnaires définissent la pornographie comme la représentation complaisante de faits obscènes -qui choquent la pudeur- concept subjectif et variable selon les époques, les pays et les cultures. Ce qui était qualifié de pornographique au XVIII e siècle nous paraît aujourd'hui bien désuet : la vue d'un sein dénudé, d'une cheville...
La pornographie comporte à la fois une dimension provocante et mercantile. Il convient cependant de la distinguer de l'érotisme, lequel peut être également provoquant et poursuivre un objectif commercial mais il dépeint des expériences affectives et sexuelles entre partenaires s'y prêtant de leur plein gré et avec réciprocité dans le but recherché de décupler le plaisir sexuel par des jeux érotiques pour parvenir à la jouissance.
La pornographie n'exprime aucun affect. Les partenaires sexuels se scindent en deux catégories : les dominants -hommes- et les dominées -femmes ou enfants- utilisés comme des objets. La sexualité sert alors d'alibi pour créer ou renforcer une inégalité. Les femmes (ou les enfants dans le cas de pédopornographie) sont alors représentées dans des situations dégradantes, avilissantes, montrant qu'elles ne peuvent trouver du plaisir que dans la soumission et l'humiliation. La pornographie fait l'apologie de la violence envers les femmes, voire les enfants, où l'homme domine par son sexe triomphant.
Indépendamment de l'aspect commercial, la pornographie se différencie de l'érotisme en cela qu'elle n'a aucune recherche esthétique, ne faisant appel qu'à une réalité crue, scatologique, limitée aux organes génitaux, au contraire de l'érotisme qui suggère souvent plus qu'il n'explique une situation intime.
La pornographie ne met en scène que l'aspect physique du corps, l'érotisme joue avec la personnalité entière de l'individu.
Le cyberporno
Si la pornographie a évolué au cours des siècles, peintures découvertes sur les murs des maisons closes de l'Antiquité, écrits et chansons servant parfois d'exutoire aux écrivains officiels, elle s'est développée en trente ans de façon exponentielle et son contenu est devenu extrêmement violent. Internet a fait exploser la pornographie en permettant l'ouverture de nouveaux marchés. En 1996, on comptait 30 millions d'internautes, en 2001, on arrivait à 500 millions ! Le commerce pornographique se fait principalement entre pays à économie développée mais tend actuellement à s'étendre aux pays en voie d'expansion économique.
Les sites pornographiques sont évalués à environ 450000 sur l'ensemble du réseau. Ils proposent des vidéos, des photos, des catalogues de personnes prostituées, des sex-shops, des magasins de lingerie provocante dans le but d'exciter le ou les partenaires masculins. Avec les web-cams, certains sites offrent des relations en direct avec de très jeunes filles ou des enfants. La communication est devenue internationale, et, en apportant de nouveaux marchés liés à l'industrie du sexe, 2,5 % du trafic total d'Internet véhiculeraient des images pornographiques, laissent aux utilisateurs tout loisir de visiter de tels sites sans craindre d'être repérés grâce à la complexité et à la technique du réseau Internet. La clientèle de ce marché est composée, d'après tous les sondages, d'hommes à 95%. On peut y voir des scènes de torture, de viol et même des crimes dont le visionnage ne sera pas sanctionné.
Certains sites ont été démantelés par la police parce qu'ils concernaient des personnes mineures. Cependant, les propositions de réglementation sont dénoncées au nom du droit à la liberté d'expression et au respect de la vie privée. Internet est à ce jour le seul espace de communication qui dispose d'un vide juridique pratiquement total.
Le contenu de la pornographie est devenu violent depuis plusieurs décennies.
Déjà en 1976, aux États-Unis, le film Snuff avait provoqué des manifestations importantes, notamment de féministes, car il montrait en réel la torture, le meurtre puis le démembrement post mortem d'une femme. Cette escalade de la violence est expliquée comme une riposte au mouvement d'émancipation des femmes né dans les années 70 et qui mettrait en danger la suprématie masculine !
Vers 1976, le cinéma porno-graphique réalisait en France près de onze millions d'entrées dans les salles et tombait à deux millions en 1985 car dans cette période ont fleuri les sex-shops, les peep-shows, les mirodromes, le minitel rose ainsi que l'explosion de la vente de cassettes vidéo. La production des films pornographiques est le fait de grands groupes. En 2001, Vivendi Universal Canal + avait le monopole du marché de la pornographie au plan mondial.
Le contenu
La pornographie est avant tout une industrie du sexe qui utilise tous les ressorts commerciaux nécessaires à son expansion. Elle induit une vision misogyne des relations sexuelles entre les femmes et les hommes dans un rapport inégalitaire de domination et de violence de la part des hommes sur les femmes, reflet de la société patriarcale.
Á l'inverse de la littérature érotico-pornographique comme l'Amant de lady Chatterley, Histoire d'O, Lolita, Emmanuelle, qui laisse au lecteur, à la lectrice, toute latitude pour transposer les faits dans son propre imaginaire, les films ne permettent pas à l'inconscient de se réapproprier les fantasmes qui sont projetés, car l'image est plus primitive et brutale et trop rapide.
La lectrice, ou le lecteur a une attitude active devant l'écrit et interprète les mots, les situations en les adaptant en fonction de sa personnalité et de son vécu et paradoxalement réinvente l'histoire.
Les images projetées sur l'écran ne permettent pas cette distanciation, cette réappropriation. Elles arrivent trop vite et ne permettent pas le recul nécessaire ou l'ajustement de l'inconscient et sont reçues de façon passive.
Le contenu des films porno-graphiques a évolué en quelques années vers plus de violence, de brutalité envers les femmes (mais aussi les enfants). En cela, elle est le fidèle reflet de la société capitaliste qui renforce les inégalités de classes et les inégalités entre les femmes et les hommes. Les corps de femmes sont montrés comme des objets sexuels, morceaux de viande, des marchandises, avec abus de gros plans pour montrer les pénétrations de tous les orifices et la jouissance finale attribuée à l'émission de la " semence " du mâle. Le pénis n'est filmé qu'en érection, symbole patriarcal de la puissance masculine, jamais avant ou après. L'émission du sperme étant dramatisé comme l'apothéose attendue de l'érection salvatrice qui inonde le corps abandonné de la femme. Les scénarios sont généralement absents car ces films ne cherchent qu'à satisfaire les besoins de domination des hommes sur les femmes, et même en créant des besoins (comme dans la publicité). Ces films ne montrent pas la sexualité entre hommes et femmes, laquelle ne se borne pas à la pénétration et fait intervenir la personne tout entière.
La limiter aux organes génitaux lui ôte une part importante liée à la jouissance : l'imaginaire.
La jouissance physique est une composante de la sexualité entre partenaires volontaires qui ne se limite pas à la longueur d'un sexe, ou à des pénétrations multiples tenant plus de records à battre que d'une recherche commune du plaisir. Le plaisir sexuel est subjectif et relatif selon les individus ; bander ne suffit pas pour parvenir à la réalisation complète de son être.
Une évolution sociale ?
La banalisation de la pornographie, loin de libérer ou d'émanciper les individus en détruisant les tabous de nos sociétés judéo-chrétiennes, ne fait que renforcer les fondements de la société capitaliste et patriarcale.
L'argent est le moteur et le but de la réussite (réussite sociale face au groupe et non réussite personnelle de l'individu) ; celle-ci ne peut éclore que dans un contexte social inégalitaire, où la force domine, où la liberté est réprimée, où les rapports entre les sexes sont des rapports de forces, lesquels se dégradent, où la domination des hommes sur les femmes se fait plus prégnante - recul des droits acquis, retour à l'ordre moral, renforcement du pouvoir des religions (diktats des intégristes et des fondamentalistes).
L'accès à plus de pornographie donne l'illusion d'une société libérée. Des femmes artistes revendiquent le droit à disposer de leur corps quand, en fait, elles investissent le champ accaparé par les hommes pour disposer, en fait, du corps des autres (tel le film Baise-moi) comme dans la guerre.
Les changements de comportements sexuels restent liés à la société libérale qui s'est dotée d'une nouvelle composante aliénante avec l'envahissement de la pornographie, qui perpétue la domination d'une minorité possédante sur l'ensemble des individus, l'exploitation étant la nature même du capitalisme.
Pendant que certains se nourrissent de situations perverses extrêmes -violences, tortures, viols, meurtres- ils ne participent pas à l'émancipation des individus et du groupe social.
Malgré l'évolution de la pornographie qui pourrait être perçue comme un exutoire aux pulsions agressives principalement masculines, conséquences de la société patriarcale, les crimes sexuels ont augmenté ainsi que les violences domestiques, les viols n'ont pas diminué, l'exploitation sexuelle des femmes, des enfants et des hommes, dans le système prostitutionnel, est grandissante.
Il n'y a pas de réelle libération sexuelle car les esprits n'ont pas suivi les corps, et cette dichotomie aboutit à un mal-être. Il ne suffit pas de multiplier les rapports sexuels pour être émancipé. La sexualité est un moyen pour parvenir à un mieux-être. La pornographie, loin d'avoir libéré les individus, les tient en dépendance, et les bénéfices qu'elle génère, renforce la société capitaliste aux dépens d'une société libertaire composée d'individus adultes et épanouis.
Allons-nous laisser faire?
lundi 19 novembre 2007
La pornographie et le désespoir
lu sur http://lezzone.over-blog.com
par Andrea Dworkin, écrivaine et féministe
À l’origine, cet article a été préparé pour le colloque "Perspectives féministes sur la pornographie" qui s’est tenu à San Francisco, en 1978. Une vision profonde du problème de la pornographie s’incarne dans ce discours prononcé juste avant le départ d’une manifestation ayant pour thème "Take Back the Night" [Reprenons la nuit].
Je cherchais quelque chose à dire ici aujourd’hui (1) de bien différent de ce que je vais dire. Je voulais arriver ici pleine de ferveur militante, fière et déchaînée de fureur. Mais de plus en plus, je sens que cette fureur n’est que l’ombre du désespoir qui monte en moi. Le fait d’apercevoir ici et là des petits bouts de pornographie déclenchera une fureur salutaire chez toute femme qui a un tant soit peu le sens de sa valeur intrinsèque. Mais quand on étudie la pornographie en profondeur et dans toute son ampleur, comme je le fais depuis plus longtemps que je ne voudrais m’en souvenir, c’est le désespoir qui nous envahit.
La pornographie est en soi abjecte. Ce serait mentir que de la caractériser autrement et le fléau des rationalisations et des sophismes mâles ne peut ni changer ni cacher ce simple fait. Georges Bataille, un philosophe de la pornographie (qu’il appelle "érotisme"), l’exprime très clairement : "Dans son essence, le domaine de l’érotisme est le domaine de la violence, de la violation (2)." M. Bataille, contrairement à tant de ses pairs, a la bonté de préciser explicitement qu’il s’agit bien, dans tout cela, de violer les femmes. Utilisant un langage fait d’euphémismes grandiloquents, très populaire parmi les intellectuels mâles qui écrivent sur la pornographie, Bataille nous explique que "[c’]est essentiellement la partie passive, féminine qui est dissoute en tant qu’être constitué (3)". Être "dissoutes" - par n’importe quel moyen - c’est là le rôle des femmes dans la pornographie. Les grands hommes de science et les philosophes de la sexualité, y compris Kinsey, Havelock Ellis, Wilhelm Reich et Freud, confirment tous cette conception de notre rôle et de notre destinée. Les grands écrivains mâles manient le langage avec plus ou moins de bonheur pour nous représenter en fragments autogratifiants, déjà à moitié "dissous", puis ils se mettent en frais de nous "dissoudre" complètement, par tous les moyens nécessaires. Les biographes de ces grands artistes mâles célèbrent les atrocités que ces hommes ont commises contre nous dans la vie réelle comme si elles étaient essentielles à la création artistique. Et dans l’histoire, telle que les hommes l’ont vécue, ils nous ont aussi "dissoutes" par tous les moyens nécessaires. Notre peau servie en tranches et nos os fracassés sont les sources énergétiques de l’art et de la science tels que définis par les hommes ; de même, ils sont le contenu essentiel de la pornographie. L’expérience viscérale d’une haine des femmes qui ne connaît littéralement aucune limite m’a amenée au-delà de la fureur et des larmes ; je ne peux vous parler qu’à partir de mon désespoir.
Toutes, nous pensions que le monde serait bien différent, n’est-ce pas ? Même si nous avions connu la misère matérielle ou émotive pendant l’enfance ou à l’âge adulte, même si nous avions compris, à travers l’histoire et les témoignages vivants, à quel point les gens souffrent et pourquoi, nous avons toutes cru, quelque part au fond de nous-mêmes, aux possibilités humaines. Certaines d’entre nous ont cru à l’art, d’autres à la littérature, à la musique, à la religion, à la révolution, aux enfants, au potentiel libérateur de l’érotisme ou à celui de la tendresse. Peu importe tout ce que nous savions de la cruauté, nous avons toutes cru à la bonté ; et peu importe tout ce que nous savions de la haine, nous avons toutes cru à l’amitié et à l’amour. Aucune d’entre nous n’aurait pu imaginer ou croire possibles ces simples faits quotidiens que nous avons maintenant appris à connaître : la rapacité du désir de domination des mâles, la méchanceté de la suprématie mâle et le virulent mépris pour les femmes qui est le fondement même de la culture dans laquelle nous vivons. Le mouvement de libération des femmes nous a toutes obligées à regarder ces faits bien en face et pourtant, aussi courageuses et éclairées que nous soyons et aussi loin que nous soyons prêtes à aller (ou forcées d’aller), dans une vision de la réalité qui exclurait le romantisme et l’illusion, nous restons encore atterrées devant la haine des mâles pour notre sexe, sa mordibité, sa compulsivité, son obsessivité, son autocélébration dans chaque détail de la vie et de la culture. Nous pensons avoir enfin compris cette haine une fois pour toutes,l’avoir vue dans toute sa spectaculaire cruauté, en avoir compris tous les secrets, nous y être habituées ou l’avoir dépassée ou encore nous être organisées contre elle de manière à nous protéger au moins de ses pires excès. Nous pensons savoir tout ce qu’il y a à savoir sur ce que les hommes font aux femmes, même s’il nous est impossible d’imaginer pourquoi, quand tout à coup quelque chose se produit qui nous affole, nous fait perdre la tête, de sorte que nous nous retrouvons à nouveau emprisonnées comme des animaux en cage dans la réalité paralysante du contrôle mâle, de la vengeance mâle contre on ne sait quoi, de la haine mâle pour notre existence même.
On peut tout savoir et pourtant être encore incapable de concevoir des choses comme les films snuff. On peut tout savoir et pourtant être encore choquée et terrifiée quand on apprend qu’un homme ayant tenté de fabriquer des films snuff est relâché, malgré le témoignage des femmes agents clandestins qu’il voulait torturer, assassiner et, évidemment, filmer. On peut tout savoir et pourtant rester stupéfiée et paralysée devant une enfant violée sans arrêt par son père ou par un autre mâle de la famille. On peut tout savoir et pourtant en être réduite à bredouiller comme une idiote quand une femme est poursuivie en justice pour avoir tenté de s’avorter avec des aiguilles à tricoter ou pour avoir tué l’homme qui l’avait violée, ou torturée, ou qui était en train de le faire. On peut tout savoir et pourtant avoir à la fois envie de tuer et de mourir à la vue d’une jubilante image de femme passée au hache-viande sur la couverture d’un magazine national, aussi corrompu que le magazine puisse être. On peut tout savoir et pourtant refuser encore, quelque part au fond de soi, de croire que la violence individuelle et sociale envers les femmes sanctionnée par la société soit illimitée, imprévisible, omniprésente, continuelle, impitoyable et d’un sadisme parfaitement désinvolte et bienheureux. On peut tout savoir et pourtant être incapable d’accepter le fait que la sexualité et le meurtre soient à ce point amalgamés dans la conscience mâle, que la première soit impossible et impensable sans la possibilité imminente de l’autre. On peut tout savoir et pourtant, au fond de soi, refuser encore d’accepter que l’anéantissement des femmes soit pour les hommes la source de leur pensée et de leur identification. On peut tout savoir et pourtant vouloir encore désespérément tout oublier parce que si l’on regarde en face tout ce que nous savons, on se demande si la vie vaut la peine d’être vécue.
Tous les pornographes, anciens et modernes, graphiques ou littéraires, vulgaires ou aristocratiques, mettent de l’avant la même affirmation : le plaisir érotique des hommes trouve son origine et son fondement dans la destruction sauvage des femmes. Le marquis de Sade (que les universitaires mâles appellent "le divin marquis"), le pornographe le plus honoré au monde a écrit dans un de ses moments de plus grande civilité et sobriété : "Je n’aurais jamais raté de femme si j’avais été bien sûr de la tuer après (4)." L’érotisation du meurtre est l’essence de la pornographie, comme elle est l’essence de la vie. Le tortionnaire peut être un policier en train d’arracher les ongles d’une victime dans une cellule de prison ou un homme soi-disant normal qui caresse le projet d’essayer de baiser une femme à mort. Pour les hommes, en fait, le processus du meurtre - les coups et le viol sont des étapes de ce processus - est l’acte sexuel fondamental en réalité et/ou en imagination. En tant que classe, les femmes doivent rester asservies, enchaînées à la volonté sexuelle des hommes parce que ceux-ci ont besoin, pour alimenter leur appétit et leur performance sexuelles, de cette reconnaissance de leur auguste droit de tuer, peu importe qu’ils l’exercent dans toute son ampleur ou seulement en partie. Sans Ies femmes comme victimes réelles ou potentielles, les hommes sont. comme on dit dans l’habituel jargon aseptisé, "sexuellement disfonctionnels". On retrouve cette même motivation parmi les homosexuels mâles chez qui le pouvoir et/ou les conventions désignent certains mâles comme femelles ou efféminés. La pléthore de cuir et de chaînes chez les homosexuels, et la nouvelle mode chez les gais adultes soi-disant progressistes de prendre la défense des réseaux organisés de prostitution de jeunes garçons, témoignent de l’immuabilité de cette compulsion des mâles à dominer et à détruire qui est la source même de leur plaisir sexuel.
L’aspect le plus terrible de la pornographie, c’est qu’elle révèle la vérité sur les mâles, et son aspect le plus pernicieux, c’est qu’elle impose cette vérité mâle comme si c’était la vérité universelle. Ces descriptions de femmes enchaînées que l’on torture sont censées représenter nos aspirations érotiques les plus profondes. Et quelques-unes d’entre nous le croient, n’est-ce pas ? L’aspect le plus important de la pornographie, c’est que les valeurs qui y sont charriées sont les valeurs partagées par tous les hommes. C’est là un fait capital que la droite comme la gauche mâles, de manières qui sont différentes mais qui se renforcent mutuellement, veulent dissimuler aux femmes. La droite mâle veut cacher la pornographie, la gauche veut cacher sa signification. Les deux veulent que la pornographie soit accessible afin que les hommes puissent y trouver réconfort et énergie. La droite veut un accès secret à la pornographie : la gauche, un accès public. Mais que la pornographie soit ou non visible, il n’en reste pas moins que les valeurs qu’elle véhicule sont les valeurs exprimées dans les actes de viol et dans le phénomène des femmes battues, dans le système juridique, dans la religion, dans l’art et la littérature, dans la discrimination économique systématique contre les femmes, dans les académies moribondes ; et par ceux que l’on dit bons, sages, généreux et éclairés dans tous ces domaines. La pornographie n’est pas une forme d’expression isolée et distincte du reste de la vie ; c’est une forme d’expression toujours parfaitement harmonisée à la culture au sein de laquelle elle s’épanouit. Et cela reste vrai, que la pornographie soit légale ou illégale. Dans un cas comme dans l’autre, la pornographie permet de perpétuer la suprématie mâle et les crimes de violence envers les femmes car elle conditionne, entraîne, éduque et incite les hommes à mépriser les femmes, à les utiliser et à leur faire mal. La pornographie existe parce que les hommes méprisent les femmes, et les hommes méprisent les femmes en partie parce que la pornographie existe.
Quant à moi, la pornographie me détruit comme jamais la vie n’a pu le faire, du moins jusqu’à maintenant. Quelles que soient les luttes et les difficultés que j’aie connues dans ma vie, j’ai toujours eu le désir de trouver un moyen de continuer même si je ne savais pas comment, pour vivre un jour de plus, apprendre une chose de plus, faire encore une promenade, lire encore un livre, écrire un autre paragraphe, voir encore un ami, aimer encore une fois. Quand je lis ou que je vois de la pornographie, je voudrais que tout s’arrête. Pourquoi, me dis-je, pourquoi sont-ils si diaboliquement cruels et si diaboliquement fiers de l’être ? Parfois, c’est un détail qui me rend folle. Je regarde, par exemple, une série de photographies : une femme se tranche les seins au couteau, se barbouille le corps de son propre sang, s’enfonce une épée dans le vagin. Et elle sourit. C’est ce sourire qui me rend folle. Ou bien j’aperçois une immense vitrine entièrement recouverte avec les pochettes d’un disque. L’image sur la pochette représente une vue de profil des cuisses d’une femme. Sa fourche est suggérée parce que nous savons qu’elle est là ; on ne la voit pas. Le titre du disque clame : Plug Me to Death [Enfonce-moi à mort]. Et c’est l’emploi de la première personne qui me rend folle. "Enfonce-moi à mort". Cette arrogance. Cette impitoyable arrogance. Comment cela peut-il continuer ainsi, ces images, ces idées et ces valeurs dénuées de tout sens, entièrement brutales, ineptes, se répandent jour après jour, année après année, emballées, achetées et vendues, publiées, persistantes ? Personne ne veut arrêter cela, nos chers intellectuels le défendent, d’élégants avocats progressistes plaident en sa faveur et des hommes de tous les milieux ne peuvent et ne veulent vivre sans cela. Et la vie, qui est tout pour moi, perd tout son sens car ces célébrations de la cruauté détruisent ma capacité même de sentir, d’aimer et d’espérer. Je hais les pornographes par-dessus tout parce qu’ils me privent de l’espoir.
La violence psychique dans la pornographie est en elle-même et par elle-même intolérable. Elle agit sur vous comme une matraque jusqu’à ce que votre sensibilité soit complètement écrasée et que votre cœur s’arrête de battre. On est paralysée.
Tout s’arrête. On regarde les pages ou les images et on sait : c’est cela que veulent les hommes, c’est cela qu’ils ont toujours eu et qu’ils refusent d’abandonner. Comme le faisait remarquer la lesbienne féministe Karla Jay dans un article intitulé "Pot, Porn, and the Politics of Pleasure" [Le "pot", la porno et la politique du plaisir], les hommes sont prêts à se passer de raisins, de laitue, de jus d’orange, de vin portugais et de thon (5), mais pas de pornographie. Et bien sûr, on voudrait la leur arracher, la brûler, la déchirer, y jeter des bombes et raser au sol leurs cinémas et leurs maisons de publication. On a le choix entre adhérer à un mouvement révolutionnaire et s’abandonner au désespoir. Peut-être ai-je trouvé la véritable source de mon désespoir : nous ne sommes pas encore devenues un mouvement révolutionnaire.
Ce soir, comme d’autres femmes l’ont fait dans des villes du monde entier, nous allons reprendre la nuit et marcher dans les rues toutes ensemble car, dans tous les sens du terme, aucune de nous ne peut marcher seule. Toute femme, qui marche seule devient une cible. Elle sera pourchassée, harcelée et souvent en butte à la violence psychique ou physique. Ce n’est qu’ensemble que nous pouvons marcher avec un peu de sécurité, de dignité et de liberté. En marchant ensemble ce soir, nous proclamerons à la face des violeurs et de ceux qui battent leur femme que leurs jours sont comptés et que notre heure est venue. Et demain, que ferons-nous demain ? Car, mes soeurs, en vérité c’est tous les soirs qu’il faut reprendre la nuit sinon, la nuit ne nous appartiendra jamais. Et quand nous aurons conquis la noirceur, il nous faudra revenir vers la lumière pour reconquérir aussi le jour et le faire nôtre. C’est là notre choix et notre obligation. C’est un choix révolutionnaire et une obligation révolutionnaire. Pour nous, les deux sont inséparables, comme nous devons être inséparables dans notre combat pour la liberté. Plusieurs d’entre nous ont déjà marché de nombreux kilomètres - des kilomètres courageux et difficiles - mais nous ne sommes pas encore rendues assez loin. Ce soir, à chaque pas et à chaque souffle, nous devons nous engager à aller jusqu’au bout : jusqu’à ce que nous ayons transformé cette terre que nous foulons, qui est pour le moment une prison et une tombe, en notre chez-nous joyeux et légitime. Nous devons le faire et nous le ferons, pour notre propre bien et pour celui de toutes les femmes, pour toujours.
[1]
Traduction : Monique Audy.
Extrait de : Laura Lederer, L’Envers de la nuit, Montréal, les éditions du remue-ménage, 1982.
*Source :http://lezzone.over-blog.com/article-6942064.html
[1] Notes
1. À l’origine, cet article a été préparé pour le colloque "Perspectives féministes sur la pornographie" qui s’est tenu à San Francisco, en 1978. Une vision profonde du problème de la pornographie s’incarne dans ce discours prononcé juste avant le départ d’une manifestation ayant pour thème "Take Back the Night" [reprenons la nuit]. Nous avions organisé cette marche pour bien montrer notre détermination à enrayer la vague de violence envers les femmes, qu’elle vienne des violeurs, de ceux qui battent leur femme ou des fabricants d’images dans les mass-médias. À la tombée de la nuit, 3000 manifestantes se sont rassemblées pour entendre "L’exhortation à la marche" d’Andrea Dworkin. Puis, nous nous sommes frayé un chemin jusqu’à Broadway, au milieu des touristes, des enseignes au néon annonçant les spectacles sexuels sur scène, les librairies "pour adultes seulement" et les cinémas pornographiques. En scandant des slogans comme : "Plus jamais de profits tirés du corps des femmes", nous avons envahi toute la rue, paralysé la circulation et occupé complètement un bout de Broadway sur une longueur de trois pâtés de maisons. Pour la première fois, et pendant une heure, Broadway n’appartenait plus aux aboyeurs devant les guichets, aux proxénètes ou aux pornographes, mais à des milliers de femmes, à leurs chants, à leurs voix, à leur colère et à leur vision. 2. Georges Bataille, L’érotisme, Paris, Union générale d’éditions, 10/18, 1970, p. 21. 3. Ibid., p. 22. 4. D.A.F. de Sade, Oeuvres complètes du marquis de Sade, Édition définitive, Cercle du livre précieux, 1966, tome 8, p. 391. 5. N.D.T. : Allusion aux boycottages de ces produits organisés par la gauche pour soutenir les luttes des travailleurs exploités par les producteurs.
